Portrait du mois

H. ADES signe "Une Histoire dérobée"

Mardi 3 mai 2011 par Géraldine Kamps

Il aura fallu deux ans de travail à une petite poignée d’élèves très motivés, entourés de leurs professeurs, pour accoucher de leur premier ouvrage, Histoire dérobée. Une correspondance mêlant fiction et mémoire, imaginée par l’atelier d’écriture de l’Athénée Catteau, à partir d’une anecdote : la découverte dans l’école de deux saucières aux insignes nazis.

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    La lecture publique d’Histoire dérobée(éd. E.M.E.), programmée le 4 avril 2011 par le Centre Culturel des Riches Claires, était, semble-t-il, une excellente idée. Livrée brillamment par Benjamin Jungers, pensionnaire de la Comédie Française, elle aura permis de se rendre compte de la qualité du récit et de la complexité du travail fourni par quatre jeunes lycéens de l’Athénée Catteau et leurs trois professeurs, réunis sous l’acronyme H.ADES.

    C’est le nom du « maître des Enfers » de la mythologie grecque qu’ont choisi comme pseudonyme Hélène Accarain, Simon Kalisz, Denis van de Kerckhove (4e-5e secondaire) et Sara Labidi (rhéto), quatre adolescents qui auront passé un midi par semaine, pendant deux ans, à réécrire leur histoire. Ou plutôt l’histoire de Victor, Jeanne et Simon, soit un élève… de Catteau, sa grand-mère et son professeur d’histoire, voyageant à travers la période d’Occupation et les années 80.

    L’impulsion ? Deux saucières portant l’aigle nazi, retrouvées par hasard dans le réfectoire de l’école ! « C’est l’ancien économe qui a fait cette étonnantedécouverte dans les années 70 », explique Anne-Laure Rousseau, l’une des trois professeurs « chefs d’orchestre » du projet. « Cette histoire m’a intriguée et j’ai voulu en savoir plus. La professeur d’histoire Françoise Hoebanx nous a aidés dans nos recherches, et nous avons décidé de prendre le Catteau des années 40 comme thème de l’atelier d’écriture ».

    Où l’universel rejoint le particulier

    Le projet s’étendra  finalement sur deux ans, révélant le riche passé de l’Athénée bruxellois : « Nous avons appris que lorsque l’ULB a fermé en 1941, des cours clandestins de la Faculté de Lettres et de Médecine ont été donnés à Catteau, pour permettre aux étudiants juifs et non juifs de poursuivre leurs études », souligne Denis. « Robert Catteau, comme échevin de l’Instruction publique, a aussi été incarcéré pour avoir refusé de fournir la liste des élèves juifs inscrits à la Ville de Bruxelles », note Simon. « Les deux saucières n’apparaissent plus dans l’histoire finale, mais elles nous ont fait prendre conscience que notre propre histoire avait pu nous échapper », relève Anne-Isabelle Riano, une autre enseignante de l’atelier.

    Mais que faisaient donc là ces deux saucières ? Selon Françoise Hoebanx, l’armée allemande occupant le Palais de Justice aurait été amenée à réquisitionner le réfectoire de l’école… « Nous sommes d’abord partis sur l’idée d’un roman policier, avec une intrigue, du suspens, et deux saucières comme armes du crime ! », raconte Hélène. Avant d’opter pour le style épistolaire, jugé plus approprié pour relater de tels événements.

    « C’était une aventure humaine avant tout, même si la transmissionde lamémoire s’est imposée petit à petit », précise Anne-Laure Rousseau. « Message codé de la Résistance, reproduction d’une édition du Soir de l’époque, les recherches ont été minutieuses, et les élèves ont dû se mettre dans la peau de chaque personnage pour rédiger cette correspondance imaginaire ». Un exercice pas facile, qui aboutira en juin 2010 au livre Histoire dérobée. « On est ce qu’on est, grâce à son histoire », soutient l’enseignante.

    Souvent confrontées à l’indifférence des jeunes qui affirment connaître la Seconde Guerre mondiale « par cœur », les professeurs seront parvenues à remettre l’histoire et la mémoire au cœur de la question humaine, en faisant se rejoindre la grande Histoire et l’histoire de chacun, qu’il soit juif ou non. Pour Simon Kalisz, ce projet aura été comme un soulagement : « Cela m’a beaucoup plu, parce que c’est aussi mon histoire. J’ai pris ce travail comme une responsabilité, un engagement nécessaire. Je m’étais d’abord reconnu dans Victor, et je me suis finalement retrouvé dans Hannah. Ma grand-mère a perdu sa sœur dans les camps, je sais donc ce que c’est que de perdre de cette façon un être cher ».

    Synopsis

    1986. A la demande de Simon, professeur d’histoire, Victor, 17 ans, élève à l’Athénée Catteau, doit interroger un de ses proches sur la période la plus marquante de sa vie. Il choisit sa grand-mère, Jeanne, ancienne professeur de l’ULB qui a donné des cours clandestins à Catteau pendant la guerre. Ancienne résistante du réseau L’Aurore, elle revient sur son premier ordre de mission : sélectionner 16 étudiants juifs sur les 18 que compte l’établissement, pour les faire passer en France… Hannah et son frère David ne seront pas retenus. David mourra dans les camps. Hannah en réchappera. Elle aura un fils, Simon, mais se suicidera pour n’avoir jamais compris l’étrange choix qui l’a exclue du sauvetage. En lisant le travail de Victor, Simon reconnait sa propre histoire...

    H.ADES, Histoire dérobée, éditions E.M.E. www.eme-editions.be


     
     

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