Expo

Les années Punk

Mardi 4 Février 2020 par Roland Baumann
Publié dans Regards n°1058

L'exposition du Musée du Design à Bruxelles (ADAM), ouverte jusqu’au 26 avril 2020, initie à l'univers graphique fascinant des années punk. Née du bouillonnement contestataire de l'underground musical à New York et Londres, la culture punk est associée à l'histoire juive de ces métropoles mondiales.

 

Conçue en 2018 par le Cranbrook Art Museum, puis montrée à New York, Punk Graphics est le fruit des passions du collectionneur Andrew Krivine. C'est lors d'un séjour à Londres dans sa famille paternelle, l'été 1977, que ce Juif new-yorkais découvre le « mouvement punk ». Son cousin John Krivine vient d'ouvrir la boutique BOY sur la King's Road, où est établie aussi l'enseigne de Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, inventeurs de la mode punk britannique. De retour à Londres, les deux étés suivants et durant ses études universitaires en 80-81, il écume les boutiques alternatives à la recherche des productions graphiques punk (affiches, pochettes de disques, flyers et fanzines) et constitue la base de sa remarquable collection. L'exposition, thématique, privilégie les pratiques novatrices des graphistes punk dont l'art rebelle s'inspire des dadaïstes et des avant-gardes modernistes, mais se nourrit aussi de l'imaginaire de la culture populaire (BD, science-fiction, films d'horreur, etc.). Collage et détournement caractérisent souvent les œuvres de ces jeunes artistes, qui, s'appropriant images et typographies de la culture de masse, fondent leur art irrévérencieux sur les techniques du plagiat.

Comme le souligne Andrew Krivine (cousin du dirigeant historique de la LCR en France), la culture punk, à ses origines, a des rapports évidents avec l'histoire juive new-yorkaise, dans la lignée des militants ouvriers et des gangsters juifs... et de Lenny Bruce dont l'humour dévastateur inspire les premiers punk rockers... Dans la généalogie du punk figurent Lewis Rabinowitz, alias Lou Reed, et son Velvet Underground. Figure tutélaire du Punk Rock, Danny Fields (Fienberg), journaliste musical, associé aux Stooges et au MC5 (groupes iconiques du rock pré-punk), découvre en 1975 les Ramones au CBGB, dont le patron, Hillel Kristal, accueille tout jeune talent interprète de musiques originales. C'est dans ce club du Bowery, ancien quartier du théâtre yiddish, devenu le refuge des exclus du rêve américain (drogués, alcooliques, etc.) que jouent les Ramones, le Patti Smith Group, Blondie... Lenny Kaye (Kusikoff) critique musical et guitariste, joue avec Patti Smith dès 1971. Les Ramones viennent du quartier juif de Forest Hills (Queens). Le chanteur, Jeffrey R. Hyman, alias Joey Ramone. Le batteur, Tamás Erdélyi, alias Tommy Ramone, né à Budapest et dont la famille a fui la Hongrie en 1956. Les deux autres Ramones, le guitariste Johnny et le bassiste Dee Dee, non juifs, sont aussi de Forest Hills. John Holmstrom, co-fondateur du Punk Magazine (1975), fanzine éponyme du nouveau courant rebelle du rock new-yorkais, a été l'élève de Will Eisner, inventeur du roman graphique et chroniqueur de la vie juive new-yorkaise.

Un apport décisif

Témoin de « l'âge d'or » punk à Londres, Andrew Krivine y note l'apport décisif de passeurs culturels tel Malcolm McLaren. Elevé par sa grand-mère juive dans l'East End, il étudie les arts appliqués à l'école John Ruskin. Il y rencontre Jamie Reid, avec lequel il traduira des écrits de Debord et des situationnistes. Installée à Kings Road dès 1971, la boutique de McLaren et Vivienne Westwood sera un haut lieu de la genèse du punk londonien. En 1976, McLaren et son associé Bernard Rhodes forment les Sex Pistols. Rhodes sera manager de The Clash, autre groupe emblématique du punk rock britannique. Les affiches de Jamie Reid, en particulier celles des Pistols, témoignent de l'appropriation du détournement situationniste par ce pionnier du graphisme punk.

L'exposition évoque aussi l'engagement punk dans les luttes de l'Anti-Nazi League et Rock Against Racism contre le National Front alors que l'explosion du racisme incitait des musiciens de renom, Eric Clapton et David Bowie, à exprimer leurs sympathies d'extrême droite. Les affiches de David King, inspiré par le constructivisme russe, témoignent de la force de ces mobilisations à Londres et Manchester en 1978. Graphiste engagé, King devint ensuite le collectionneur de référence et l'historien de la culture visuelle soviétique avant les purges de Staline. En fin de parcours, Punk Graphics met en valeur les créations graphiques des années punk en Belgique.

Exposition
Punk Graphics. Too Fast to Live, too Young to Die.
A voir jusqu'au 26 avril 2020 au Brussels Design Museum  (ADAM), place de Belgique 1, 1020 Bruxelles (tous les jours 11h-19h).
Plus d’infos
www.adamuseum.be

 
 

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