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"Menorah et massalé", un regard sur le judaïsme entre l'Inde et Israël

Mardi 3 décembre 2019 par Florence Lopes Cardozo
Publié dans Regards n°1055

Le CCLJ & IMAJ présentent une belle soirée d’exploration du monde, ou plutôt des mondes juifs. Ce jeudi 12 décembre 2019 à 20h, la réalisatrice Françoise Marchand nous conduira, en personne, à la rencontre dIndiens juifs et dIsraéliens d’origine indienne. Un voyage aussi exotique que familier.

 
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    L’historienne Monique Zetlaoui remonte à la Haute Antiquité, à l’époque des comptoirs commerciaux, pour situer l’arrivée des Juifs du Moyen-Orient en Inde. Mêlés aux populations locales, ces nouveaux arrivants ont assimilé la langue indienne et adapté certaines de leurs coutumes. En témoignent des traces archéologiques et linguistiques : on dénombre des mots hébreux en malayalam et des mots malayalam en hébreu, mais encore, certains substantifs indiens sont composés d’une racine sémitique et d’une autre dravidienne.

    La caméra de Françoise Marchand nous emmène au village de Chennamangalam. Alors qu’il comptait une soixantaine de familles juives jusque dans les années 50, sa population se compose aujourd’hui d’hindous, de musulmans et de chrétiens. Néanmoins, la Jews street, derrière The Chennamangalam Synagogue, demeure. A Ernakulam, la synagogue (construite en 1200 et 1635) a été vidée de ses livres et aménagements intérieurs en 1972, pour être transférés à Nevatim, en Israël. Un dernier Juif veille encore sur l’édifice. Qu’en sera-t-il après lui, s’interroge-t-il, détenant la réponse emplie de silence.

    Initialement petite, la communauté juive indienne a vu nombre des siens s’établir en Israël. Guidée par Yaffa Duwyn -née à Bombay, élevée en Israël, globe-trotteuse et mariée en France à un Belge-, Françoise Marchand est partie recueillir la parole de chacun, de Bombay à Cochin, en Inde et de Nazareth à Eilat, en Israël. Il est question de passé, de rêves, de choix, d’expériences, de projets et d’identité(s), d’alya et de diaspora.

    En Inde

    On découvrira l’existence de trois communautés juives, les Bnei Israël dans la région de Bombay, les Baghdadi à Calcutta et les Kochi, sur la côte malabari. A Cochin, l’un des lieux du judaïsme les plus connus en Inde, la communauté se divise en deux : les Malabari, issus de l’époque du roi Salomon en -950, à la peau noire, et les Paradesi, originaires de la péninsule ibérique au moment de l’Inquisition, à la peau claire. Les deux groupes ne se sont jamais mélangés et ne fréquentaient pas la même synagogue jusqu’au premier mariage « mixte » qui a eu lieu en 1970… Ça vous dit quelque chose ? Quand l’heure de l’alya a sonné, certaines familles se sont trouvées séparées : un ado aimerait immigrer en Israël parce qu’il imagine la vie plus facile là-bas, l’éducation y serait moins chère. Sa sœur s’y verrait bien aussi, mais elle n’a pas réalisé qu’elle devra y faire l’armée. Leur mère trouve, elle, la vie plus confortable en Inde : pas de guerre, pas de stress et un niveau de vie supérieur : aurait-elle une employée qui lui apporte le thé lorsqu’elle rentre du travail ? Chaque interview, chaque portrait ajoute sa touche à une belle mosaïque colorée.

    En Israël

    Les rencontres avec les Israéliens d’origine indienne sont tout aussi riches et émouvantes. Il y est question de Nevatim, l’unique moshav où ne vivent que des Israéliens indiens, principalement de Cochin, et qui abrite, depuis 1995, un musée contenant des pièces indiennes déposées par ceux qui se sont installés à Nevatim. Certaines pièces sont très anciennes. Les récits d’immigration des aînés révèlent bien des difficultés : discriminations du fait de leur couleur de peau, non-reconnaissance de leur judéité par les Juifs orthodoxes, extrême solitude, faim, emplois humiliants -un directeur des ventes d’une grande usine à Calcutta s’est retrouvé videur de cendriers, puis laveur de bateaux-, enfants embarqués d’emblée à l’oulpan -formule cours et travail-, avec visite des parents une fois par mois. Ils ont été les premiers à planter des arbres fruitiers dans le Néguev.

    Deux trois générations se sont depuis succédé, certaines personnes s’accrochent à leur culture d’origine, ne consommant que du Bollywood et des mets indiens ; des jeunes de la troisième génération comprennent à peine le marathi, la langue des aînés. Certains sont intégrés, d’autres se voient bien émigrer, mais pas en Inde. Ronit se sent indienne à la maison, israélienne sitôt la porte franchie. A Ramla, Israéliens, Palestiniens et Indiens se fréquentent au marché. C’est qu’on trouve « Aux Petites Indes » des produits, des bijoux, des légumes, des épices et des DVD des stars du cinéma indien. Et c’est dans ce doux et infini balancier, ici en Israël, là en Inde, vers l’une et l’autre identité, qu’on peut se faire une toute petite idée, mais déjà une grande ouverture vers leurs réalités, leurs fiertés, leurs difficultés.

    « Menorah et massalé. Un regard sur le judaïsme entre l’Inde et Israël »
    Un film de Françoise Marchand (60 minutes)
    Soirée exceptionnelle en présence de la réalisatrice et de Yaffa Duwyn qui témoigne dans le film.
    Avant la séance : présentation du film, des conditions de tournage et explications de quelques termes propres à la culture indienne et juive.
    Après la séance : débat avec le public.
    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou [email protected]

     
     

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