Au CCLJ

Les Juifs et leur entrée dans la modernité

Mardi 8 septembre 2020 par Nicolas Zomersztajn

Dans le cadre des activités du 60e anniversaire du CCLJ, l’historien français Maurice Kriegel (directeur du Centre d’études juives de l’Ecole des hautes études en sciences sociales) présentera le vendredi 11 septembre au CCLJ à 20h ses réflexions sur les logiques et les forces qui ont conduit les Juifs d’Europe à faire leur entrée dans la modernité et à nouer une relation particulière avec celle-ci.

 
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    Lorsqu’on est amené à s’interroger sur l’identité juive laïque, il est impossible de faire l’économie d’une plongée dans l’Histoire. Car c’est précisément dans le sillage de la grande marche de l’Histoire contre l’hégémonie des références et de l’autorité religieuses, que s’est développée l’identité juive laïque. Dans la réflexion que Maurice Kriegel proposera lors cette conférence, il soulignera bien que l’entrée des Juifs dans dans la modernité s’est faite en deux temps : d’abord, l’émancipation qui leur permet d'obtenir la citoyenneté et l’égalité des droits. Ensuite, la participation des Juifs dans la vie des sociétés dont ils font désormais partie.

    Au contraire de la société chrétienne, le monde juif n’est sorti que fort tardivement d’un immobilisme dans lequel les lois discriminatoires et l’hostilité nourrie envers le peuple « déicide » l’enfermèrent pendant de longs siècles. Pour que la situation change profondément, il faut attendre qu’apparaissent dans les sociétés chrétiennes le désir et la possibilité d’établir des relations fondées non plus sur la réclusion dans le ghetto, mais sur la tolérance et une certaine fusion sociale et intellectuelle. Le 18e siècle voit ainsi l’émergence des Lumières facilitant les rapports entre les deux groupes et les mettant sur un pied d’égalité. Des savants et des philosophes commencent à porter un regard différent sur les Juifs, qui forment alors la seule minorité ethno-religieuse présente en Europe.

    Emancipation et modernité

    Parallèlement à ce mouvement intellectuel, les Juifs d’Europe voient progressivement leur statut politique évoluer. Dans ce vaste mouvement à l’échelle européenne, la France occupe une place de choix, non seulement parce qu’elle est la première à « émanciper » ses Juifs en 1790 et en 1791 dans le sillage de la Révolution, mais aussi parce qu’elle est alors le principal foyer intellectuel de l’Europe. Si grâce à l’émancipation, la révolution française fait des Juifs des citoyens, à la seule condition qu’ils cessent de constituer un corps politique autonome (« Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus »), d’autres pays européens s’engagent à leur manière dans la voie de l’émancipation. C’est la raison pour laquelle, l’entrée des Juifs dans la modernité est indissociable de l’émancipation même si des particularités juives ont aussi favorisé cette orientation. Il faut également garder à l’esprit que l’émancipation des Juifs épouse des logiques et des dynamiques différentes en fonction du moment et de l’endroit où elle se produit. Elle n’est pas un phénomène monolithique ni un acquis immédiat. Il s’agit surtout d’un processus source de tensions et de conflits tant dans la société chrétienne que dans les communautés juives.

    Ayant saisi l’importance de cette modification inédite de leur place dans la Cité, des Juifs vont à leur tour saisir cette opportunité pour tenter de redéfinir une identité juive combinant un héritage religieux fort ancien et les valeurs de la société environnante. Cela donne les Lumières juives (Haskalah) dont la figure de proue est le philosophe allemand Moses Mendelssohn (1729-1786). Ce courant pose les bases du judaïsme libéral mais aussi celles d’une conception sécularisée et même laïque de l’identité juive. Une fois que le mouvement d’émancipation est lancé, l’aimant de la modernité devient irrésistible pour les Juifs. A partir de la fin du 18e siècle, le judaïsme européen subi de profondes mutations qui modifient radicalement son visage et ses comportements, plus modernes et plus laïques. Tout en maintenant leur identité qu’ils déclinent différemment (moins marquée par la tradition et la pratique religieuse), un nombre considérable de Juifs se lancent dans toutes les expériences et les avant-gardes de la modernité. En phase avec les grandes idées de leurs temps, ils sont amenés à jouer un rôle majeur dans les grands bouleversements sociaux, politiques, économiques, industriels, scientifiques et culturels qui interviennent en Europe durant les 19e et 20e siècles.


     
     

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