Histoire d'un shlemiel

Mercredi 9 juin 2010 par Michèle Baczynsky

Il était une fois un homme qui s’appelait Jack. La nature lui avait donné beaucoup de qualités mais un gros défaut : il était maladroit. Par exemple, s’il mangeait au restaurant une assiette de soupe, il la renversait à coups sûrs sur son voisin de table. Quel schlemiel ! (maladroit, en yiddish). Oui, c’était un schlemiel, et cela expliquait pourquoi aucune femme ne voulait vivre avec lui.

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Un vendredi soir, il se rendit chez sa mère pour le repas de Shabbat. Dès qu’il ouvrit la porte, il fut accueilli par une odeur exquise. Cela venait de la cuisine. Sur le feu, une soupe à base d’orge perlé, le krupnik, cuisait tranquillement dans la casserole. Jack souleva le couvercle et quel ne fut pas sa surprise de voir un nuage de vapeur s’en élever. Il avait une forme humaine et curieusement, il se mit à parler. « N’aie crainte, Jack! Je suis un bon génie et je suis là pour t’aider. Cette semaine, tu essaieras de tout ton cœur de ne rien casser, de ne marcher sur le pied de personne et de ne rien renverser. Je te donne rendez-vous ici-même, vendredi prochain,  à la même heure ».

Cette semaine-là, Jack fit exactement ce que lui avait demandé le bon génie. Il ne cassa aucune assiette, ne marcha sur le pied de personne et ne renversa aucune assiette de soupe. Le vendredi arriva et Jack se rendit chez sa mère qui comme de coutume avait préparé un krupnik. La soupe cuisait dans la casserole. Jack souleva le couvercle et le bon génie apparu. « Bravo, Jack » dit-il. « Tu as fait des progrès. Pour te récompenser, je vais te faire rencontrer une  femme qui deviendra ta compagne. Tu la reconnaitras ainsi : lorsque tu entendras la phrase suivante “J’ai appris que tu aimes le krupnik”, tu sauras que c’est elle. Tout ce qu’elle te demandera ensuite, tu devras l’accepter. C’est entendu ? ». « Entendu » répondit Jack, très ému par l’idée de cette rencontre. Mais les jours, les semaines passèrent. Rien n’arriva. Un jour d’été, Jack s’assit sur un banc, seul et penaud. Il n’avait évidemment pas vu la pancarte « Attention ! Peinture fraîche ! ». Tout à coup, une mouche se posa sur son bras. Il voulut la chasser mais à son grand étonnement, elle se mit à lui parler et à lui dire « Bonjour Jack, j’ai appris que tu aimes le krupnik ». Sa tête se mit à tourner. Il allait s’évanouir. La mouche était maintenant sur son oreille. « Veux-tu te marier avec moi ? ». Jack se rappela la promesse qu’il avait faite au génie et prononça en pleurant : « Oui ».

Le jour du mariage, il se passa deux choses étranges. Tout d’abord, sous le dais nuptial. Comme le veut la coutume juive, lorsque Jack dut casser le verre sous son pied, les choses se compliquèrent. Le verre glissait à chaque fois. Après dix tentatives, Jack réussit enfin à l’écraser et tout le monde cria « Mazal Tov ! ».

La deuxième chose étrange se déroula lorsqu’il dut embrasser la mouche. Résigné, il ferma les yeux mais en les ouvrant, il vit à la place de la mouche une femme belle comme la  nuit. « Merci Jack »  dit la femme en l’embrassant, sans se rendre compte que Jack lui marchait sur le pied. « Tu viens de me sauver et de conjurer un mauvais sort qui m’avait été jeté, petite fille ».

« La vie est bien étrange » se dit Jack, tout heureux en regardant sa jolie femme et il se dit que c’était bien la première fois qu’on le félicitait d’avoir cassé un verre !


 
 

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