Culture/Livres

Je lis, tu lis, ils écrivent...

Mardi 1 juillet 2014 par Hanri Raczymow
Publié dans Regards n°802

Michel Wieviorka, L’antisémitisme expliqué aux jeunes, éditions du Seuil, 120 p.

On connait cette petite collection didactique, éditée par les PUF, chargée de faire le point sur tel ou tel domaine du savoir au titre hérité de Montaigne : « Que sais-je ? ».

 

La collection du Seuil vise le même but : fournir une synthèse sur des sujets sur lesquels les jeunes s’interrogent. On demande donc à un spécialiste éminent de leur expliquer, en termes simples, directs, et sans jamais se dérober (car les enfants, on le sait, veulent savoir). Disons-le d’emblée, le petit ouvrage de Michel Wieviorka, éminent sociologue, est parfaitement réussi et atteint sa cible. Sujet d’actualité s’il en est. Première leçon : l’antisémitisme nous informe davantage sur les antisémites que sur les Juifs. Sont passées en revue des notions aussi importantes que celle de bouc-émissaire. La différence historique entre l’antijudaïsme prémoderne (avec l’accusation traditionnelle du peuple « déicide », à laquelle mettra fin le Concile Vatican II) et l’antisémitisme moderne qui nait en Europe occidentale au moment même où les Juifs sont en voie d’assimilation et
deviennent « invisibles », l’apparition des ghettos, les fantasmes de « crimes rituels » et les liens supposés des Juifs à l’argent, les pogroms d’Europe orientale, le statut des Juifs dans les pays musulmans, ce que sont Les Protocoles des Sages de Sion, l’antisémitisme hitlérien, stalinien, le négationnisme après la Shoah, enfin l’antisionisme radical « islamo-progressiste »… Comme son titre l’indique, ce petit ouvrage s’adresse aux plus jeunes. Mais c’est fait sans complaisance, avec beaucoup d’intelligence.

Romain Gary, Le sens de ma vie, entretien, préface de Roger Grenier, Gallimard, 101 p.

Si vous n’avez pas (encore) lu La promesse de l’aube, ou la copieuse biographie de Myriam Anissimov (Romain Gary, le caméléon, Denoël, 2004), alors ce petit livre est pour vous. Il s’agit d’un long entretien donné en 1980 à la radio canadienne, quelques mois avant le suicide de l’écrivain. Nul doute que les éditions Gallimard n’aient songé à l’éditer qu’en raison du centenaire de la naissance de Gary, né en 1914 à Vilna en Lituanie. Parce qu’il ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà. Il a le mérite cependant de nous faire réviser les grandes lignes du destin incroyable de Gary/Ajar, aviateur-combattant dans la Royal Air Force, Compagnon de la Libération, officier de la Légion d’honneur, ambassadeur de France (dont consul général à Los Angeles), grand écrivain, cinéaste, membre du tout-Hollywood, mari de Jean Seberg, deux fois prix Goncourt et j’en passe… Tout a commencé, on le sait, par la prédiction de sa mère-super mère juive s’il en fût : « Tu seras un grand écrivain, tu seras ambassadeur de France ». Il y aura eu deux êtres qui auront surtout compté dans la vie de Gary : le général de Gaulle, et sa mère, à laquelle il obéira en devenant le grand homme qu’elle voulait qu’il devienne. Romain Gary s’est souvent plaint -et il le fait ici à nouveau- que l’image que les médias donnent de lui ne correspond pas à ce qu’il est vraiment. Or, dans la plupart de ses entretiens à la radio, à la télévision, Gary donne justement la même image d’un personnage infatué, vaniteux, du type : le Général, à Londres, m’attendait… Bien sûr, il n’attendait que lui, Roman Kacew, pour bouter les Allemands hors de France ! Qu’auraient fait les Alliés sans Gary ? Hollywood sans Gary ? Gallimard sans Gary ?

Pascal Bruckner, Un bon fils, Grasset,  251 p.

Enfant très catholique, quand Pascal Bruckner, à Lyon, faisait le soir ses prières, il exhortait Dieu de faire mourir son père. Ce père était un brutal tyran domestique. « La haine qu’il m’a inculquée m’a aussi sauvé. Je l’ai retournée en boomerang contre lui ». Ce père irascible maltraite sa femme, victime consentante, la bat, la bafoue, l’humilie en public, la traite de tous les noms, sous le regard du fils horrifié. Mère et fils s’aiment contre ce despote. Mais elle ne saurait divorcer : ça ne se fait pas ! Père et père, malgré tout, sont viscéralement antisémites. Elle sur le mode suranné de « Ils ont tué le Christ »; lui sur le mode plus « moderne » du nazi pour qui les Juifs incarnent la race qui fomente les guerres, dont les Aryens sont les victimes. Hélas pour eux, le meilleur ami de Pascal sera Alain Finkielkraut, et surtout il entrera un jour dans la famille de Gérard Oury (Tannenbaum) avec la petite-fille duquel il aura un enfant, Anna. De toutes ces horreurs où il a grandi, Bruckner se sortira par les études, les livres (ceux qu’il lit, ceux qu’il écrit) et le culte hédoniste du plaisir ! La traversée de Mai 68, comme pour d’autres, fut aussi grandement libératrice…     


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/