Médias

Pourquoi L'Arche a coulé

Mercredi 2 mars 2011 par Ouri Wesoly

Non, le « mensuel du judaïsme français » n’a pas cessé de paraître pour des questions d’argent. Ses propriétaires l’ont sabordé parce qu’il n’était pas dans leur ligne idéologique.

L'Arche, un journal de référence

Cela s’est fait en deux temps. D’abord par un communiqué : « L'Arche, le magazine référence du judaïsme français, publié par le Fonds Social Juif Unifié, évolue au printemps 2011 vers une nouvelle formule (…) Son mode de diffusion sera adapté à sa nouvelle vocation, migrant du format papier à internet » 
 
Ensuite par un courrier que le président du FSJU, Jacques Benichou, a envoyé à l’équipe du mensuel : « Il nous semble opportun d’amorcer une réflexion sur le rôle de L’Arche auprès de ses abonnés et lecteurs, de son positionnement et de sa ligne éditoriale ».
 
« Nouvelle formule… Réflexion sur le rôle… » Pfou. Le FSJU a décidé d’arrêter la parution de L’Arche, point. Ainsi meurent parfois les institutions, dans l’hypocrisie et la brutalité. Car l’Arche en était une, d’institution. 
 
Dès sa fondation en 1957, « le mensuel du judaïsme français » était devenu, un peu comme Le Monde, le « journal de référence » dans lequel s’exprimait la fine fleur de notre intelligentsia. Et comme lui, L’Arche avait connu des jours meilleurs.
 
Sa diffusion était faible (autour de 20.000 exemplaires), il perdait de l’argent et le magazine avait mal pris le tournant d’Internet. Il ronronnait un peu, ne se renouvelait pas assez. Bref, la vieille dame aurait bien eu besoin d’un lifting. De là à lui planter un poignard dans le cœur…
 
Mais est-ce vraiment cela qui a causé sa disparition ? Qui a jamais vu un média communautaire être vraiment rentable ? Est-ce d’ailleurs leur finalité ? Journaux, radios, sites sont des vitrines, des tribunes, des outils de combat ou de dialogue pour ceux qui les publient.
 
Et l’Arche remplissait remarquablement bien ces rôles. Avec tous ses défauts, il restait le seul journal juif français à proposer des enquêtes sérieuses et approfondies sur les questions du temps.
 
Son ton, sa tenue intellectuelle contrastaient avec le simplisme en vigueur dans la plupart des médias juifs actuels. « Légitimiste » par rapport à Israël, plutôt de centre-droit, il se voulait aussi ouvert à toutes les sensibilités de la communauté.
 
Le FSJU à droite toute
 
Non, ce qui a tué L’Arche, c’est l’évolution du Fonds Social Juif Unifié qui en était le propriétaire. Lui aussi, c’est une institution. Fondé en 1950 et regroupant à ce jour près de 300 organisations, le FSJU peut, à juste titre, se présenter comme « la colonne vertébrale de la communauté juive ».
 
Car, si le CRIF, s’occupe de la politique (au sens large) et le Consistoire, du  culte, le FSJU prend en charge presque tout le reste : le social, la solidarité, la culture, l’éducation, etc.
 
Et lui aussi a bien mérité du judaïsme. Durant les trente années où il a été dirigé par le très énergique David Saada et ses collaborateurs, en tous cas. Une équipe efficace, active, dynamique et surtout, soucieuse d’éviter les conflits inutiles dans la communauté. 
 
Mais David Saada a été gentiment poussé à prendre sa retraite fin 2010. Et ceux qui l’ont remplacé sont représentatifs de l’évolution de la communauté juive organisée de France : ultra-sionistes, communautaristes, belliqueux… La nuance ne figure pas dans leur vocabulaire : qui n’est pas totalement de leur côté est un ennemi.
 
En 2009, Meïr Waintrater, le directeur de rédaction de L’Arche avait écrit dans un éditorial :  « L’équilibre est un grand principe journalistique qui consiste à faire entendre les points de vue les plus divers, pour laisser le lecteur se forger sa propre opinion ». C’est plus que probablement cet état d’esprit qui a couté la vie à son journal.

 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par michael kelifi - 8/03/2011 - 17:23

    COMMENT ALLONS NOUS FAIRE SANS LE MENSUEL DU JUDAISME FRANCAIS.
    JE NE CONNAIS PAS MEILLEUR MENSUEL DANS LA COMMUNAUTE JUIVE FRANCAISE.

  • Par michael kelifi - 8/03/2011 - 17:24

    COMMENT ALLONS NOUS FAIRE SANS LE MENSUEL DU JUDAISME FRANCAIS.
    JE NE CONNAIS PAS MEILLEUR MENSUEL DANS LA COMMUNAUTE JUIVE FRANCAISE.

  • Par Ploumerberg - 9/03/2011 - 8:47

    Jacques Benichou n'est pas le président du FSJU. C'est le directeur général

  • Par owesoly - 27/02/2015 - 12:34

    <p>
    Vous devriez aussi en faire la remarque au journal &quot;Liberation&quot; qui lui donne &eacute;galement ce titre de &quot;Pr&eacute;sident&quot;&nbsp;</p>

  • Par owesoly - 9/03/2011 - 9:10

    <p>
    Vous devriez aussi en faire la remarque au journal &quot;Liberation&quot; qui lui donne &eacute;galement ce titre de &quot;Pr&eacute;sident&quot;&nbsp;</p>