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Israël espère devenir un champion mondial du cannabis médical

Mercredi 1 juillet 2020 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°1065

Israël vient d’autoriser la vente des cannabinoïdes médicaux à l’export. De quoi réjouir les acteurs de cette industrie en plein développement.

 

Israël peut-il se hisser au rang de leader mondial du cannabis thérapeutique ? Une certitude : après avoir autorisé depuis plus de vingt ans l’usage médical de la marijuana pour soulager ses malades, Israël affiche des ambitions globales sur ce marché en pleine expansion. A la mi-mai, le ministère de la Santé a en effet donné le coup d’envoi final aux exportations de cannabinoïdes médicaux. Un feu vert attendu depuis de nombreux mois par les cultivateurs israéliens, mais aussi par les entrepreneurs de la « Nation Start-up » spécialisés dans les innovations autour du cannabis.

Le pays, qui a récemment dépénalisé la consommation récréative de cannabis, se présentait déjà comme le second prescripteur mondial de marijuana thérapeutique, avec l’utilisation de 25 tonnes par an pour 60.000 patients (contre 25.000 en 2015). Le cannabis médical est notamment administré à ceux qui souffrent de cancer, d’épilepsie, de stress post-traumatique ou de maladies dégénératives, non pas pour soigner leur mal, mais pour en atténuer les symptômes. Les médecins qui en défendent l’usage parient sur ses propriétés anxiolytiques permettant de raviver l'appétit ou de réduire les troubles du sommeil, et même sur des vertus anti-inflammatoires.

En toute logique, un hôpital de Tel-Aviv a même commencé à administrer du cannabis aux patients atteints du Covid-19 qui sont dans un état modéré, dans le cadre d’un traitement expérimental. D’autres essais cliniques sont menés pour évaluer les propriétés antivirales du cannabis et son impact pour réduire la capacité du coronavirus à pénétrer dans l'organisme.

Reste qu’en validant le principe d’une marijuana thérapeutique « made in Israël », le pays ouvre de nouveaux horizons à l’ensemble de la chaîne. Permettre à une dizaine de fermes locales de décrocher une licence d’exportation, c’est rendre possible une production à grande échelle. Et capitaliser sur un triple savoir-faire agronomique, technologique et médical pour partir à la conquête de l’Europe ou des Etats-Unis.

Pour ce faire, Israël dispose de plusieurs atouts maîtres. La recherche israélienne dans le domaine du cannabis est l’une des plus avancées au monde. Non seulement le père du cannabis médical est un scientifique israélien, le professeur Raphael Mechoulam, de l’Université hébraïque de Jérusalem, mais les travaux sur le cannabis ont aussi bénéficié d’un environnement légal ultra favorable puisque les tests cliniques sur les humains échappent à la réglementation, contrairement à de nombreux autres pays.

Le ministère de la Santé a par ailleurs accordé des agréments à certaines sociétés pharmaceutiques afin de faire pousser et distribuer du cannabis thérapeutique, à l’instar de BOL Pharma, dont la ferme de cannabis médical se trouve dans le village de Kfar Pines, à la périphérie du nord d'Israël. Dans cette installation protégée par un fossé, un mur d'enceinte, des barbelés, des caméras et des hommes en armes, près de 50.000 plants issus de 230 variétés différentes poussent à l'abri des regards. En bénéficiant d’un environnement idéal : 300 jours de soleil par an et une humidité ad hoc.

Quant aux entrepreneurs et investisseurs de la « Nation Start-up », ils n’ont pas attendu qu’Israël ouvre les portes du cannabis médical à l’export pour se lancer dans l’aventure. Vaporettes, inhalateurs, systèmes de sécurisation des plants : autant de trouvailles proposées par les jeunes pousses du secteur, qui se pressent chaque année à CannaTech, le rendez- vous professionnel de Tel-Aviv.

Parmi les invités de marque de l’édition 2019 figurait l’ancien Premier ministre, Ehoud Barak, devenu président d’InterCure, une grande firme cannabique du pays. L’ex-chef d’Etat-major de Tsahal, qui a assuré « n’avoir jamais inhalé de fumée ou mis un joint sur ses lèvres », s’est réjoui qu’Israël soit devenu une terre « où coulent le lait, le miel, et le cannabis ». Depuis, sa société a signé un accord avec une entreprise canadienne, pour exporter plusieurs tonnes de marijuana israélienne… au pays de l’érable. 


 
 

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