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Les Druzes marquent des points dans la bataille de l'intégration

Mardi 4 Février 2020 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°1058

Cette minorité de 140.000 âmes est citée en exemple dans des domaines de plus en plus variés, tant sur le plan militaire que civil. Et ce, alors que la loi sur l’Etat-nation tend à les reléguer au rang de citoyens de seconde classe.

Gadeer Kamal Mreeh, première femme druze à entrer à la Knesset

Très remontée contre la nouvelle loi sur l’Etat-nation, votée à l’été 2018* avec le soutien du Premier Ministre Benyamin Netanyahou, la communauté druze a aussi fait ces derniers mois les gros titres des médias israéliens sur d’autres sujets, et notamment dans leurs rubriques « success stories ». Alors que ce texte législatif a ancré Israël comme l’Etat national exclusif du peuple juif, sans faire référence à l’égalité entre tous les citoyens (mentionnée dans la Déclaration d’Indépendance), cette minorité religieuse arabophone, qui représente 1,6% de la population nationale, est citée en exemple dans des domaines de plus en plus variés.

Vivant principalement dans le Nord du pays, les Druzes ont été toujours très intégrés au système de sécurité israélien, suite au « pacte du sang » qui les lie à l’Etat hébreu. Soumis depuis 1956 au service militaire obligatoire, ils sont 83% à servir dans l’armée, soit le taux d’engagement le plus élevé du pays. Ils ont pu occuper des postes importants dans l’establishment sécuritaire, et s’illustrer dans la plupart des unités de Tsahal. En juin dernier, un jeune soldat natif de Galilée a été pressenti comme le premier pilote d’hélicoptère druze de l’armée de l’air.

Briser le plafond de verre

Mais l’avancement des Druzes, chèrement acquis en tant que frères d’armes des Israéliens, s’illustre dans d’autres secteurs. En avril 2019, la candidate Gadeer Kamal Mreeh, âgée de 35 ans, a brisé le plafond de verre, en devenant la première femme druze à entrer à la Knesset, sur la liste centriste « blanc bleu » menée par Benny Gantz. Un exploit réédité lors des législatives de septembre. Elle s’était déjà distinguée en devenant la première femme non juive à présenter les informations en hébreu sur une chaîne de télévision nationale. Son cheval de bataille lors de la campagne électorale : abroger la loi de l’Etat-nation qui relègue les Druzes au rang de citoyens de seconde classe, en dépit de leur fidélité historique à l’Etat hébreu et à son armée.

En juillet dernier, une jeune femme originaire d’un petit village du Nord d’Israël est pour sa part devenue la première hôtesse de l’air druze au sein de la compagnie aérienne El Al. Merach Kara, issue de Daliyat el-Karmel, près de Haïfa, a dû surmonter les traditions culturelles propres à sa communauté pour obtenir cet emploi. A l’en croire, le fait qu’elle soit arabophone s’est révélé être un atout auprès des passagers arabes, pendant sa formation.

Enfin, le Technion (l’équivalent du « MIT israélien ») n’avait pas manqué de mettre en avant, voilà près de deux ans le parcours insolite de Samia Abbas. Mère de trois enfants, âgée de 37 ans, elle se présente en effet comme la première ingénieure druze diplômée de l’institution académique à faire carrière dans le monde de la haute technologie. A la tête d’une équipe de développeurs au sein de l’entreprise SanDisk (aujourd’hui Western Digital), elle sert également de mentor bénévole aux étudiantes de « Leaders - Next Generation Engineers ». Un projet qui vise à accroître la représentation des femmes, notamment issues des minorités non juives, de la communauté ultra-orthodoxe ou de la périphérie, dans le high tech israélien.

De fait, la minorité druze attend surtout des gestes concrets pour mettre fin à ce qu’elle dénonce comme des années de discrimination et d’inégalités de financement. Les budgets pour renforcer les infrastructures de leurs villages seraient ainsi de 25 à 40% inférieurs à ceux des localités juives. En outre, les Druzes manquent cruellement de terrains pour construire des habitations. Sachant qu’aucun nouveau village druze n’a été établi depuis la fondation d’Israël, alors que dans le même temps, le nombre de membres de la communauté a été multiplié par dix. Même si le gouvernement de Netanyahou a promis que la première nouvelle ville druze de l’histoire du pays devrait s’établir en Basse-Galilée dans les années à venir… 

* La loi sur l’Etat-nation, adoptée par la Knesset le 19 juillet 2018 avec 62 voix « pour » et 55 « contre », proclame aussi que l’hébreu est la seule langue nationale du pays, relègue l’arabe à un statut « spécial » qui n’a pas été défini et déclare que l'établissement de « localités juivese » relève de l'intérêt national.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par szombat - 26/02/2020 - 2:26

    Feu Ben Gourion avait répondu à une question qui paraissait être fondamentale à l' état d'ISRAEL qu'il venait de fonder, de proclamer .
    A savoir qui était juif?
    De ce grand esprit , il ne sortit qu'une réponse sans hésitation: " Celui qui accepte de partager le sort des juifs"
    J'aurais pu être Druze.

  • Par Amos Zot - 27/02/2020 - 16:11

    Cette loi sur l'Etat-Nation ne change rien aux Lois fondamentales d'Israël qui prévoyaient déjà qu'Israël est l'Etat-Nation du peuple juif,que sa langue est l'hébreu ( l'arabe est souvent utilisé mais n' a jamais été considéré comme une langue nationale ) et qu'il y a égalité de droit entre tous les citoyens d'Israël mais seuls les Juifs y ont des droits nationaux donc en tant que peuple. Il s'agit donc simplement d'un rappel pour ceux qui l'auraient oublié; pour le caractère démocratique, ce rappel n'était évidemment pas nécessaire.
    Reprocher que dans une de ces Lois fondamentales , on ne fasse pas référence au caractère démocratique d'Israël est comparable à la critique d'un article de la Constitution belge pris isolément ne mentionnant pas cette caractéristique.