Opinion

Communication, piège à…

Dimanche 28 novembre 2010 par Ouri Wesoly

 
Depuis quelques mois,  les ministres israéliens de l’Information et de la Diaspora (Youli Edelstein, Likoud) et des Affaires étrangères (Avigdor Lieberman, Israël Beteinou) ont lancé des campagnes en vue de restaurer l’image du pays dans le monde. Ce qui n’est pas du luxe : Israël ne cesse de grimper dans le top 10 des pays les plus mal considérés de la planète. Mais cela aura-t-il une quelconque efficacité ?
 
Pour redorer le blason d’Israël, M. Edelstein a lancé une offensive de « hasbara » (litt. «explication ») dans les médias, notamment Internet. Au travers de sites, de blogs ou du courrier des lecteurs, des gens, rétribués ou bénévoles, ont été chargés de contrer les informations anti-israéliennes.
 
Quant aux Israéliens qui voyagent, ils ont été invités à devenir des « ambassadeurs de bonne volonté » de leur pays et peuvent suivre des séminaires pour mieux y parvenir : comment participer à une discussion, parler devant une assistance voire répondre à un journaliste.
 
Le ministère des Affaires étrangères a décidé, lui, de doubler le budget des relations publiques dans ses ambassades en Europe. Chacune d’elle doit établir un « listing » de personnes, juives ou non, à qui seront fournies des informations pouvant les aider à défendre Israël. Les ambassades pourront aussi utiliser les services de boîtes de pub ou de lobbyistes.
 
Toutes ces idées sont étonnantes de naïveté. Ce qui est logique puisqu’elles émanent de ces publicitaires, « communicants » et autres « spin doctors » qui sévissent de plus en plus dans les sphères gouvernementales israéliennes (comme dans toutes les démocraties, hélas). Des gens qui croient que l’on peut modifier la réalité par des mots ou des images.
 
Certes, ils parviennent parfois à vendre un homme politique comme une marque de lessive (Tony Blair, Berlusconi) quoique pas si souvent que cela : ils échouent, en moyenne, une fois sur deux, ce dont ils oublient en général de se vanter. Tout comme ils négligent de préciser que le principe de réalité finit toujours par prévaloir. Et davantage encore lorsqu’il s’agit non plus d’un individu mais d’une situation.
 
Rendre les anti-israéliens paranoïaques
 
Or, celle de l’Etat juif est, regrettablement, la suivante : Israël est, à nombre d’égards, un pays merveilleux, aux réussites stupéfiantes dans d’innombrables domaines, la majorité de ses habitants sont des gens bien, un peuple auquel on ne peut qu’être fier d’appartenir. Mais tout cela est dissimulé sous une ombre écrasante : celle de l’occupation.
 
Croire que les non-Juifs sont plus bêtes que méchants (quoique) et qu’il suffit de leur montrer les qualités d’Israël pour qu’ils oublient les décennies de souffrances des Palestiniens, relève, au mieux, de la méthode Coué, au pire, de l’auto-illusion.
 
Tout comme penser qu’il suffit de parler de Territoires « disputés » et non « occupés », d’« implantations » plutôt que de « colonies » ou  de « Judée-Samarie » au lieu de « Cisjordanie » pour modifier le regard du monde.
 
Israël ne gagnera pas la guerre de l’opinion publique de cette façon. Pas tant qu’il laissera son destin entre les mains de politiciens médiocres, influencés par une minorité qui préfèrerait voir le pays mourir avec la Cisjordanie que de vivre sans elle.
 
La seule réussite de la « hasbara » est d’avoir rendu paranoïaques les innombrables anti-israéliens qui sévissent sur le Net et qui voient désormais un « hasbariste » dans chaque contradicteur. Ce qui est amusant mais quand même un peu court.  
 
De même, l’Etat juif peut bien décupler son budget « relations publiques », aucune campagne de publicité ne vaudra face à la moindre victime d’un bombardement ou d’un colon. Pour qu’un produit se vende, il doit posséder un minimum de qualités. L’occupation n’en a tout simplement aucune.

 
 

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