Israël/Good News

Les séries israéliennes poursuivent leur offensive planétaire

Mardi 5 janvier 2021 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards N°1070

Après le triomphe de Be Tipul, Hatufim, ou Fauda, les séries israéliennes ne cessent de se réinventer. Acquis cette année par des diffuseurs internationaux, le feuilleton Sha’at Neila revisite la Guerre de Kippour, tandis que Téhéran montre le conflit entre Israël et l’Iran sous un angle nouveau. 

 

Le succès planétaire des séries TV « made in Tel Aviv » ne se dément pas. Depuis près de quinze ans, les téléspectateurs du monde entier ont pu découvrir l’inventivité des créations israéliennes qui voyagent autant en version originale (Hatufim, Be Tipul) que par le biais de leurs adaptations américaines (Homeland, In Treatment). Souvent inspirées par des thématiques locales, comme le conflit israélo-palestinien, elles ont réussi à conserver leur attractivité. Signe qui ne trompe pas : sur les sept premiers mois de l’année 2020, plusieurs créations israéliennes, conçues avant la crise sanitaire, ont été rachetées par des diffuseurs ou plateformes de streaming d’envergure internationale. Produite par la chaîne télé publique israélienne Kan qui l’a diffusée à la mi-octobre, la série Sha’at Neila (une référence, en hébreu, au dernier office de Yom Kippour), dont les droits internationaux ont été acquis par le géant américain HBO, a fait beaucoup parler d’elle.

Il s’agit en effet de la première fiction en épisodes à avoir pour sujet la Guerre de Kippour, l’un des traumatismes les plus profonds de l’histoire du pays. Vendu en anglais sous le titre Valley of Tears, nom du site d’une grande bataille qui s’est déroulée sur le plateau du Golan du 6 au 9 octobre 1973, ce feuilleton est centré sur l’histoire de quatre soldats dont les vies s’entremêlent dans une bataille décisive. Parmi les principaux protagonistes, figurent Jackie Alush, un militant des Panthères noires (mouvement de protestation des juifs orientaux), son commandant dans la division des blindés, Nimrod Caspi, originaire d’un kibboutz voisin, ou encore Meni Ben-Dror (joué par l’acteur Lior Ashkenazi), un journaliste issu de la bohême de Tel-Aviv venu pour retrouver son fils sur le front.

Scénaristes de renom

Présentée comme la série la plus chère jamais produite en Israël (le chiffre de 1 million de dollars par épisode a été avancé), Sha’at Neila a été écrite par des scénaristes de renom comme Ron Leshem (auteur de Beaufort, récit autour de la guerre du Liban dont il a co-signé l’adaptation au cinéma et de la série Euphoria) et Amit Cohen (False Flag, The Gordin Cell), tandis que Yaron Zilberman, auteur du biopic Incitement (2019) sur le meurtrier du Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, en a signé la réalisation. Acclamée par la critique, sa diffusion a donné la chair de poule au public israélien, et provoqué de vives réactions auprès des vétérans de la guerre de Kippour, invités à la commenter sur les plateaux télévisés ; certains se déclarant très émus par cette fiction, d’autres estimant que la série « est déconnectée de la réalité ».

Autre programme à avoir captivé le public israélien : la série Téhéran également diffusée sur la chaîne Kan, et que les aficionados ont pu découvrir cet automne sur la plateforme de streaming Apple TV+. Co-écrite par Moshe Zonder, l’un des scénaristes de Fauda, et Omri Shenhar, elle a pour toile de fond les tensions entre l’Etat hébreu et l’Iran sur le nucléaire. L’intrigue tourne autour de Tamar Rabinyan, une jeune et talentueuse hackeuse, née en Iran mais ayant grandi dans l’Etat Juif. Appelée à rejoindre le Mossad, cette ex-recrue de la prestigieuse unité 8200 des renseignements de l’armée israélienne, est envoyée en mission périlleuse à Téhéran, où elle reçoit l’ordre de pirater un réacteur nucléaire. Mais la jeune femme se retrouve coincée sur la terre de son enfance, où elle redécouvre ses racines et se lie d’amitié avec les militants pro démocratie locaux.

Interrogés sur leurs intentions, les créateurs de Téhéran ont confié avoir essayé de montrer le conflit israélo-iranien « sous un jour nouveau ». « Les deux peuples pourraient être amis, sans les dirigeants qui effrayent les populations et attisent la haine pour se maintenir au pouvoir », a précisé Moshe Zonder, dont la fiction parle aussi bien le persan que l’hébreu, et qui a aussi été l’occasion de rappeler le sort des quelques 100.000 de Juifs iraniens ayant quitté leur pays pour émigrer en Israël.


 
 

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