Histoire pour grandir

L'amour sans frontières

Lundi 6 juillet 2020 par Michèle Baczynsky

Chaque année, à la mi-octobre, Jonas et Princessa quittaient leur maison en Allemagne pour partir en voyage. Ensemble, ils se rendaient en Israël où leur chemin se séparait. Princessa continuait vers Gibraltar tandis que Jonas faisait route vers Capetown, en Afrique du Sud. Quel drôle de couple ! Ou plutôt quels drôles d’oiseaux !

En effet, Jonas et Princessa étaient des cigognes blanches. A l’approche de l’hiver, elles quittaient leur nid pour s’envoler vers le soleil avec des milliers d’autres oiseaux migrateurs. Quand elles étaient fatiguées, elles se laissaient porter par les courants d’air chaud en s’arrêtant quelques jours en Turquie, le temps de reprendre des forces. Un jour, alors qu’elles étaient sur le point de repartir, elles entendirent les pépiements d’un rouge-gorge de Belgique, épuisé par ce long voyage : « Où dois-tu aller ? » lui demanda Princessa. « A Jéricho, en territoire palestinien », répondit le rouge-gorge. « Nous nous arrêtons en Israël. De là, tu ne seras plus très loin. Grimpe sur mon dos » lui dit Jonas.

Ensemble, ils poursuivirent leur route et arrivèrent en Israël. « Merci », dit le rouge-gorge. « Si vous ne m’aviez pas aidé, je serais mort d’épuisement ». Ils se séparèrent. Jonas s’envola vers Capetown, et Princessa, vers Gibraltar, en se promettant de se revoir au printemps sur le chemin du retour, en Israël, dans l’arbre à cigognes de la vallée de Hula.

Mais lorsque Jonas revint, il n’y trouva pas Princessa. Les dernières cigognes étaient déjà toutes reparties vers l’Europe du Nord et Jonas dut se résoudre à regagner seul l’Allemagne. L’été puis l’automne passèrent. L’hiver était proche. Jonas avait perdu tout espoir de revoir un jour Princessa. Il se prépara le cœur lourd à sa longue migration et s’envola un beau jour d’octobre avec des milliers d’autres cigognes. Il leur demanda : « Auriez-vous vu Princessa ? », mais personne ne l’avait vue.

Comme à chaque fois, il fit halte en Turquie. Le bruit arriva aux oreilles d’un rouge-gorge qu’un certain Jonas recherchait sa compagne. « Te rappelles-tu de moi ? J’étais épuisé et tu m’as porté sur ton dos. Je vais te dire, mon ami, ce qui est arrivé à ta Princessa. J’ai été capturé avec elle par des ornithologues, ces humains qui étudient les oiseaux, et ils nous ont mis une bague autour de la patte avec un numéro. Ensuite, ils nous ont relâchés mais Princessa est tombée malade et ils ont préféré la garder pour la soigner. Elle doit être chez eux ». « Grimpe sur mon dos », lui dit Jonas et ils s’envolèrent dans le ciel. Une fois en Israël, Jonas et le rouge-gorge se séparèrent : « Merci, rouge-gorge. A ton tour, tu m’as aidé. Bon voyage et sois prudent ».

Dans la vallée de Hula, Jonas retrouva l’arbre à cigognes. Bientôt, toutes les branches furent envahies par des couples d’oiseaux, heureux de se retrouver. Jonas, seul, regardait tristement le ciel. Soudain, il remarqua une cigogne qui survolait l’arbre avec une grâce infinie. Jonas sentit son cœur bondir : « Princessa ! ». La cigogne s’arrêta de tourner et se dirigea vers l’arbre. Elle se posa doucement sur la branche. Princessa et Jonas étaient à nouveau réunis. •    

C’est Yossi Leshem, directeur du Centre international des oiseaux migrateurs, à Latrun (Israël), qui m’a parlé de ce couple de cigognes, suivies grâce à un émetteur durant treize ans depuis leur nid en Allemagne. Princessa se rendait chaque année dans le détroit de Gilbraltar et Jonas à Capetown, soit une distance de 10.000 km !


 
 

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