Livre

Les enfants de Cadillac

Dimanche 3 octobre 2021 par Henri Raczymow

Ce mercredi 8 octobre à 19h à la librairie Filigranes, rencontre avec François Noudelmann co-organisée avec le CCLJ. Une discussion-débat sur son dernier livre Les enfants de Cadillac (éd. Gallimard) un superbe roman sur l'identité, les origines et la lutte contre l'antisémitisme. Voici la critique qu’Henri Raczymow nous en livre dans le dernier numéro de Regards.

Le philosophe François Noudelmann, de son propre aveu, ne s’était jamais intéressé à sa généalogie, juive ou pas. Mais le destin a frappé à sa porte et le nom de Chaïm vint lui faire signe.

Son grand-père, Juif russe analphabète, brocanteur et colporteur qui, au début du siècle dernier, se mit en route pour la France. En 1914, il partit pour la guerre d’où il revint “mutilé du cerveau” et fut placé dans divers asiles, Sainte-Anne d’abord puis à Cadillac en Gironde. Diagnostic : “Dépression mélancolique anxieuse”. Décrété incurable. Chaïm fut interné là jusqu’à la guerre, la suivante.

Avec l’occupation allemande, les asiles de fous sont la proie d’une véritable famine organisée. A Cadillac, un aliéné meurt chaque jour. Chaïm meurt de faim à son tour en 1941, à 50 ans. On l’inhuma dans le “carré des fous”, en vrac. Ainsi fut-il pourvu de “racines françaises”.

Entretemps, il eut un fils, Albert. Un “vrai” Français, celui-là. Appelé sous les drapeaux en 1938, il va monter au front, sera fait prisonnier. Dans son stalag, les Allemands isolent les Juifs, dénoncé par ses “camarades” de captivité… S’ensuit un périple de souffrance et d’errances jusqu’à la débâcle de l’armée allemande, dignes du film Papillon.

Ce périple d’Albert Noudelmann pour rejoindre Paris à travers toute l’Europe, est dramatique à souhait, et on imagine bien le film avec Steve Mc Queen et Dustin Hoffman. Las, le retour à Paris après six ans d’absence constitue un autre récit tout aussi déchirant.

La troisème partie de ce triptyque est une méditation (on n’en attendait pas moins d’un philosophe) sur l’identité de l’auteur et sur les déterminismes socio-culturels qui fit de ce petit-fils d’analphabète issu du shtetl un agrégé des Lettres et un docteur en philosophie, enseignant à New York University. Destin juif s’il en est, si conforme à celui de tant d’immigrés juifs de l’est et leur progéniture. Les dernières pages de ce livre admirable, si probe et si lucide, ont trait à ce nouvel antisémitisme qui frappe l’Europe occidentale, sous le regard complaisant d’une certaine extrême gauche qui a perdu son âme.

François Noudelmann, Les enfants de Cadillac, Gallimard, 220 p.


 
 

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