Expo

Leonard Freed : Worldview

Mercredi 2 mars 2011 par Roland Baumann

Wall Street 1955

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Le Musée de la Photographie expose jusqu’au 15 mai 2011 l’œuvre du photographe Leonard Freed (1929-2006). Ses clichés nous con-frontent à de grands moments de l’actualité tels qu’ils sont vécus au quotidien par des gens ordinaires dont le regard du photographe capte avec talent toute l’humanité.
 
Né à Brooklyn dans une famille d’immigrés juifs originaires de Minsk, Leonard Freed rêve de devenir peintre. Après des études de graphisme, il entreprend un voyage en Europe en 1952, découvre la photographie et se lance dans le métier pour continuer à voyager. De retour à New York, il rencontre Cornell Capa et Inge Bondi de l’agence Magnum, découvre le travail de Cartier-Bresson et réalise son premier travail photo sur les Hassidim de Brooklyn.
Edward Steichen, directeur du département photo au Musée d’Art Moderne (MoMA), s’intéresse à son travail, mais lui déconseille de devenir photographe professionnel sous peine de dénaturer son talent ! En 1956, à Rome, Freed rencontre Brigitte Klück, une jeune Allemande. Ils voyagent ensemble en Allemagne et aux Pays-Bas, se marient en 1958 et s’installent à Amsterdam. Les premiers livres photo de Leonard Freed sont consacrés aux Juifs d’Amsterdam (1958) et aux Juifs d’Allemagne (1965). En août 1956, à l’annonce de la tragédie minière du Bois du Cazier, Leonard Freed se rend sur les lieux de la catastrophe. Le jeune photographe visite les familles et assiste aux funérailles afin de montrer le drame humain que vivent les parents et proches de ces mineurs, en majorité étrangers. Donation de Brigitte Klück-Freed, une série de 17 photos inédites documente cet épisode de l’histoire de Belgique.
Aux Etats-Unis, on connaît surtout Freed pour son travail sur les noirs américains à l’époque du Mouvement des droits civils : photos mémorables de Martin Luther King, d’enfants noirs rieurs sous les jets d’eau d’une bouche d’incendie à Harlem, de chômeurs en Caroline du Sud ou de détenus du quartier noir d’une prison en Louisiane dont il saisit la détresse et la colère. Photographe « empathique », Freed sait surmonter les réticences de ces noirs qu’il prend en images, montrant qu’il n’est pas un blanc à l’affût du scoop pour une presse avide d’images stéréotypées. Il aime la photographie parce qu’il aime les gens, dans « son pays » comme à Amsterdam, où il se fait le témoin de ces années de contre-culture et du mouvement « provo ».
En 1967, les Freed habitent Tel-Aviv. Leonard couvre la Guerre des Six Jours, et les journées euphoriques qui suivent cette « guerre éclair », lorsque les soldats israéliens en liesse croient qu’ils viennent de gagner la paix ! Il couvrira aussi la guerre de Kippour. 
Loin du voyeurisme
En 1972, Freed devient membre de Magnum Photo. Ses reportages photo paraissent dans la presse internationale de part et d’autre de l’Atlantique : Life, Look, Paris-Match, Die Zeit, Der Spiegel, Stern… Mais ce « commerce » ne dénature pas pour autant son regard de photographe. Freed aime prendre le temps de vraiment découvrir son sujet. Il photographie pour mieux comprendre le monde et ne se considère pas comme « photojournaliste ». Lorsque le Sunday Times lui demande de réaliser un reportage sur la violence à New York, il documente plus d’une cinquantaine de morts violentes : homicide lié à la mafia, tragique querelle de voisinage, décès par overdose... Des images cruelles et sanglantes qui, loin de tout voyeurisme, dénoncent les drames sociaux sous-jacents à la violence urbaine. Hostile aux multiples préjugés dont on accable les policiers, il réalise une enquête photographique de longue haleine sur la police au quotidien (Police Work, 1980). En 1989, à Bucarest, sous les balles, Freed couvre la révolution roumaine...
Ce grand photographe humaniste déclarait avec malice : « Une photo, ça se fait en moins d’une seconde, mais ça prend
ensuite toute une vie pour comprendre ce qui s’y trouve. Une photo, ce n’est pas la réalité 
».
expo
Leonard Freed :  
Worldview
A voir jusqu’au 15 mai 2011
Musée de la Photographie, 17 Avenue Paul Pastur, 6032 Charleroi (Mont-sur-Marchienne)
Ouvert mardi-dimanche 10h-18h.
Infos : 071/43.58.10

 
 

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