Israël

Israël en état d'urgence face au Coronavirus

Mercredi 18 mars 2020 par Frédérique Schillo

Israël est l’un des premiers pays à avoir pris des mesures drastiques contre l’épidémie de Covid-19. Il s’impose aujourd’hui comme un modèle de gestion de la crise sanitaire en combinant fermeture des frontières, mises en quarantaine et dépistages massifs. Une situation qui reste très pénible à vivre au quotidien.

C’est devenu un rituel. Chaque soir, Benyamin Netanyahou apparaît sur les écrans de télévision pour prononcer un discours sur l’épidémie de coronavirus. Et chaque soir, il annonce des mesures toujours plus drastiques pour les Israéliens. Le pays se retrouve aujourd’hui sous cloche, ses frontières fermées aux touristes, les citoyens de retour de l’étranger étant envoyés d’office en confinement pendant 14 jours.

Ainsi barricadé, Israël est devenu aujourd’hui un modèle de fermeté dans la gestion de la crise du Covid-19, quand d’autres pays hésitent encore à fermer leurs frontières. A l’intérieur, les mesures prises pour freiner l’épidémie figurent aussi parmi les plus strictes au monde, alors même qu’Israël ne comptait mercredi matin que 427 cas (comparés aux 1.243 infections détectées en Belgique) et - chance inouïe- aucun mort jusqu’à présent.

En plus de la mise en quarantaine des sujets déjà infectés ou susceptibles de l’être, les autorités ont fait le choix du dépistage systématique comme en Corée du Sud, où l’on observe un ralentissement de la pandémie. Des milliers de kits de dépistage ont été commandés dans l’objectif de pratiquer jusqu’à 3.000 tests par jour. Pour ce faire, d’immenses installations sont mises en place. Près de Tel-Aviv, une sorte de drive-in permet depuis mardi soir aux Israéliens présentant des symptômes du coronavirus de venir en voiture se faire tester et d’obtenir un diagnostic gratuit, en 10 minutes, sans sortir de leur véhicule.

« Track Virus »

Logiquement, de nouveaux cas devraient apparaître, qui nécessiteront de nouvelles mises en quarantaine pour les malades, leurs proches et tous ceux qu’ils ont croisés. Le ministère de la Santé publie quotidiennement sur son site internet les itinéraires des patients atteints du covid-19, obtenus grâce à un entretien détaillé. Au pays de la Start-up nation, on ne s’étonnera pas que les données aient été vite digitalisées : l’application israélienne « Track Virus » permet, de façon anonyme et en collaboration avec les services de Santé, de savoir si l’on se trouve à proximité d’un porteur du virus. Mais le gouvernement Netanyahou veut aller plus loin. Sans attendre un vote du Parlement, il a instruit le Shin Bet de recourir aux techniques secrètes de la surveillance électronique, utilisées d’ordinaire dans le contre-terrorisme, pour récolter les données privées des téléphones portables et traquer les personnes touchées par le coronavirus. Une méthode qui fait débat.

En prévision de nouveaux cas, les professionnels de la santé sont sur le pied de guerre. Beaucoup craignent de manquer de matériel et de place, Israël ayant le triste record du plus faible nombre de lits d’hôpitaux des pays de l’OCDE (2,2 pour 1.000). Des masques et des tenues de protection ont été commandés, et surtout 1.000 appareils d’assistance respiratoire, les patients atteints de la forme la plus sévère du covid-19 devant être placés en réanimation. Pour faire face à un éventuel débordement des hôpitaux, des hôtels ont été réquisitionnés comme les Dan Panorama à Tel-Aviv et à Jérusalem. L’organisation se fait sous le contrôle des services de santé, du Magen David Adom et de l’Armée, qui a par ailleurs rappelé 2.500 réservistes sur le front intérieur.

Depuis plusieurs jours, le pays tourne au ralenti. Les écoles et les universités sont fermées pour cinq semaines jusqu’au retour des vacances de Pessah. L’activité économique est réduite au minimum, les cafés, les restaurants, mais aussi les cinémas et autres établissements culturels ayant été les premiers à baisser le rideau. A partir de mercredi soir, les transports publics ne fonctionneront plus après 20h ni le week-end. Le pays tout entier se dirige vers un confinement général avec des conséquences économiques désastreuses, que ne pourront pas résoudre les timides premières annonces gouvernementales (chômage technique, fonds de secours pour les indépendants, report de la taxe d’habitation).

Alors bien sûr comme toujours, on tente de s’adapter à la nouvelle situation ; les Israéliens ne sont-ils pas passés maîtres dans l’art du compromis ? Des restaurants se reconvertissent dans la vente à emporter, les enseignants donnent des cours à distance, des concerts sont projetés en direct sur les réseaux sociaux. Il y avait encore un peu d’insouciance dans l’air le week-end dernier dans les parcs et sur les plages où les familles profitaient des premiers rayons de soleil à l’approche du printemps. Une forme d’inconscience au danger qui inquiète le gouvernement. « Réveillez-vous ! », a lancé Netanyahou aux Israéliens mardi soir, en les incitant à faire preuve de responsabilité. Et d’annoncer de nouvelles mesures pour interdire les déplacements, sauf en cas d’absolue nécessité. Sans parler officiellement de confinement, il a demandé le respect des règles de distanciation sociale, tandis que le ministre de la Défense lançait « l’Opération Grand-mère » pour préserver les Anciens.

La prise de conscience grandit même dans les yeshivot

Il reste encore quelques inconscients, notamment dans la communauté ultra-orthodoxe où l’étude de la Torah prévaut sur toutes les mesures sanitaires. On a ainsi assisté à des scènes hallucinantes de yeshivot bondées ou d’embrassades monstres lors de mariages religieux. Elles devraient disparaître à mesure que la prise de conscience grandit chez chacun que la valeur cardinale est celle du pikuach nefesh : l’obligation de sauver une vie. Aujourd’hui, les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits au Kotel, où il est strictement interdit d’embrasser la pierre.

Même si on a assisté à quelques scènes de panique dans les supermarchés -avec l’incontournable ruée sur le papier toilette-, les Israéliens font preuve de calme et d’un civisme remarquable. La semaine prochaine sera cruciale pour endiguer la pandémie, prévient le directeur général adjoint du ministère de la Santé. Malgré les mesures drastiques déjà prises, et en attendant un vaccin sur lequel travaillent déjà ses meilleurs chercheurs, Israël ne sera pas épargné. Il faut s’y préparer. Mais chacun a aussi à l’esprit que les Israéliens sont un peuple de résilients.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Marie-Claude Vallet - 19/03/2020 - 11:53

    Merci chère Frédérique
    Paul m’a fait suivre votre message que je vais partager avec le reste de la famille et mes amis.
    À Genève le confinement est entré en action depuis plusieurs jours et tous les soirs nous applaudissons les services de santé à 21h.
    Bises virtuelles
    Marie-Claude

  • Par Léon Lévy - 19/03/2020 - 21:19

    Réveillez vous ! Il était dans doute très difficile de changer brutalement d'habitudes, de renoncer au petit café en terrasse ou de la promenade en bord de mer. Je ne jette pas la pierre à tous ceux ( moi y compris) à qui il a fallu du temps pour comprendre. Sans doute y a t il déjà des leçons à tirer en matière de communication. Personnellement, j'ai eu du mal à déchiffrer certains messages des pouvoirs publics qui m'ont paru manquer de clarté. Une suggestion : l'utilisation de messages à grande échelle vers les téléphones portables.

  • Par KOUATCHE - 23/03/2020 - 16:15

    TOUT COMME LA CHINE ,LA DISCIPLINE VA SAUVER L'ISRAEL.

    A CONTRARIO DE L'EUROPE QUI SE NOIE PAR LE COVID-19

    A CAUSE DE SON INDISCIPLINE.

    JE REMERCIE PAUL QUI M'A DONNE L'OCCASION DE PARTAGER CE MESSAGE AVEC LES AMIS.

    SI NOUS SUIVONS LES CONSIGNES , NOUS EN SORTIRONS TOUS GAGNANTS