« Parsim » en Israel : un parfum de là-bas

Mardi 4 mai 2010 par Catherine Dupeyron

 

Un bazar iranien à Jérusalem

La Révolution iranienne de 1979 a provoqué une forte immigration juive en Israël. Les « Parsim » parlent du peuple iranien avec admiration, voire nostalgie. Pour eux, le pouvoir iranien actuel ne représente pas l’Iran « moderne et raffiné » qu’ils ont connu.

 

« Les voyageurs du vol Tel Aviv-Téhéran sont priés de se présenter en porte 5 », annonce l’hôtesse d’El Al à l’aéroport Ben Gourion. Une telle annonce semble relever de la science-fiction. Et pourtant, il fut un temps, pas si lointain, où il existait deux vols hebdomadaires assurant la liaison directe entre les deux villes. Bien sûr, c’était avant la Révolution iranienne de 1979. Pendant les années 70, le gouvernement du Shah collaborait même avec Israël pour la fabrication d’un missile terre-terre. « Aujourd’hui, l’Iran produit des missiles pour détruire Israël. Vous voyez comme le monde a changé ! » souligne Ménashé Amir, dans un parfait français, appris à l’Alliance de Téhéran. L’homme est considéré comme l’un des meilleurs experts israéliens sur l’Iran.

Les Juifs iraniens, « Ha Parsim » (les Perses) comme ils se définissent en Israël, constituent l’une des diasporas juives les plus anciennes et elle reste la plus nombreuse en Asie malgré l’émigration massive provoquée par la Révolution. En six mois, la moitié des Juifs iraniens quitte le pays pour Israël ou les Etats-Unis notamment. Ils partent sans rien, abandonnant pour certains de grandes fortunes. « Les Juifs d’Iran étaient en danger pour trois raisons. Ayant largement prospéré sur le plan économique sous le régime du Shah, ils étaient identifiés à ce dernier. Ensuite, les Juifs sont considérés comme impurs par la religion chiite. Enfin, ils étaient assimilés à Israël », explique Amir.

Moshé Pourstamian, directeur à l’époque d’une des plus grandes banques iraniennes, quitte Téhéran quelques jours avant l’arrivée de Khomeiny au pouvoir et revient peu après sur l’insistance de l’un de ses adjoints, un musulman qui l’assure qu’il ne sera pas inquiété par le nouveau pouvoir. Mais dix-huit mois plus tard, Moshé est accusé « d’avoir aidé le Shah et pris l’argent des musulmans pour le donner aux sionistes ». Il est emprisonné plus de quatre mois. Libéré, il organise son départ et celui de sa famille avec l’aide précieuse d’amis musulmans. Il arrive en Israël en août 1981.

Moshé envie un peu les « Parsim » arrivés dans les années 50-60. « Nous, on a été contraint de partir. S’il n’y avait pas eu la Révolution, on serait sans doute resté en Iran. Ceux qui sont venus avant, par sionisme, étaient de vrais pionniers. Leurs enfants ont fait l’armée dans des unités combattantes. Shaul Mofaz (ndlr, chef d’Etat-major de l’armée, 1998-2002) en est un bon exemple ». Cependant, la réalité est loin de cette image d’Epinal. « Environ la moitié des immigrants de la première heure est repartie en Iran au début des années 50, car les conditions d’intégration étaient trop dures », remarque Ménashé Amir. Quant à ceux qui sont restés, c’était parfois « contraints et forcés ».

Yohanan Jabaheri, ramifié à la famille Mofaz, né en 1950 à Téhéran, arrive en Israël en 1963; il est encore un enfant. Loin de se voir comme un vaillant pionnier, il se définit comme « une victime » de l’Agence juive. « Ils ont convaincu mon père de m’envoyer en Israël. C’était leur méthode. Ils faisaient partir un des enfants de la famille et tout le monde suivait. Il fallait remplir le pays. Ils ont fait la même chose au Marcoc. J’ai été le korban de la famille », raconte-t-il en souriant. Lorsqu’il arrive à l’aéroport Ben Gourion, Yohanan est aussitôt transféré à l’internat de Sdé Yaacov dans le nord. Du jour au lendemain, le jeune garçon, qui à Téhéran vivait comme un prince, vouvoyait son père et avait un domestique à son seul service, est contraint de cohabiter dans un dortoir, de faire son lit tous les matins, de travailler aux champs ou de s’occuper des animaux tous les après-midi. « J’ai quitté un palais pour débarquer dans un poulailler », résume avec humour le quinquagénaire. Et d’ajouter : « J’ai fait l’armée deux fois, la première à l’internat, la seconde quand j’ai été enrôlé à 18 ans ! ». Yohanan, mécanicien dans l’aviation, fera la guerre de Kippour. Ensuite, il entre dans les affaires. Il est aujourd’hui promoteur immobilier.

« Les Juifs iraniens ont bien réussi en Israël. On est une des communautés les moins pauvres », remarque Moshé Pourstamian, président de l’Association des « Parsim » depuis 1995. Beaucoup ont ouvert un commerce. Certaines rues du centre-ville de Tel-Aviv et de Jérusalem sont de véritables fiefs « parsi ».

 

Assis dans la boutique de chaussures de son fils, rue Jaffa, à Jérusalem, Freydoon Farzam est arrivé en Israël tardivement. C’était en 1988. Aujourd’hui septuagénaire, il raconte, une pointe de nostalgie dans la voix : « Là-bas, tout était plus facile, ici tout est dur. Là-bas, il y a tout. Tout sauf la démocratie ». Cet homme, qui parle en perse à son fils et regarde quotidiennement la télévision iranienne, est encore un peu en Iran. « J’ai passé une grande partie de ma vie là-bas. C’est dans mon sang », confie-t-il. Et puis, cet homme a laissé deux frères à Téhéran, il leur parle régulièrement sur internet. 

 

Nostalgiques ou non, les Parsim sont tous amoureux de la culture iranienne, de sa musique, de sa langue « riche, imagée, douce et poétique », soulignent les uns et les autres. « Les Iraniens sont des gens très cultivés, autant que les Français », insiste Freydoon. Et tous prennent soin de distinguer la culture perse de la culture arabe. Pour Yohanan, « les Perses et les Arabes sont aux antipodes. Les Perses sont des gens raffinés, éduqués ».

Et si le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, avec sa volonté, maintes fois déclarée, de détruire Israël, laisse les « Parsim » partagés -les uns le prennent au sérieux, les autres pensent qu’il bluffe ou bien qu’Israël est plus fort que l’Iran-, il ne correspond pas à l’image qu’ils gardent de l’Iran, un peuple moderne et délicat. « Les Iraniens au pouvoir sont des fanatiques, qui n’ont rien à voir avec les Iraniens que j’ai connus. » estime Moshé.
« Ceux qui m’ont obligé à partir ne sont pas iraniens, ce sont des Arabes, des fanatiques. En Iran, j’avais beaucoup d’amis musulmans ». Moshé et Freydoon espèrent « une seconde Révolution » afin de pouvoir faire un voyage en Iran, le plus vite possible.

 

 

Ménashé Amir la voix perse d’Israël

 

 

 

Né en 1939 à Téhéran, Ménashé Amir immigre en Israël en 1959 par sionisme, « pour vivre dans un pays jeune, moderne, démocrate et qui est à nous ». Il commence à travailler à la radio publique israélienne, Kol Israël, en 1960. Il est responsable du département « Parsi » de 1984 à 2004. Le programme en perse, émis 7 jours sur 7 vers l’Iran, compte, selon les jours, deux à six millions d’auditeurs, surtout des opposants au régime. Amir reste la voix la plus connue d’Israël en Iran.

 

 

Quel est l’objectif du Président Ahmadinejad ? Le premier objectif du pouvoir iranien actuel est l’expansion territoriale régionale; son but final est de rétablir le Califat, un empire islamique mais cette fois sous un pouvoir chiite et non sunnite. La bombe est un moyen de montrer que les Iraniens sont les vrais musulmans, ceux qui ont le pouvoir. Presque toutes les semaines, Ahmadinejad déclare : « Nous devons prendre le contrôle du monde entier ». L’objectif est d’exporter la Révolution islamique d’abord dans les pays musulmans et ensuite dans les autres pays. Le vrai combat est contre le christianisme. Mais ils considèrent Israël comme la tête de pont des cultures occidentales et le judaïsme comme la base des croyants chrétiens.

 

Quel est l’avenir du pouvoir iranien ? Soit le régime s’écroule de l’intérieur, soit ce qui est plus probable, les Gardiens de la Révolution renforcent leur pouvoir. La plupart des ayatollahs ont déjà été mis sur la touche. Et les Gardiens de la Révolution (Pasdaran) ont pris toutes les commandes du pouvoir politique, économique et judiciaire. Je dirais que
60% des Iraniens sont opposés au régime actuel. Soutenus par l’extérieur, ils sont prêts à poursuivre le combat. Par ailleurs, l’Iran est entouré de minorités ethniques susceptibles de prendre les armes mais qui ont, elles aussi, besoin d’un soutien externe.

 

Selon vous, l’Iran est-il prêt à lancer une bombe nucléaire sur Israël ? Je pense que l’Iran doit encore résoudre des obstacles technologiques avant de pouvoir fabriquer la bombe. Je ne crois pas qu’ils utiliseront la bombe contre Israël ou l’Occident mais face à un pouvoir qui se sent investi d’une mission messianique, on ne peut jamais savoir.

 

 

En chiffres

 

 

- 80.000 Juifs iraniens en Iran avant la Révolution, 17.000 aujourd’hui notamment à Téhéran, Chiraz (5.000), Ispahan (2.000)

- 250.000 Juifs d’origine iranienne (natifs et leurs enfants) en Israël

- Plus de 6 millions d’Iraniens en diaspora

 

 

 


 
 

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