
Centre communautaire
© R.B.

O. Kraus et I. Goldstein, les leaders

Le rabbin Kotel Dadon
|
Associés à l'histoire de la
ville dès le XIVe siècle, les Juifs n'y sont
vraiment tolérés qu'à partir de Joseph
II (1783). La communauté juive de Zagreb est fondée
en 1806. Originaires pour la plupart d'Allemagne et de l'Empire
austro-hongrois (Bohème, Galicie), ses membres ne
bénéficient qu'en 1873 des mêmes droits
que les chrétiens. En 1941, quelque 11.000 Juifs vivaient à Zagreb.
Parmi les 3.000 survivants de la Shoa, beaucoup émigrent
en Israël. Aujourd'hui, la communauté compte
moins de 1.500 personnes, souvent âgées et aux
conditions de vie précaires.
Le Centre communautaire juif de Zagreb se trouve au centre de la ville
basse, Palmoticeva n°16. Sérieusement endommagé par
un attentat en 1991, il abrite un oratoire, un jardin d'enfants, un
club des seniors, un petit musée d'art juif, et une bibliothèque,
riche en judaïca et préservée des nazis. Un bimensuel
en Croate, Ha-kol, contribue à la renaissance de la vie
communautaire.
Premier rabbin à résider en Croatie depuis la Seconde
Guerre mondiale, Kotel Dadon vient d'Israël et vit à Zagreb
depuis 1998. Avec le soutien du Joint et de la Memorial Foundation
for Jewish Culture, il a jeté les bases d'un programme d'éducation
juive : classes de religion, traductions en croate de livres du culte,
création d'un jardin d'enfants et enfin, projet d'ouverture
d'une école juive dans le futur Centre culturel juif (rue Praska).
Il est aussi rabbin des communautés de Dubrovnik, Rijeka, Osjek
et Split.
L'éclatement de la Yougoslavie a rendu encore plus précaire
la survie d'une communauté décimée par la Shoa,
puis lentement asphyxiée par l'émigration et l'assimilation.
Certains jeunes veulent transcender les frontières nées
de la guerre civile. Ainsi, l'an passé, un groupe de jeunes
Juifs de Belgrade se sont rendus à Zagreb pour un séminaire
avec d'autres jeunes Juifs de Croatie, de Slovénie et de Bosnie.
Nés de mariages mixtes, la plupart d'entre eux n'ont qu'un seul
parent, voire un seul grand-parent, juif. Attachés à leur
judéité, ces jeunes manifestent une volonté croissante
d'épouser un conjoint juif pour construire une famille juive.
Vu la taille actuelle des communautés juives dans les pays de
l'ex-Yougoslavie, ces désirs semblent peu réalistes!
La mémoire de la Shoa
Construite en 1867, par l'architecte Franjo Klein, dans le style mauresque
de la synagogue du quartier Leopoldstadt à Vienne, la synagogue
réformée de la rue Praska est détruite fin 1941
sur ordre des autorités de Zagreb. A nouveau propriétaire,
depuis décembre 1999, du terrain sur lequel s'élevait
ce symbole prestigieux de la vie juive, la communauté projette
d'y édifier une synagogue-mémorial, accompagnée
d'un centre culturel et d'un musée. Les Juifs de la ville
sont enterrés à Mirogoj, cimetière inter-confessionnel
fondé en 1876. Ils y reposent avec les catholiques, les Grecs
orthodoxes et les musulmans composant la population de la ville sous
l'empereur François-Joseph.
Suite à l'invasion de la Yougoslavie par les forces de l'Axe
en avril 1941, la Croatie déclare son indépendance. Le
parti ultra-nationaliste des oustachis, dirigé par Ante Pavelic,
prend le pouvoir avec le soutien de l'Eglise catholique. Le nouvel
Etat pratique d'emblée une politique antisémite d'une
virulence inouïe, n'épargnant pas les nombreux Juifs convertis
au catholicisme. Quelque 40.000 Juifs vivaient alors en Croatie; moins
de 8.000 échapperont à l'extermination. Ainsi, 18.000
Juifs périssent dans le camp de concentration de Jasenovac.
Fin 1941, la majorité des Juifs de Croatie ont déjà été victimes
de la Solution Finale. Rançonnés par les oustachis, les
derniers Juifs de Zagreb sont tous déportés par les nazis
en 1943. Une cinquantaine de résidents d'un home sont sauvés
par l'archevêque de Zagreb, Mgr Alojzije Stepinac. Condamné en
1946 par un tribunal yougoslave aux travaux forcés pour faits
de collaboration, puis nommé cardinal par Pie XII en 1953, Mgr
Stepinac (1898-1960) a été béatifié par
Jean-Paul II en 1998. Très controversée "l'affaire
Stepinac" reste au cur du débat sur les responsabilités
de l'Eglise catholique dans l'extermination des Juifs et la politique
de conversion forcée et de purification ethnique des oustachis
contre les musulmans et les serbes de Croatie. Le Vatican voyait dans
le nouvel Etat croate un bastion catholique contre le communisme et
l'orthodoxie grecque. Malgré son opposition aux atrocités
commises dès avril 1941 par les oustachis, l'Eglise de Croatie
ne remettra pas en question son soutien au régime de Pavelic
(voir : "L'affaire Stepinac", Regards n°436, 1998).
Des inventeurs de l'identité croate
moderne
Ironiquement, cette communauté réduite, et que ses origines
historiques associent aux cosmopolitisme de l'Empire austro-hongrois,
se trouve étroitement liée à la construction de
l'identité croate au XXe siècle. Responsable du Comité de
l'Héritage Juif, la cinéaste Mira Wolf a réalisé récemment
un film documentaire sur Salomon Berger (1858-1934), un parent éloigné,
grande figure historique du judaïsme croate. Originaire de Slovaquie,
Salomon Berger s'établit à Zagreb en 1876 et devient
rapidement un marchand de tissus prospère. Fasciné par
l'art textile traditionnel croate, il se constitue une importante collection
d'artisanat, s'efforce de préserver les techniques de tissage
dans les villages et montre les créations de cet artisanat dans
le cadre des expositions universelles (ex. Paris 1900). A partir de
1904, Berger se consacre à la fondation d'un musée d'ethnographie,
ouvert en 1919 et dont il est le premier directeur. Auteur de documentaires
sur des artistes juifs de Croatie, les peintres Milan Steiner et Oskar
Hermann, ainsi que le pianiste Geiger Eichhorn, Mira Wolf projette
de faire un film sur les architectes et ingénieurs juifs qui
vers 1900 furent les auteurs d'une bonne partie du patrimoine architectural à Zagreb
(tel le Musée ethnographique) et dans d'autres villes de Croatie.
Doyenne des spécialistes du folklore national, Maja Boskovic-Stulli
a consacré toute sa vie à l'étude des contes,
proverbes et traditions orales de Croatie. Seule membre de sa famille à échapper
au génocide, elle rejoint les partisans en 1943. Après
des études en URSS et fascinée depuis l'enfance par les
contes de Grimm, elle commence à travailler pour l'Institut
du Folklore à Zagreb en 1952. Son mari, un Croate de Dubrovnik, écrivit
sur l'histoire de sa ville natale et de ses résidents juifs.
Membre de la communauté juive et professeur d'histoire médiévale à l'Université de
Zagreb, Ivo Goldstein est l'auteur d'une Histoire de la Croatie,
analyse critique des grandes périodes de l'épopée
nationale et excellente introduction à l'histoire complexe de
ce pays de langue slave et d'écriture latine, situé aux
frontières des églises de rites romain et grec et de
l'islam européen. En mai dernier, Ivo Goldstein participait à un
atelier du Libnet (Regional Network for Liberal Politics in Central,
South Eastern and Eastern Europe), réseau de la Fondation
Friedrich Naumann destiné à renforcer le courant libéral
en Europe de l'Est. Organisée à Zagreb et à Dubrovnik,
en collaboration avec l'American Jewish Committee, cette rencontre
visait à promouvoir la tolérance et le respect des droits
des minorités dans les pays de l'ancien bloc communiste. Ainsi,
en Croatie, tout comme les Tchèques, Hongrois et Slovaques,
les Juifs jouissent du statut de minorité (la Croatie reconnaît
16 minorités nationales), ce qui leur permet de bénéficier
d'une aide de l'Etat pour différents projets culturels. Le combat
des Juifs de Croatie pour le maintien de leur identité et la
survie de leur communauté est aussi celui de toutes les minorités
dans les pays nés de l'effondrement du communisme.
Références
: Voice of the Jewish Communities in Croatia, n°3,
2000 (traduction anglaise d'une sélection d'articles
parus dans le bimensuel croate Ha-kol et publiée
tous les deux ans) - Ivo Goldstein, Croatia : A
History, Londres, 1999
Infos : Communauté juive de Zagreb,
PP. 986, 10001 Zagreb
Secrétaire général : Dean Friedrich - E-mail : dfriedri@public.srce.hr
|