Décès

John Lewis, icône de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis

Samedi 18 juillet 2020 par D’après AFP et Jewish Telegraphic Agency

Icône, héros, géant: les hommages se multiplient depuis la mort de John Lewis, militant emblématique de la non-violence et des droits civiques aux Etats-Unis, ancien compagnon de route de Martin Luther King et membre du Congrès américain depuis 1986, décédé vendredi à l'âge de 80 ans.

John Lewis en 1964.

Ce vétéran de la lutte des Afro-Américains a mené toute sa vie une bataille acharnée contre la discrimination raciale. Il a été battu par la police et arrêté à de multiples reprises lors de protestations contre des génocides ou les lois sur l'immigration.

« L'Amérique déplore la disparition d'un des plus grands héros de l'histoire américaine », a écrit la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Mme Pelosi a décrit Lewis, démocrate comme elle et qui a succombé à un cancer du pancréas, comme « un titan du mouvement des droits civiques dont la bonté, la foi et la bravoure ont transformé notre nation ».

Considéré comme une des voix les plus respectées du pays pour la justice et l'égalité, il a affronté à plusieurs reprises le président Donald Trump, boycottant son investiture et citant l'ingérence de la Russie dans les élections de 2016 pour remettre en question sa légitimité.

Malgré son cancer, il avait fait son retour à Washington en juin en pleine tourmente après la mort de George Floyd aux mains de la police à Minneapolis, pour participer à la mobilisation antiraciste du mouvement Black Lives Matter.

« Les vents soufflent, le grand changement arrive », avait déclaré Lewis quelques jours plus tôt.

Fils de métayers, ce militant indomptable est devenu à 21 ans un des plus jeunes Freedom Riders (voyageurs de la liberté) qui ont combattu la ségrégation dans le système de transport américain au début des années 1960.

Il était le plus jeune meneur de la marche sur Washington en 1963, au cours de laquelle Martin Luther King a prononcé son fameux discours, « I have a dream » (Je fais un rêve).

Deux ans plus tard, John Lewis a failli succomber sous les coups de la police sur le pont Edmund Pettus, à Selma, en Alabama, où il menait une marche de plusieurs centaines de militants pacifiques contre la discrimination raciale. Il avait eu le crâne fracturé.

« John Lewis est vraiment devenu un géant par les exemples qu'il nous a montrés », a salué samedi le fils du pasteur King.

En 2015, pour célébrer le cinquantenaire de ce « Dimanche sanglant », Lewis avait repassé le pont, main dans la main avec Barack Obama, premier président noir de l'histoire des Etats-Unis.

Depuis son décès, les appels se multiplient pour rebaptiser à son nom ce pont, qui rend hommage à un ancien confédéré et chef local du Ku Klux Klan.

L'ancien président Barack Obama lui avait décerné la Médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile américaine, en 2011.

« Peu d'entre nous vivent pour voir notre propre legs se développer d'une manière aussi remarquable et significative. John Lewis l'a fait », a tweeté Barack Obama, soulignant que l'ancien militant « aimait tant son pays qu'il a risqué sa vie pour lui ».

John Lewis est né à Troy, dans l'Alabama, le 21 février 1940, troisième enfant d'une fratrie de dix. Elevé dans une communauté presque entièrement noire, il a rapidement pris conscience de la ségrégation dans cet Etat du sud des Etats-Unis.

Il a commencé par organiser des sit-in aux comptoirs des restaurants imposant la ségrégation raciale, et a été arrêté à une vingtaine de reprises lors de protestations non-violentes, avant de fonder et plus tard diriger le Comité de coordination étudiant pour la non-violence.

Elu de Georgie depuis 1986, il incarnait « la conscience du Congrès », selon Nancy Pelosi. Les hommages sont également venus du camp républicain.

Les relations étroites de John Lewis avec la communauté juive remontent aux années 1960, dès la marche de Selma en Alabama. Elles se confortèrent au cours de sa longue carrière parlementaire.

En 1982, il œuvra avec l’American Jewish Committee à créer la Black-Jewish Coalition d’Atlanta. Cette alliance culmine avec la fondation en 2019 du Congressional Black-Jewish Caucus.

Lewis participe en 1987 à la manifestation de masse à Washington en faveur de l’émigration des Juifs d’Union soviétique où il déclare « tant que l’on empêchera un Juif d’émigrer, tant que l’on déniera à un Juif d’être juif en Union soviétique, nous sommes tous des Juifs soviétiques. »

En 1995, il refuse de participer à la Marche du Million de manifestants convoquée à Washington par Louis Farrakhan, leader de la Nation of Islam, pour protester contre les déclarations antisémites de celui-ci, qu’il dénonce vigoureusement dans les médias.

Avec le décès de John Lewis, c’est un allié de près de six décades que perd le judaïsme américain.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/