GRANDS DOSSIERS : ÉTUDES ANNUELLES
 
 
   
   
   
   
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Les études annuelles


Etude 2009 : Pierre Goldman : l'an prochain, la révolution
Nicolas Zomersztajn - 1/12/2009

Pierre Goldman est une des figures mythiques du mouvement gauchiste des années 1960. Si ce révolutionnaire écorché vif est emblématique d’une époque et d’une génération, celle de Mai 68, ce n’est sûrement pas parce qu’il a sombré dans le banditisme, mais bien en raison de son adhésion à une idéologie universaliste et de sa volonté de reproduire les exploits héroïques des combattants des Brigades internationales pendant la guerre d’Espagne et ceux des résistants armées communistes des FTP-MOI.
En explorant le parcours de Pierre Goldman ainsi que celui de toute une génération de Juifs nés dans les années qui suivent la Shoah, on peut s’interroger sur les raisons qui les ont emmenés à grossir les rangs du Parti communiste ou des mouvements d’extrême gauche en France pendant les années 1960. Existe-t-il une affinité particulière entre le communisme et cette jeunesse juive ? Tout au long de cette étude, nous nous efforcerons de répondre à cette question en examinant ce qui relève d’une interrogation et d’une inquiétude spécifiquement juive, voire d’une contestation qui puise ses fondements dans une culture authentiquement juive.
L’association des termes « juif » et « communiste » est clairement et fièrement revendiquée par Pierre Goldman. Le culte sans limite qu’il voue aux combattants juifs communistes des FTP-MOI et l’obsession avec laquelle il les présente comme l’incarnation suprême de la figure du Juif, ne viennent pas contredire l’importance que Pierre Goldman attache à son identité juive. La vie de ce militant gauchiste montre à quel point son adhésion au communisme et à l’internationalisme n’ont pas effacé ni éliminé sa judéité. Bien au contraire, le communisme apparaît comme une manière parmi d’autres de renouveler la conscience collective juive et de lui donner une reformulation laïcisée.

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Etude 2008 : Les réparations allemandes et leur impact sur la mémoire
Nicolas Zomersztajn - 1/12/2008

Le 10 septembre 1952, la République fédérale d’Allemagne (RFA), l’Etat d’Israël et la Jewish Material Claims against Germany signent à l’Hôtel de ville de Luxembourg des accords en vertu desquels la RFA s’engage à assumer ses obligations à l’égard des victimes juives des persécutions nazies. Ces accords, fruits de négociations complexes et difficiles entamées six mois auparavant au château de Wassenaar dans les environs de La Haye (Pays-Bas), sont historiques. Pour la première fois en droit international moderne, les victimes d’un génocide obtiennent des mesures d’indemnisations et de restitutions. Si ces accords sur les « réparations » allemandes constituent une étape déterminante dans le long et lent processus visant à rendre justice aux victimes et aux rescapés de la Shoah, il est étonnant de constater à quel point l’impact de ces réparations est faible sur l’évolution de la mémoire de la Shoah. En Allemagne, ces accords de réparations créent l’illusion selon laquelle les Allemands ont soldé les comptes du génocide des Juifs. Cette illusion aura deux conséquences désastreuses : le refoulement allemand du passé nazi et la dilution de la responsabilité du peuple allemand dans la Shoah. Dans le monde juif, cette vaste entreprise d’indemnisations des victimes de la Shoah n’a pas non plus exercé la moindre influence sur la mémoire de celle-ci. Pendant plus de quinze ans, cette tragédie n’entre pas dans le champ de la mémoire collective. Si c’est le cas, comme en Israël, c’est exclusivement dans le registre de la généralisation que la Shoah est évoquée. L’expérience et les récits des rescapés en sont exclus. Pour que cette situation change, il faut attendre le procès d’Adolf Eichmann en 1961. Ce procès historique va libérer la parole du rescapé pour le faire entrer dans la mémoire du génocide.

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Etude 2007 : La laïcité ou la Raison citoyenne
Olivier Boruchowitch - 1/12/2007

La sécularisation et la laïcité ont proposé une nouvelle articulation entre le politique et le religieux et sont parmi les meilleurs indicateurs du développement et de la vitalité démocratiques d’un pays.

La sécularisation des institutions peut prendre diverses formes en fonction des sociétés et des histoires nationales, ce qui rend particulièrement difficile la possibilité de catégoriser les Etats laïques. Ceux-ci ont cependant en commun une définition a minima incluant la liberté de conviction (choix d’une religion, agnosticisme ou athéisme), la séparation de l’Eglise et de l’Etat, comprise au moins comme la fin de l’interventionnisme de l’institution religieuse dans les affaires de l’Etat, la primauté de la loi sur la règle religieuse, et la poursuite du bien public dans l’égalité de traitement des citoyens, dans l’indistinction formelle, conformément à la définition du laos.

C’est dans cette égalité fondatrice que réside l’originalité, mais aussi la singularité de la laïcité : un modèle qui séparerait l’Eglise de l’Etat, la loi du précepte religieux, sans pour autant établir le respect accordé à la liberté de conviction, quelle qu’elle soit, ne se conformerait pas à l’exigence de l’égalité réclamée par la démocratie. A contrario, un modèle qui ne garantirait pas le droit au choix philosophique ou religieux, ne satisferait pas à l’exigence de liberté inhérente à la démocratie. C’est dans la recherche constante de cet équilibre entre l’égalité et la liberté que la laïcité a résolument fait entrer les Etats européens dans l’ère de la Modernité.

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Etude 2006 : Les différentes formes d’actualisation de l’antisémitisme occidental
Olivier Boruchowitch - 1/12/2006

L’histoire de l’Europe occidentale s’est souvent confondue avec celle de la judéophobie. La haine manifestée à l’encontre des Juifs a pris de très nombreuses formes et connu plusieurs variantes importantes. Du simple préjugé à la persécution systématique et organisée, du contrôle social à la coercition du pouvoir, de l’injure aux contraintes vestimentaires, du pamphlet littéraire à la Shoah, les réactions d’hostilité marquée à l’encontre des Juifs, comme les très nombreux alibis pour les justifier, ont varié dans le temps et l’espace.

Cette étude n’a pas l’ambition de prétendre à la reconstruction d’une histoire exhaustive de l’antisémitisme. Elle vise davantage à faire percevoir, au travers d’exemples significatifs, les différentes formes que l’antisémitisme a revêtues au fil de l’histoire. Plutôt que de tracer l’histoire de l’antisémitisme, elle cherche à confronter l’histoire à l’antisémitisme, en montrant comment ce dernier s’adapte et réactualise sans cesse ses thèses centrales, déclinées selon des modalités historiques spécifiques. A cette fin, l’analyse se centrera sur les principales versions paradigmatiques de l’antisémitisme occidental et les variations majeures qu’elles ont connues au fil du temps et des historicités dans lesquelles elles se sont inscrites. Contrairement à ce qu’une appréhension naïve du phénomène pourrait laisser entendre, l’antisémitisme n’est pas monolithique. Certes, il se diffuse dans l’histoire avec une cohérence et une constance assez stupéfiantes, mais ses modes d’expression opératoires ne sont pas figés. Les paradigmes dominants de chaque grande période de l’histoire occidentale ont marqué de leur empreinte l’élaboration des thèses du moment.

Rupture et continuité à la fois, donc, pour un ressentiment très vif à l’égard des Juifs qui, s’amarrant à chaque grand courant émergeant, s’adapte, se transforme et se réactualise sans cesse, puisant dans les ressources intellectuelles, spirituelles ou socio-politiques ambiantes, le motif de ses nouvelles justifications.

Caricature : Edouard Drumont lance son quotidien "La Libre Parole" en avril 1882. Source : Gérard SILVAIN, Joël KOTEK, La carte postale antisémite de l'affaire Dreyfus à la Shoah, Berg International, 2005.

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Etude 2005 : Entre rupture et continuité, le choix impossible du sionisme
Nicolas Zomersztajn - 1/12/2005

Idéologie issue de la modernité, le sionisme s’est conçu et a conçu son action en rupture avec la vie juive diasporique. Pour que les Juifs puissent affronter sereinement les défis de modernité et pour qu’ils envisagent avec dignité leur avenir aux côtés des autres nations, les théoriciens du sionisme préconisent une transformation radicale de la vie juive par la création d’un cadre politique indépendant en terre d’Israël. Les Juifs doivent rompre avec l’Exil, cette condition non naturelle et dégradante qui confine les Juifs dans la vulnérabilité, la soumission et la passivité.

En dépit de la rupture radicale avec la tradition religieuse et des siècles de vie juive en diaspora qu’il préconise vivement, le sionisme saisit très tôt les problèmes qu’un tel processus peut engendrer s’il est mené à la lettre. En effet, ne ruine-t-il pas sa légitimité historique à l’égard des Juifs s’il rompt complètement avec le judaïsme et le passé juif ? Cette interrogation ne cessera d’accompagner la réflexion des théoriciens du sionisme. Ils vont préconiser la rupture avec la diaspora en se raccrochant à un passé splendide et glorieux, incarné par la Bible, qu’ils entendent faire renaître en créant en Etat où ce passé glorieux s’est réalisé : Eretz Israël (la terre d’Israël). Ils jettent donc un pont entre ce passé biblique glorieux et la renaissance nationale contemporaine en sautant par-dessus deux mille ans d’Exil.

Pourtant, ce processus révolutionnaire de rupture ne sera jamais mené jusqu’à son aboutissement. Les dirigeants sionistes ont dû modérer leur velléité à décréter que la tradition religieuse et le mode vie diasporique ont fait leur temps. Le sionisme n’a pu se résoudre à inscrire son processus de rupture dans une certaine continuité avec la diaspora qu’il ne réussira jamais à rejeter complètement.

Photo : Affiche de propagande de la Histadrout, décembre 1948 - "L'Organisation générale des travailleurs hébreux d'Eretz-Israël".

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Etude 2004 : Identité juive et laïcité
Delphine Szwarcburt et Mirjam Zomersztajn - 1/12/2004

Dans le sillage des grands mouvements de sécularisation, judaïsme et laïcité ont été dans un dialogue constant. La laïcisation des idéologies, des institutions, des systèmes de production de valeurs symboliques et des pratiques sociales a modifié en profondeur les représentations, les usages et les mœurs dans la vie juive. Sous l’effet de la Haskalah -véritable révolution des mentalités juives issues des Lumières-, les Juifs ont renoncé à leur mode de vie traditionnel et à la réclusion forcée à mesure qu’au tournant de la modernité, les sociétés acceptaient au nom de la laïcité ou de l’égalité des droits de les inclure en leur sein. Ils ont épousé leur siècle, leur époque et leur patrie, qui voulait enfin d’eux. L’intégration des Juifs et de la vie juive dans la Cité s’est symétriquement superposée à l’intégration des valeurs de la Cité dans la vie juive. C’est au croisement de ce dialogue que l’identité juive laïque contemporaine et les grands mouvements d’émancipation comme le Bund ou le sionisme doivent se comprendre. Notre étude retrace l’histoire de ce dialogue.

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Etude 2003 : Analyse du processus de gestation du génocide des Juifs et des Tutsi
Mirjam Zomersztajn - 1/12/2003

Durant l’année 2004, nous commémorerons le dixième anniversaire du génocide perpétré à l’encontre des Tutsi, au Rwanda. Cette étude de Mirjam Zomersztajn vise à comparer la genèse et les mécanismes historiques ayant conduit aux génocides des Juifs et des Tutsi. En revisitant les différentes étapes qui ont mené à l’extermination systématique d’une partie de ces deux peuples, elle reconstruit les processus de gestation et dégage certains parallélismes entre les deux génocides.
Les mêmes théories raciales élaborées au XIXe siècle ont alimenté l'idéologie qui a mené aux génocides considérés. Les Juifs avaient été relégués au rang de race inférieure. Hitler les transforme en "anti-hommes". La guerre totale qu'il mène à l'Est peuplée d'Untermenschen vise à conquérir le Lebensraum nécessaire à l'expansion de la race aryenne. Les Tutsi ont expérimenté un cheminement différent : les colonisateurs allemands et belges, inspirés par les thèses de Gobineau et Vacher de Lapouge les ont érigés en race supérieure, d'origine étrangère. Ils seront tués au nom de ce statut.
Le plus achevé des crimes contre l'Humanité, le génocide, n'a rien de spontané. Il est le résultat d'un long processus. C'est l'ensemble des actes qui ont mené à la tentative de disparition violente et totale de ces deux peuples qui sont ici relevés, analysés et comparés.

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