Chronique d'une mère (juive)

Quand le repas vire au cauchemar

Vendredi 2 novembre 2012 par Laura K.
Publié dans Regards n°765

Maman : trentenaire un peu débordée

 

Enfants : un ptit gars de 6 ans et une blondinette de 3 ans, qui ne veulent rien manger

Le ptit gars : « Les épinards, c’est des animaux ? »

Chaque soir, c’est le même refrain. A peine l’heure de passer à table est-elle arrivée que les deux garnements, à la vision de leur assiette amoureusement garnie, s’écrient d’une seule et même voix  : « Beeeurk » ! Histoire de vous réconforter sur vos talents de cuisinière, de vous rappeler qu’effectivement, vous n’êtes peut-être pas de ces mères juives de rêve qui ont le don de concocter des petits plats à vous réchauffer le corps et le cœur… Mais est-ce une raison pour le manifester de façon si spontanée ? Ne dit-on pas que c’est l’intention qui compte ?

Il n’y a réellement que la Matzebra, subtil mélange d’œuf et de matza, que j’ai tenté de préparer après avoir appris que David Susskind en était friand, et que je me suis d’ailleurs surprise à réussir de façon plus que satisfaisante. Je n’ai sinon pas eu la chance de recevoir cette transmission culinaire de ma mère. Pas plus qu’elle ne l’a reçue de ma grand-mère, trop tôt disparue. Ma belle-mère, israélienne, est heureusement là pour sauver les meubles, et je profite de mes visites chez elle pour obtenir quelques précieuses recettes, entre bouillon et kneidlach, tchoulent et autres irrésistibles rugelach (petits gâteaux) aux consonances improbables.

En attendant de savoir cuisiner comme un chef, on fait ce qu’on peut et ce n’est certainement pas faute de volonté : on suit des recettes, on demande conseil aux amis, on hésite même à acheter un très séduisant robot ménager à une réunion Tupperware… Je l’avoue, j’étais un peu désespérée. Je venais de demander aux enfants quel était le meilleur plat que je leur faisais, à quoi ils m’avaient simplement répondu : « Qu’est-ce que tu fais ? »... Mais j’ai résisté, préférant la petite fierté de la réussite, à la facilité d’un robot cuisinier.

A 3 ans, le ptit gars nous interrogeait naïvement « Les épinards, c’est des animaux ? ». J’ai donc veillé à ce que l’éducation alimentaire de la blondinette ne soit pas similaire. Non seulement elle mangerait des épinards, mais aussi des courgettes, des tomates, des olives, des chips, des sucettes… Je m’égare…

Gourmande dans l’âme, je me suis engagée à ne pas leur donner de bonbons, ou beaucoup moins. Et ils semblent avoir compris. Lorsque leur papa a tenté, en cachette, de commettre l’affreux impair, en en glissant quelques-uns dans le pique-nique de l’école, le ptit gars est venu tout me raconter : « Je lui ai pourtant dit à Papa : Les bonbons qu’on a achetés, je les mangerai à Pâques ! ». Cela m’a soudain rappelé que je devais très vite leur faire un petit récapitulatif des fêtes juives…


 
 

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