Analyse

OCDE : Une entrée remarquée

Mercredi 9 juin 2010 par Denis Charbit et Nicolas Zomersztajn

A côté du Chili, de l’Estonie et de la Slovénie, Israël vient de rejoindre le cercle convoité des pays membres de l’OCDE. Une entrée dont les Israéliens comme la Diaspora peuvent se réjouir et qui prouve que la communauté internationale ne se borne pas à démoniser Israël.

 

Siba lemessiba, dit-on en hébreu : une raison de faire la fête. Telle est, spontanément, la première réaction que nous inspire l’entrée d’Israël dans l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Ne faisons pas la fine bouche. Précisément parce que cette intégration n’est pas automatique, qu’elle répond à des conditions à respecter en matière de développement économique, il y a de quoi se réjouir. On s’est félicité de cette consécration en faisant miroiter ses retombées économiques et financières. Ce n’est peut-être pas le meilleur argument. Il y a quelque chose de médiocre et d’étroit à n’entrevoir l’atout de cette adhésion que sous cet angle. L’OCDE n’est pas une entreprise étrangère qui a pour objectif d’importer des produits israéliens. En outre, la participation israélienne aux débats et aux comités spécialisés de l’institution qui siège à Paris exigera d’affecter des personnes et des ressources. L’OCDE est une institution intergouvernementale dont les compétences touchent à tous les aspects de la vie économique mondiale en matière de production alimentaire et industrielle, de l’aide au développement, de la politique scientifique, d’éducation, de tourisme et des marchés financiers, en vue de promouvoir une harmonisation des politiques. Il est heureux qu’Israël soit jugé digne de faire partie de cet aréopage prestigieux en tant que tel. Il confirme l’aboutissement de soixante ans d’efforts au terme desquels Israël, considéré au moment de sa naissance comme un pays en voie de développement, se hisse aujourd’hui officiellement au rang des pays développés.

On ne peut nier qu’il y a également dans cette consécration une victoire symbolique indirecte : dans cette routine d’appels, de pétitions, de publications, de votes, d’opinions qui persistent à démoniser Israël, à réclamer, prononcer, décréter son exclusion, il est utile, encourageant et rassurant, somme toute, de se dire qu’Israël est également invité, intégré et accueilli.

Il importe de rappeler à ceux qui s’inquiètent de cette diffamation croissante dont Israël est l’objet la distinction entre l’attitude des gouvernements et l’activité d’associations qui relèvent de la société civile et cherchent à peser sur l’opinion. Pour irritants qu’ils soient, pour inquiétants qu’ils apparaissent dans la mesure où ils rappellent, dans leur rhétorique, des discours d’hier, les appels au boycott et au désinvestissement ne sont pas le fait des Etats européens, pour lesquels nulle mesure de cet ordre n’est à l’ordre du jour.

L’anti-Durban

Quand bien même il ne s’agit guère d’une institution relevant de l’ONU, l’entrée à l’OCDE peut être perçue, à cet égard, comme l’anti-Durban, comme la revanche sur Durban, dix ans après. Toutefois, si la reconnaissance d’Israël par les Etats se voit confirmée (Front du refus et l’Iran, en tête, excepté), la bataille de la reconnaissance d’Israël par l’opinion publique doit être poursuivie. Plus instable, plus versatile car elle est animée par des principes et des intérêts, elle n’est pas définitivement perdue. Le plus difficile est de trouver le juste équilibre : il serait préjudiciable tant de nier le problème que de le surestimer. Or, la tentation la plus forte au sein des communautés juives aujourd’hui est de
surestimer le poids de ces organisations militantes, et ce par réflexe tenu pour une leçon de l’histoire. Comme nous n’avons pas su, dans les années 30, identifier la menace, il convient aujourd’hui, pour éviter la répétition de cette méprise tragique, de la voir partout. Or, en dépit du harcèlement militant de ces organisations malveillantes, il n’est pas vrai que, sous l’effet de leur action, le monde et l’Europe en particulier n’ont l’œil fixé sur Israël que pour dénoncer, blâmer et diffamer l’Etat juif et ceux qui y vivent. Ils savent aussi reconnaître ses mérites scientifiques, artistiques et économiques comme en témoigne le prix Nobel de chimie attribué à Ada Yonat, la Caméra d’or du festival de Cannes décernée à Etgar Keret et un nouveau prix littéraire en Italie offert à Amos Oz.

Assurément, pour ces associations antisionistes dont c’est l’unique combat et l’obsessionnelle vocation, Israël est comme une muleta qui les fait voir rouge, et celles-ci continueront encore à s’agiter comme un cabri même lorsqu’Israël aura signé la paix avec les Palestiniens. Cependant, pour gagner la bataille de l’opinion, il ne suffit pas de démontrer que leur antisionisme est le nouvel habit de leur antisémitisme, ou lorsqu’ils sont juifs, qu’il s’agit là d’une résurgence malheureuse de ce phénomène juif de la « haine de soi ». De telles dénonciations n’ont guère l’effet escompté. Il est entre les mains du gouvernement israélien de pulvériser définitivement l’impact de la propagande antisioniste sur l’élite et la jeunesse européenne qui a prêté l’oreille à la condamnation d’Israël. Celle-ci n’est ni antisémite ni bêtement naïve. Elle saura réviser son attitude lorsque le gouvernement israélien sera enfin déterminé à parler et à agir sans ambiguïté. On nous impute la lenteur dans la négociation parce que nous donnons l’impression de faire un pas en avant et deux pas en arrière; bref, d’être les premiers à vouloir les négociations et les derniers à vouloir qu’elles aboutissent.

Israël ne doit pas prendre ses décisions dans ce but, évidemment, mais il ne peut pas ne pas évaluer l’effet qu’elles auront sur cette partie de l’opinion qui, depuis la fin de la seconde intifada, manifeste réserve, distance voire hostilité vis-à-vis d’Israël. (Et encore pas toujours, lors du désengagement de l’été 2005. Sharon « le boucher de Sabra et Chatila » (sic !) fut dès lors tenu pour un grand leader comme l’a confirmé l’attention mondiale pour sa santé lors du coma qui l’a frappé quelques mois plus tard).

Transformer l’essai

La réalité d’Israël ne se réduit ni à une image d’Epinal, comme les amis d’Israël aveuglés par leur objet d’admiration voudraient le croire, ni à un horror picture show comme ses ennemis le conçoivent. Tel est le défaut des premiers et l’imposture des seconds : l’un est partiel, l’autre est partial. Les deux nient la complexité des choses; ils l’ignorent ou ne veulent rien en savoir. La réalité est toujours plus complexe. En célébrant l’entrée d’Israël dans l’OCDE, il ne s’agit pas non plus de fermer les yeux, comme on voudrait nous inviter à le faire, sur les inégalités croissantes au sein de la société israélienne. Il va sans dire que cela ne rend pas l’occupation plus tolérable. Il est même significatif qu’on n’en ait pas fait une condition préalable; tant mieux, mais à nous de transformer l’essai.

L’expression de la vocation initiale du sionisme politique était d’intégrer le peuple juif dans la famille des nations et Israël dans la famille des Etats; l’entrée d’Israël au sein de l’OCDE est, à cet égard, le plus beau cadeau d’anniversaire que l’Etat d’Israël reconnaissant, pouvait offrir à celui qui en fut le visionnaire, à l’occasion du 110e anniversaire de sa naissance : Theodor Herzl.

Une victoire politique et économique

Ancien directeur général adjoint des relations internationales au ministère israélien des Finances et directeur des affaires internationales du patronat israélien, Dan Catarivas a participé aux négociations menées en vue de l’adhésion d’Israël à l’OCDE.

Comment se sont déroulées ces négociations ? Le processus est généralement long car il n’y a pas de présentation de candidature. Il faut être invité à y participer. Pour ce faire, il faut poser des actes qui puissent faire émerger des intérêts mutuels entre un Etat et l’OCDE. Dans le cadre du deuxième processus d’élargissement de l’OCDE entamé au début des années 2000, Israël a dû se positionner pour être repris sur la liste des pays invités à y participer. L’invitation officielle a été lancée il y a trois ans et c’est à ce moment là qu’ont été formés 18 comités de travail de l’OCDE pour préparer cette adhésion. Une feuille de route a été établie et Israël a adopté toute une série d’instruments OCDE, notamment en harmonisant une partie de sa législation économique, fiscale, sociale et environnementale. Les 18 comités ont finalement recommandé l’adhésion d’Israël. Et le 10 mai 2010, les ambassadeurs auprès de l’OCDE ont voté en faveur de l’adhésion d’Israël pour l’inviter officiellement à les rejoindre.

Que représente pour Israël l’adhésion à l’OCDE ? Israël est enfin reconnu comme un Etat économiquement développé en entrant dans le club fermé des économies les plus avancées de la planète. Pour la première fois de son existence, Israël appartient à un groupement plus restreint de pays en dehors des Nations Unies et de ses agences spécialisées. D’un point de vue géopolitique, c’est une première pour Israël qui n’apparaît plus comme une nation isolée. Economiquement, cela nous place dans le peloton des pays développés. A long terme, cette adhésion exercera une influence déterminante sur l’activité économique israélienne par l’application des normes OCDE. Les entreprises israéliennes bénéficieront enfin de facilités bancaires internationales identiques à celles des autres Etats membres. La bureaucratie israélienne devra aussi s’aligner sur tout ce qui se fait dans les autres Etats membres. Le service public israélien pourra profiter des expériences menées dans d’autres Etats grâce au mécanisme de dialogue mis en place par l’OCDE. 

 


 
 

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