Israël/Société

Israël, nouvelle Terre promise des végétariens

Mardi 1 juillet 2014 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°802

Non seulement l’Etat hébreu détient le second rang mondial de con-sommateurs végétariens, mais le nombre de végétaliens ne cesse d’y croître. Effet de mode ou pas, cette tendance gagne même les cercles du pouvoir !

 

Rue Lilienblum, au cœur de Tel-Aviv. Les badauds s’impatientent à l’entrée de « Nanoushka », un bar-restaurant géorgien à la décoration ultra kitch qui ne désemplit pas. Et pourtant, en février dernier, la maîtresse des lieux, Nana Shreier, a annoncé un changement drastique : le passage à une carte strictement végétalienne (sans produits d’origine animale). Exit les farcis de viande et de fromage, la grande spécialité de cet établissement où la vodka coule aussi à flot. Place aux antipasti colorés et autres Dimsum à base de lentilles ou d’épinards. « Ici, la vague végétalienne ne relève pas seulement de l’effet de mode », confie Nana Shreier. « D’ici quelques années, personne ne sera plus capable d’avaler une seule bouchée de viande ».

Des propos que d’aucuns trouveront quelque peu exagérés. Car le phénomène semble pour l’heure plutôt limité à la « bulle » tel-avivienne, où de nombreux restaurants proposent désormais des options végétariennes, y compris au sein d’établissements de renom comme le très emblématique « Orna et Ella », ou le bistrot « La Brasserie », réputé pour la qualité de son hamburger. Sans oublier « Zakaim », le premier restaurant gourmet 100 % végétarien de la cité balnéaire.

8,5 % de végétariens !

A ceci près que depuis deux ans, le nombre d’Israéliens ne consommant pas de viande croît à toute allure. Avec un pourcentage de 8,5 % de végétariens, contre une proportion variant entre 2 et 4 % en Europe occidentale, l’Etat hébreu détiendrait même le second rang mondial (derrière l’Inde) en la matière, selon les services du ministère de la Santé. Et selon un récent sondage réalisé en début d’année, à l’approche de la finale de l’émission de TV « Master Chef », 5 % des Israéliens se définissent comme végétaliens.

Le pays où coulent le lait et le miel serait-il de plus en plus sensible aux activistes des droits des animaux ? Lors de l’hiver 2013, le pays a en tout cas rallié pour la première fois la campagne internationale du « Lundi sans viande » (« Meatless Monday »). Un mot d’ordre adopté au plus haut niveau… puisque la résidence du Premier ministre a rejoint l’initiative. Du coup, ceux qui partagent la table de « Bibi » le lundi se voient dorénavant servir un repas sans viande… A l’origine de cette décision, une rencontre organisée entre le couple Netanyahou et la chef de file du projet « Meatless Monday » en Israël, l’ex-présentatrice TV, Miki Haimovich (à gauche sur la photo).

Les époux Netanyahou avaient alors confié à la journaliste vedette qu’ils mangeaient très peu de viande et que leur fils Yair était devenu végétarien il y a deux ans. « Je viens d’une famille sensibilisée à ce problème. Mon père a fait partie des premiers végétaliens en Israël. Je suis très sensibilisée à la souffrance des animaux », avait fait savoir Sara Netanyahou. Lors
de ce rendez-vous, le Premier ministre israélien avait parcouru le livre plaidoyer Faut-il manger les animaux, de l’écrivain américain Jonathan Safran Foer, et confié avoir été influencé par un autre ouvrage, De l’animal en Dieu : une brève histoire de l’humanité, écrit par le chercheur de l’Université hébraïque de Jérusalem, Yuval Noah Harari.  

Dans les rangs de la Knesset, le parlementaire religieux Dov Lipman, du parti centriste Yesh Atid, s’est déclaré comme l’un des adeptes les plus enthousiastes du « Meatless Monday », dont l’objectif est de réduire de 15 % la consommation nationale de viande pour améliorer l’hygiène alimentaire et réduire les émissions en gaz de carbone. « Nos ressources naturelles sont limitées et nous devons faire un effort pour les protéger », avait souligné le député de Yesh Atid. Car si les chiffres montrent un engouement pour le végétarisme, le pays affiche encore une consommation annuelle de 18 kilos de viande par personne.

De quoi encourager les adeptes des repas 100 % végétariens à se mobiliser. D’autant que cette communauté ne manque pas de gourous. Parmi les porte-parole les plus populaires du mouvement végétalien : le Juif américain Gary Yourofsky. Héraut des droits des animaux, il s’est rendu en décembre dernier en Israël pour un road show de quinze jours, où chacune de ses apparitions a fait salle comble ! A telle enseigne que les conférences traduites en hébreu du célèbre activiste ont été visionnées par quelque 875.000 personnes… Soit l’équivalent de près de 10 % de la population nationale.   

Précurseurs historiques 

A priori, il ne va pas forcément de soi de comprendre pourquoi les Israéliens qui raffolent de schnitzel, chawarma et autres boulettes, sont sensibles au discours de Yourofsky qui compare le miel au « vomi d’abeille » et dont les vidéos ultra violentes ne prennent pas de gants pour montrer à quel point les animaux sont maltraités dans les abattoirs. Il n’empêche. Le « vegan friendly » se répand comme une trainée de poudre. Lors des dernières fêtes de Pessah, le journal Haaretz a même consacré un reportage aux adeptes d’un régime uniquement à base de fruits, en allant passer un seder à Jaffa en compagnie de « fruitariens ». Estimés à plusieurs centaines, les fruitariens israéliens calent leurs habitudes sur l’exemple de précurseurs historiques : à l’image de Mahatma Gandhi, Léonard de Vinci, voire même, selon la rumeur, du fondateur d’Apple aujourd’hui disparu, Steve Jobs.

Autre produit vedette qui aiguise les appétits des Israéliens : le kale, le chou frisé venu des Etats-Unis, présenté comme le plus sain des légumes verts et désormais disponible dans tous les supermarchés du pays. Reste à savoir combien de temps la mode du végétarisme et de ses dérivés végétaliens ou fruitariens, tiendra dans un pays qui ne célèbre jamais son indépendance sans une nuée de barbecues, sans compter les multiples repas accompagnant les fêtes juives, dont la viande constitue le plat de résistance…

Car la folie végétalienne a déjà ses détracteurs comme le montre la page Facebook « Vegan make me sad », sur le Net israélien, qui compte 20.000 like… contre 15.000 aficionados pour la page dédiée aux recettes végétariennes. De fait, les adeptes du végétalisme ne font guère preuve de tolérance vis-à-vis de leurs compatriotes carnivores, comme le souligne Dael Shalev, auteur d’un ouvrage paru en hébreu, Le secret préhistorique : vivre comme le veut votre corps. « Le courant végétalien n’est pas basé sur l’amour ou sur la compassion. Ce sont des gens qui aiment haïr, et leur haine se porte sur les mangeurs de viande », affirme-t-il.

Une certitude : la scène culinaire israélienne ne se prive pas d’exploiter le créneau du « sans viande ». A l’instar du chef vedette Yotam Ottolenghi, originaire de Jérusalem, qui sans être végétarien lui-même, a séduit Londres et l’Angleterre, avec ses recettes de légumes légères. Son dernier ouvrage best-seller, Plenty, comporte ainsi mille et une tentations. A l’image d’une salade aigre douce à base d’oranges sanguines, de sirop d’érable, de radis et de… grenades. Signe si besoin était que la cuisine végétarienne venue d’Israël renouvelle un genre qui n’est plus l’apanage des seuls « mangeurs de tofu ».

Destination « Vegan Friendly »
Le végétarisme est aussi un argument de vente pour le ministère du Tourisme… Pour preuve, la promotion faite autour du moshav Amirim, un village coopératif créé dans les années 50 par une communauté de végétariens. Perché à 650 mètres d’altitude, sur une colline qui surplombe le lac de Tibériade, à 15 kilomètres de Safed, Amirim est le premier moshav du pays à fonder son art de vivre sur les principes végétariens, végétaliens et biologiques. On y refuse tout pesticide et l’abattage d’animaux pour se nourrir. Et les fondateurs du moshav Amirim, parmi les pionniers du mouvement végétarien en Israël, ont aussi poussé le développement de l’agriculture biologique dans la région et en Israël.
Autre village à surfer sur la vague : Neot Samadar, situé dans la région Arava, la partie la plus méridionale du désert du Néguev, à 60 km au nord d’Eilat. Ce kibboutz offre une table végétarienne, le « Pundak », qui permet de déguster les produits issus de l’agriculture organique, l’une des spécialités de ce village « écologique ». 

 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par de gussem liliane - 19/08/2014 - 19:01

    en ne mangeant pas de viande seront-il moins violent pour autant ? puisqu'il parait que manger de la viande fait que l'être humain soit plus agressif et violent !

  • Par Dino - 22/11/2014 - 14:58

    Si le végétarisme n'est pas une garantie de "sainteté", il est un puissant court-circuitage de la violence et de la maltraitance envers les créatures. C'est plutôt une norme culturelle de base qui sert le bien de tous (car manger de la viande est un acte égoïste, c'est évident : qu'est-ce qui est le plus difficile à vivre : refuser d'avaler de la chair animale, ou être créature piégée et massacrée ?)

    L'ancien grand rabbin d'Israël, Yitzhak HaLevi Herzog, écrivit à propos du végétarisme : « l'aspect carnivore de l'homme n'est pas tenu pour acquis ou loué dans les enseignements fondamentaux du judaïsme. Les rabbins du Talmud ont précisé que les hommes étaient végétariens dans les temps les plus reculés, entre la Création et la génération de Noé. (...) Une pléiade de dirigeants rabbiniques et de maîtres spirituels ont confirmé que le végétarisme est le sens ultime de l'enseignement moral juif. Ils ont proclamé la liberté de toutes les autres créatures vivantes - comme valeur que notre tradition religieuse doit apprendre à tous ses fidèles. »

  • Par Eric BENECH - 21/04/2015 - 14:02

    Bonjour,
    Nous sommes très agréablement surpris, ma compagne et moi, d'apprendre que le végétarisme progresse autant en Israël.
    C'est très bien. Et très bon pour la planète.
    BRAVO aux végétariens !

  • Par Jesuran - 25/04/2018 - 1:19

    Le bonheur est dans le vegan . En plus on vivra 100 ans avec :)