Série

La méthode Kominsky

Mardi 29 septembre 2020 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°1067

Attachante et caustique, la série diffusée sur Netflix n’a pas volé ses deux Golden Globe décrochés en 2019 - meilleure série TV comique et meilleur acteur pour Michael Douglas. Le duo jubilatoire qu’il forme avec Alan Arkin est truffé d’autodérision et de références au monde juif américain.

 

A l’heure où ces lignes sont écrites, nul ne sait ce qu’il en sera à l’heure où vous les lirez : #prenezsoindevous #onnevapeutêtrepasvousenvoyerenvilleaucinéma. Une chose est certaine, le Home cinéma, avec ou sans enceintes, n’a jamais si bien porté son nom. Et donc, si vous le voulez bien, on va confortablement rester à la maison, installé à la meilleure place, pile poil en face de l’écran, en espérant que personne ne tousse derrière nous. Et donc, dans la famille Netflix, j’appelle La Méthode Kominsky ! La petite série qui, à première vue, ne paie pas de mine, vaut la peine d’y entrer !

Le pitch : Sandy Kominsky, acteur sur le carreau qui donne des classes d’art dramatique, est l’ami intime de Norman Newlander, agent d’acteurs bancable. Le playboy septuagénaire et le cinglant octogénaire vont traverser, main dans la main, des épreuves notamment liées à leur âge. Sandy est un acteur sexy mais malchanceux qu’Hollywood a depuis longtemps rayé de ses listes. Divorcé trois fois, il est le père de Mindy, la trentaine, copie conforme de…Bonemine, la femme du chef du village des aventures d’Astérix et Obélix. Côté qualités, Kominsky est fier, couard, menteur, dragueur invétéré sur le retour, malin, parfois sincère et plutôt bon professeur…même s’il y a toujours un élève qu’on ne supporte pas. Quant à Norman, il est le boss d’une boîte prospère d’agents à Hollywood, vie rangée comme du papier à musique, sorte de grand schtroumpf grognon au grand cœur. Pudique, lapidaire, inconsolable – vous verrez pourquoi, il est le père d’une bombasse, Phoebe, qui a de gros, très gros soucis. Las de ses frasques, il l’aide matériellement sans lui accorder le moindre crédit.

Les deux font la paire

Aussi unis que Starsky et Hutch, critiques et médisants comme les deux vieux du Muppet Show, ces deux « seniors » aux succès respectifs, affrontent, contraints, l’automne de leur vie : retraite, bobos, veuvage, problèmes financiers, rencontres féminines, maladie, relations familiales, sociales, enterrements, sexualité, entraide, etc. Sandy et Norman n’arrêtent pas de se vanner et les vérités fusent sans concessions. Autant dire que dans la vraie vie, le dixième de ce qu’ils se balancent suffit à brouiller une amitié sur trois générations. Si Michael Douglas (75 ans) convainc dans ce contre-emploi de séducteur, Alan Arkin (86 ans) - qui campait le grand-père génial de Little Miss Sunshine (2006) - casse la baraque. 

Les seconds rôles sont également excellents : retenons Lisa pour qui Sandy en pince ; Alex, le « garçon » du restaurant où Norman a sa table ; Phoebe, la fille de Norman ; Martin, le beau-fils de Sandy ; la mère de Mindy, interprétée par Kathleen Turner (complice de Michael Douglas il y a 35 ans), ou encore les médecins déjantés (dont Danny DeVito).

Patchwork de leurs tribulations respectives et réunies, chaque épisode nous renvoie également quelques minutes dans la classe de Sandy où de jeunes acteurs s’accrochent en vue de percer, de réussir dans ce monde impitoyable. La fougue de leur jeunesse contraste avec les incertitudes et constats de la maturité. Ainsi en est-il de part et d’autre du pont. Il est aussi question ici de textes classiques revisités, de transmission, des dures réalités d’Hollywood, de l’exposition et de la fragilité de chacun, du jeu mis en abyme dans la série.

Créée en 2018 par Chuck Lorre -Charles Michael Levine à la ville- cette série est un petit bijou d’existentialisme : c’est fin et superficiel à la fois, profond, touchant, marrant, dur, rythmé. D’une mezouzah à une saillie en yiddish, en passant par le pastrami, les références au monde juif surgissent ici et là. Il faut dire que le scénariste-producteur-réalisateur-compositeur américain de 67 ans, dont l’étoile brille depuis 2009 sur le Hollywood Walk of Fame, manie les dialogues comme un lanceur de couteaux, cisèle ses répliques en préparateur de sushis hors pair. Ensuite ses dialogues sont servis par des acteurs au taquet : leurs joutes fulgurantes, leurs regards complices, leurs mimiques, leurs intonations traversées de double sens, les huis clos et comiques de situation, viennent nous cueillir tout cuits. Les deux premières saisons étaient tellement bien que je me demande si je ne les reverrais pas en portugais brésilien sous-titrées arabe…. Vivement la troisième saison !

La méthode Kominsky, série Netflix créée par Chuck Lorre (2018-2020).

Deux saisons de 8 épisodes (30 min.). Une 3e saison est en préparation.


 
 

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