Judaïsme

La fête de Hanoucca

Vendredi 27 novembre 2020

Appelée la Fête des Lumières, Hanoucca célèbre le miracle de la fiole d’huile qui a permis aux prêtres du Temple de Jérusalem de faire brûler pendant huit jours. Elle marque aussi la victoire des Maccabées et symbolise la résistance spirituelle du judaïsme à l'assimilation grecque.

 

Plantons le décor…

Après des siècles de domination de différents peuples étrangers, ce sont les Perses qui occupent Sion. Ils sont vaincus en –333 par Alexandre le Grand qui dorénavant sera le maître d’un immense empire comprenant le Moyen-Orient. De son vivant Alexandre ne s’en était jamais pris aux Juifs. Après sa mort (-323), son empire est divisé entre la dynastie des Ptolémée qui règnent en Egypte et celle de Séleucides qui règnent en Syrie et dans les pays voisins. La Palestine passe alors sous la domination des Ptolémée. En 201 avant notre ère un roi Séleucide reprend le contrôle de ce territoire et en chasse les Egyptiens.

Pendant toute cette longue période, les Juifs jouissent d’une autonomie administrative pour leurs affaires intérieures. Ils ne peuvent pas mener de politique étrangère, ils n’ont pas d’armée, ils doivent verser de lourds impôts aux souverains étrangers, mais ceux-ci n’interviennent pas dans les relations des Juifs entre eux par exemple, la gestion de la société en conformité avec les lois de la Torah ou le service du Temple…

Mais en –175 arrive au pouvoir Antiochos IV (nommé Epiphane) qui opte pour une nouvelle politique. Il cherche à réunir toutes les nations placées sous son pouvoir en un seul peuple, et pour cela il interdit la pratique des commandements de la Torah aux Juifs et veut leur faire adopter les coutumes grecques par la force.

Hanoucca est une fête de libération nationale qui inclut la liberté religieuse, mais ne se limite pas à elle. Cette confusion des libertés provient du fait que, dans le monde antique, il n’y avait pas de délimitation claire entre la religion et le reste de la culture.

La religion était si profondément ancrée dans la vie quotidienne et politique que celui qui voulait essayer de supprimer un groupe ethnique n’avait qu’à s’en prendre à sa religion pour le détruire.

L’hellénisation

Depuis le règne d’Alexandre le Grand, tous les pays du Moyen-Orient ont subi l’influence de la culture grecque appelée aussi culture hellénistique. Les peuples de la région s’efforcent d’imiter les mœurs de leurs dirigeants et certains s’assimilent totalement et disparaissent en tant qu’entités nationales.

Du côté juif, la situation n’est pas si tranchée.

D’une part il y avait l’aristocratie juive de Judée était divisée en deux camps : l’un favorisait les Syriens, les autres, les Egyptiens.

Les premiers étaient des Juifs hellénisés qui acceptaient que la police syrienne force à l’assimilation tous les peuples qu’ils gouvernaient.

Les seconds étaient des Juifs plus traditionalistes qui préféraient donc supporter l’Egypte qui était plus tolérante en matière de religion.

Que ce soit dans l’une ou l’autre classe, l’aristocratie juive embrassait avec empressement les coutumes hellénistiques qui glorifiaient la beauté, l’art, la tragédie, l’athlétisme et la nature.

Son assimilation fut spontanée car le prestige de la culture grecque était grand. Cette culture était un symbole de civilisation et dès lors, très attirante. Beaucoup s’hellénisèrent facilement et de plein gré. Les garçons n’étaient plus circoncis. Les noms se modifiaient : Josué devint Jason. On portait le vêtement grec et on parlait la langue grecque y compris à Jérusalem.

De l’autre côté il y avait le reste du peuple juif, les petits artisans, les paysans et les pauvres travailleurs qui formaient la majorité de la population de l’époque. C’est de ce milieu rural et des classes moyennes ou défavorisées que surgit un nouveau mouvement national qui refusait l’assimilation.

Antiochos, voulant assurer l’hégémonie grecque, promulgua plusieurs édits lorsqu’il constata qu’une grande partie des Juifs n’adoptaient pas spontanément la culture grecque :

- Il fit placer dans le Temple une statue de Zeus et quant à l’autel du Temple, il ordonna qu’y soient offerts des sacrifices aux dieux païens ;
- Il interdit aux Juifs d’étudier les commandements de la Torah et de pratiquer le Shabbat, la circoncision ou toute autre coutume juive;
- Ceux qui violaient les édits, étaient punis de mort.

Les Juifs qui ne se soumettent pas sont persécutés. La révolte gronde et la résistance s’organise. Des fugitifs quittent les villes pour se réfugier dans le désert de Judée et mettent sur pied un mouvement de rébellion. Le foyer de la révolte se trouve à Modi’in où Mattathias et ses fils (les Hasmonéens) refusent de se soumettre aux édits et combattent les hommes du roi. Ils prennent le maquis dans les montagnes de Judée et mènent des actions de guérillas contre l’autorité séleucide et les hellénisants.

Après la mort de Mattathias, c’est son fils Judas Maccabée qui dirige la révolte. Celle-ci s’organise et c’est avec une véritable armée qu’il prend le contrôle de la Judée ainsi que de Jérusalem. En 164 avant notre ère, le temple fut alors purifié et restauré. Shimon, le dernier fils de Mattathias prit le commandement, chassa les troupes occupantes et donna à la Judée son indépendance.

La reconquête de Jérusalem

De la Menorah à la Hanoukiya :

A leur entrée dans le Temple de Jérusalem, les Maccabim le trouvèrent dévasté. Les Grecs avaient profané toute l’huile sainte servant à alimenter le chandelier à 7 branches, la Menorah, qui se trouvait dans le Temple et qui devint plus tard le symbole principal du judaïsme.

Ils ne trouvèrent qu’une seule fiole d’huile scellée du sceau du Grand Prêtre. Une quantité d’huile si réduite ne pouvait suffire à l’éclairage de la Menorah que pour une seule journée. C’est alors que se produisit un miracle : de cette huile, la lumière se perpétua 8 jours. Voilà pourquoi Hanoucca s’appelle aussi Khag Hanissim, la fête des miracles.

Lors de la ré-inauguration du Temple, Juda institua la fête de Hanoucca en mémoire de ce miracle d’une part et d’autre part, pour rappeler l’inauguration du Premier Temple par Salomon qui lui, avait duré 8 jours.

On fabriqua alors une Menorah spécifique pour Hanoucca, comportant 8 branches (+ le Shamash, donc 9), qu’on appelait la Hanoukiya.

Naturellement, Hanoucca devint aussi la Fête des Lumières et s’appelle donc ainsi Khag ha-Ourim.

La fin de l’histoire

On a coutume de dire que la révolte des Maccabim fut une guerre de libération. Mais elle fut aussi le théâtre d’une lutte entre deux conceptions opposées du judaïsme. Il y avait une véritable fracture entre d’une part, des campagnards partisans de l’ancien ordre et du fondamentalisme religieux, pour qui la préservation du judaïsme était primordial, et d’autre part, des citadins hellénisés qui préféraient la culture grecque nettement plus libérale et n’hésitaient pas à renier leurs origines et leur culture.

Malheureusement, une fois la victoire acquise, le passé fut vite oublié et les vainqueurs se transformèrent à leur tour en tyrans.

Il ne fallut qu’une seule génération pour faire oublier les valeurs défendues par les Maccabim et la dynastie qui fut créée à leur suite, les Hasmonéens, s’hellénisa rapidement.

Non seulement, ils prirent des noms grecs, imposèrent le grec comme langue officielle et transformèrent la Judée en un royaume hellénistique, mais en plus, ils tyrannisèrent leur propre peuple par des actes d’une cruauté inouïe.

De plus, lorsqu’ils gagnèrent des batailles, ils forcèrent les peuples conquis à se convertir au judaïsme. Les Hasmonéens devinrent des oppresseurs semblables à ceux qu’ils avaient vaincus.

Les Maccabim se sont battus pour la justice, la liberté et le droit à l’existence autant personnelle que nationale et religieuse.

Nous célébrons leur courage d’avoir agi, de s’être battus et d’avoir fait dépendre l’histoire et le destin, de la volonté et de la détermination humaine.

Cependant leurs descendants, qui sont aussi nos ancêtres, ont transformé leur position de dirigeants en oppression. Ils ont rapidement succombé à la vanité du pouvoir et se sont laissé prendre au piège de la corruption.

L’histoire de Hanoucca nous apporte un double enseignement :

Lorsque des tyrans surgissent, il faut tout faire pour se dresser contre eux et tenter de les renverser. C’est l’exemple que nous montrent les Maccabim. Mais ensuite, si vient le temps où nous devons diriger, nous devons être très vigilants et ne pas devenir semblables à ceux que nous avons combattus.

La situation politique actuelle en Israël nous amène à faire des rapprochements avec l’histoire de Hanoucca : Nous Juifs, qui avons tant combattu pour obtenir un état, qui avons lutté de toutes nos forces et depuis des milliers d’années pour notre droit à l’existence et à l’autodétermination, nous devons refuser de devenir à notre tour des oppresseurs.

C’est avec un courage sans faille qu’il faut lutter aujourd’hui pour la paix et le droit à chaque peuple de vivre dans des frontières sûres et reconnues.

Espérons en allumant les bougies de la hanoukiya que dans un avenir proche cesseront toutes les oppressions, en Israël et dans le monde.


 
 

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  • Par samuel - 4/12/2020 - 11:04

    Je voudrais remercier le KKL et sa directrice Madame Betty Dan pour nous avoir envoyé gentiment des bougies pour Hanoucca.

    A cette occasion je verserai une contribution volontaire au Magen David Adom.

    Bonne fête

    Samuel