Solidarité

HIAS, l'aide juive aux réfugiés

Mardi 5 novembre 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1053

Le 25 septembre 2019, HIAS (Hebrew Immigrant Aid Society) a ouvert un nouveau bureau à Bruxelles. L’organisation juive d’aide aux migrants créée en 1881 et désormais présente dans quinze pays souhaite obtenir la reconnaissance des institutions européennes comme partenaire à part entière dans l’aide humanitaire.

 

« C’est parce que nous sommes juifs que nous devons aujourd’hui porter assistance à tous les réfugiés », martèle Ilan Cohn, directeur de HIAS Europe, fraichement installé dans son bureau bruxellois après une expérience de près de vingt ans dans les diverses problématiques liées à l’immigration.

A l’origine, HIAS a été créée pour venir en aide aux Juifs de Russie et d’Europe de l’Est qui fuyaient les pogroms, avant de s’illustrer après la Seconde Guerre mondiale dans l’évacuation des camps de déportés en Europe. Une majorité de familles juives américaines aujourd’hui ont ainsi pu bénéficier de son aide concrète dans leur reconstruction.

En 2001, quelques jours avant les attentats du 11 septembre, l’organisation plus que centenaire a décidé d’élargir sa cible en s’adressant aussi aux non-Juifs, et souvent même à des réfugiés musulmans. « Les crises migratoires ont montré que les Juifs ne faisaient plus partie des populations les plus touchées », relève Ilan Cohn. « Nous avions alors le choix : fermer nos bureaux ou viser l’ensemble des réfugiés. C’est la seconde option que nous avons retenue. En tant que Juifs, et non plus uniquement parce qu’ils sont juifs, par nos valeurs, notamment celle du tikkun olam (réparation du monde), mais aussi l’accueil et la protection de l’étranger, par notre histoire et notre vécu, nous venons désormais en aide à tous les réfugiés, où qu’ils se trouvent et quelles que soient leur religion et leur nationalité. Beaucoup de Juifs d’Europe ne sont-ils pas eux-mêmes des descendants de réfugiés ? ».

Tout au long de son histoire, l’organisation a suivi de près les conflits et persécutions à l’échelle mondiale en aidant les réfugiés forcés à se déplacer, y compris en raison de leur opinion politique ou de leur orientation sexuelle. Depuis le prêt de 25 dollars de frais d’établissement aux migrants arrivant à Ellis Island à New York, jusqu’à l’aide apportée aux survivants de violences basées sur le genre en Ouganda, ce sont au total quelque 4,5 millions de réfugiés qui ont pu compter sur son assistance pour démarrer une nouvelle vie. « Avec un impact très positif sur l’existence de plusieurs personnes secourues, comme le fondateur de Google Sergey Brin, l’ancien secrétaire d’Etat des Etats-Unis Henry Kissinger, l’auteur Vladimir Nabokov, le peintre Marc Chagall ou la philosophe Hannah Arendt », se satisfait l’organisation.

Présente aujourd’hui aux Etats-Unis et dans 14 pays, HIAS s’est fixé quatre priorités d’actions : en matière de protection légale (avec une assistance dans les processus de régularisation pour aider à la reconstruction), en matière de santé mentale, de violences de genre, et enfin, d’inclusion économique (aide à l’autonomie).

Selon HIAS, la montée de l’antisémitisme justifie aussi  l’engagement juif auprès des réfugiés de toutes les religions. Il y a tout juste un an, l’organisation était spécifiquement visée dans l’attentat par un suprémaciste blanc de la synagogue de Pittsburgh, HIAS ayant pris position publiquement contre la politique anti-immigration du président Trump pour attirer l’attention sur la situation des réfugiés en Amérique.

Déjà active à Lesbos

Avec l’ouverture d’un bureau à Bruxelles -en même temps que quatre autres bureaux à Aruba, au Mexique, au Pérou et en Colombie-, l’organisation entend franchir une nouvelle étape dans son extension et augmenter son impact au niveau des instances européennes. « Parce que le droit à la protection internationale est un droit fondamental », souligne Ilan Cohn, « et qu’aucune organisation juive ne fait actuellement partie des plateformes d’aide humanitaire ».

HIAS est déjà active en Grèce, sur l’île de Lesbos, où depuis 2016 elle a pu apporter une assistance légale individualisée à plus de 400 demandeurs d’asile de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak, mais aussi d’Afrique. En Autriche, à Vienne, elle aide les demandeurs d’asile d’Israël et des minorités religieuses d’Iran à obtenir un statut légal aux Etats-Unis. Le bureau bruxellois de l’organisation entend collecter des fonds pour soutenir des initiatives similaires à travers l’Europe, en privilégiant toujours les plus vulnérables. Effectuer aussi un travail d’information auprès des institutions. Un travail qui s’envisage sur le long terme, « en favorisant un débat basé sur des faits et non sur des idées reçues », souligne Ilan Cohn. « Ces réfugiés sont là de toute façon, alors aidons-les ! On constate que partout où les populations entrent en contact direct avec eux, la peur diminue… ». 

Infos : hias.org/europe - FB : HIASrefugees


 
 

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