Cinéma

IMAJ tourne une page de son histoire

Vendredi 30 juillet 2021 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards N°1076

La transition s’est faite en douceur. Tel un harmonieux jeu de chaises musicales, Béatrice Godlewicz a cédé son siège de directrice à Samuel Kujas tandis qu’Agnès Bensimon passe le témoin de la présidence du C.A. à Benjamin Schreiber.

 

L’histoire de l’Institut de la Mémoire Audiovisuelle Juive pourrait lui aussi faire l’objet d’un joli documentaire et des fondateurs aux annonceurs, le générique des intervenants serait bien long. En 35 ans, l’association bruxelloise, qui crée de belles rencontres cinématographiques, est devenue une institution. Zapping sur des temps forts, des intérêts sans cesse renouvelés, des projets en vue.

Béatrice Godlewicz 

« J’étais enseignante et documentaliste lorsque j’ai eu connaissance de l’existence de cette structure créée par Esther Hoffenberg à Paris. Elle avait de même toute sa place à Bruxelles. La création d’IMAJ a aussi été associée à un événement personnel puisque, cinq jours après mon accouchement, j’ai dû quitter mon fils Noam pour un rendez-vous avec Philippe Monfils ! Georges Schnek et Henri Benkoski m’avaient accompagnée auprès du Ministre de la Communauté française pour valider les statuts de l’association. »

« L’organisation du premier festival d’IMAJ « Mieux vaut en rire » a lui aussi coïncidé avec la naissance de mon second fils ! Le journaliste Hugues Dayez, qui était venu nous interviewer à la maison, était reparti avec une blague juive qui a joyeusement été diffusée sur les ondes de la RTBF.»

« Je me souviens aussi de ce débat insolite en présence de l’archevêque de Malines-Bruxelles, Monseigneur Léonard, autour d’extraits du film « La Passion du Christ » de Mel Gibson en 2004. Alors qu’il avait accepté la rencontre animée par Paul Danblon, au sein de l’ULB, cadre on ne peut plus laïc, il n’avait pas daigné reconnaître les clichés antisémites véhiculés dans le film. Une spectatrice chrétienne s’en était même émue. La salle était comble et l’échange, passionnant. »

Agnès Bensimon 

« J’habitais encore Paris lorsque j’ai assisté à la projection du film « Charlotte Salomon, vie ou théâtre ? » de Richard Dindo et j’avais eu un contact enthousiaste avec Esther Hoffenberg et Pauline Just qui œuvraient à IMAJ Paris avant qu’il n’intègre le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Lorsque je suis arrivée à Bruxelles, quelques semaines plus tard, une cousine m’a fait rencontrer Béatrice et ce hasard a très bien fait les choses puisque je me suis investie dès 1993 dans l’association avant d’en prendre les rênes, de 1994 à fin 2002. »

« Les productions portaient alors principalement sur la Shoah, le négationnisme, les récits familiaux, de transmission. J’ai adoré aussi me plonger dans le patrimoine du cinéma yiddish auquel nous avons consacré un festival en 2000. Aujourd’hui, la dynamique des thèmes a changé, les films israéliens, axés sur des problématiques individuelles ou de société, occupent davantage le terrain. Et lui aussi a fort évolué. »

« Ma formation en histoire et en sciences politiques, tout comme mes séjours en Israël, m’ont permis de contextualiser ces regards posés sur le monde. IMAJ aura été une expérience humaine et cinématographique, bruxelloise, belge et internationale, des plus enrichissantes. »

Samuel Kujas

« On m’a contacté et voilà que l’ancien avocat d’affaires, cinéphile, que j’étais s’est mué en directeur de l’Institut ! Je poursuivrai bien sûr les missions de mémoire, pédagogiques et culturelles d’IMAJ - qui jouit d’une belle réputation du fait d’un travail remarquable fourni par tous, dont Rémy Corrèze à la coordination et Marie-Luce Gerday à la documentation. »

« Nous suivrons les nouveaux formats tels les court-métrages ; nous initierons la numérisation d’archives, l’accès aux contenus en ligne, tout en privilégiant les rencontres en salles. Côté thématiques, nous ouvrirons également le champ de la programmation, à la rencontre, par exemple, des communautés juives de par le monde ou de la musique judéo-arabe. »

« Nous travaillons actuellement sur le web documentaire « Let My People Go » qui marquera les 50 ans de la Conférence Mondiale des Communautés Juives pour les Juifs d’URSS (1971). Il s’agit d’un site interactif où l’on pourra consulter toutes sortes d’archives dont les prises de parole d’Elie Wiesel, de David Ben Gourion ou encore de David Susskind. Ce projet, cher à Béatrice, devrait être terminé fin 2021. D’ici là nous inaugurerons la rentrée avec le documentaire « You Had To Be There », de Avi Merkado-Ettedgui et Yaron Niskisur, sur l’humour des déportés dans les camps de concentration : un film très touchant. »

Retrouvez l’historique d’IMAJ et son actualité sur www.imaj.be.


 
 

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