Au CCLJ

David Meyer : La circoncision en question

Vendredi 2 novembre 2012 par Propos recueillirs par Véronique Lemberg
Publié dans Regards n°765

Un tribunal allemand a défini en juin dernier la circoncision comme un acte criminel entrainant une mutilation irréversible de l’enfant. Lors de la conférence qu’il consacrera à la problématique de la circoncision, le 22 novembre 2012 au CCLJ, le rabbin David Meyer examinera dans quelle mesure cette évolution juridique interroge le judaïsme en Europe.

 
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    Dans quelle mesure cette polémique sur l’interdiction de la circoncision est-elle une occasion pour les Juifs d’Europe de renouveler et de renforcer leur identité juive ? Le judaïsme ne peut plus faire semblant qu’il n’y a pas de problème, tout comme il ne peut le résoudre à travers la réponse beaucoup trop simpliste du symbole de l’Alliance. Personne ne comprend pourquoi la circoncision est le signe de l’Alliance. Le judaïsme doit se saisir de cette occasion pour repenser le sens réel de la circoncision au regard de l’identité juive et des droits de l’homme. Que fait le judaïsme lorsque ses propres lois sont en contradiction avec les valeurs universelles ? Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que ces valeurs ne sont pas les nôtres. Ce serait d’ailleurs un mensonge.

    Quelles sont les réponses que le judaïsme pourrait apporter ? Ce n’est pas la première fois que la « loi du pays » est en contradiction avec la loi juive, et le judaïsme n’a pas hésité à modifier sa loi pour se conformer aux valeurs de la société environnante. L’interdiction de la polygamie, par exemple, n’a pas été décrétée du jour au lendemain dans le judaïsme. Les Juifs ont adopté la monogamie dans le courant du 10e siècle parce qu’un impératif moral de la société chrétienne s’est imposé au judaïsme. Il est donc possible de s’appuyer sur des précédents historiques où l’éthique du monde non juif modifie certaines pratiques du judaïsme. Puisqu’aujourd’hui les Juifs adhèrent pleinement aux droits de l’homme, pourquoi ceux-ci ne pourraient-ils pas inciter les Juifs à revoir leur pratique de la circoncision ? Tel est le problème que nous devons résoudre. On pourrait le faire à condition qu’il y ait une possibilité pour les Juifs de modifier les règles de la circoncision sans tomber dans le christianisme. La circoncision juive de la chaire est devenue tellement identitaire qu’il est difficile pour les Juifs de l’abolir en la transformant en une circoncision du cœur telle que les chrétiens l’envisagent.

    On est donc dans une impasse… Non, car il existe des situations conflictuelles où les Juifs se sont conformés aux injonctions du monde extérieur en tournant à leur avantage la situation nouvelle. Ce fut le cas lorsque les Romains ont interdit aux Juifs la lecture de la Torah. La Haftara (la lecture prophétique) lui a été substituée et les Juifs ont maintenu sa lecture à Shabbat, et ce, même lorsque la lecture de la Torah était à nouveau autorisée.

    Pourquoi considérez-vous que le problème ne se limite pas à la circoncision et qu’il pose à l’Europe la question de la place en son sein d’une identité qui n’est pas fondée sur la notion de choix ? La circoncision interpelle non seulement les Juifs, mais aussi le monde extérieur. Dans le judaïsme, on ne choisit pas son identité, sauf pour le cas marginal de la conversion. On naît de mère juive et on est circoncis sans qu’on nous le demande. Si le judaïsme peut adresser une critique aux Déclarations des droits de l’homme, c’est qu’elles insistent toutes sur une supposition du choix infini de l’individu. Sur ce point, le judaïsme entre en confrontation avec l’esprit des Déclarations des droits de l’homme. Dans un climat apaisé, il n’est pas inutile que le courant majoritaire de l’Europe puisse s’interroger sur ce qu’une minorité aussi infime que les Juifs fait de l’identité. Les Juifs peuvent donc retourner cette question à l’Europe dès lors qu’ils prennent au sérieux la question que l’Europe nous pose. Si ce dialogue est impossible, nous entrons alors dans un rapport de forces où nous, Juifs, sommes nécessairement perdants.


     
     

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