
Chevalier Khazar
(dessin de O. Fédora)

Partie de vase en or représentant
un soldat khazar. A gauche (en haut et en bas)
: briques à motif hébraïque
retrouvées dans la région de Sarkel.
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Mieux, selon certaines sources, les Khazars
ne seraient ni plus ni moins que le peuple doù descendraient
les Juifs ashkénazes. De nombreuses archives attestent
de la conversion massive au judaïsme des élites
en 760, notamment une correspondance entre le Kagan Joseph
et le ministre du califat de Cordoue, le rabbin Hasdai Ibn
Shaprout, correspondance dont loriginal se trouve à luniversité dOxford
en Angleterre. Des archéologues ont retrouvé des
amphores portant la mention Israël en hébreu
dans la vallée du Don ainsi que des pièces
de monnaie portant comme effigie létoile de
David et le chandelier à sept branches prouvant quun
puissant royaume juif avait bel et bien existé au
Moyen Age. Reste une inconnue, des archéologues russes
ont mis à jour il y a peu certains vestiges dune
ancienne ville khazare dans la région dAstrakhan,
des vestiges qui pourraient être ceux de la ville dItil,
capitale de lempire khazar, installée dans le
delta de la Volga, lune de ses rives étant juive,
et lautre musulmane, lempire khazar ayant, très
tôt, instauré une tolérance religieuse
absolue pour la population. Si cette dernière est
devenue au cours du temps majoritairement juive grâce
aux conversions et à laccueil des communautés
juives brimées qui affluaient de Byzance et du Caucase,
de fortes communautés musulmanes et chrétiennes
ont persisté, libres dexercer leur culte. Par
exemple, le système juridique reposait uniquement
sur la Torah, quant aux minorités non juives, elles étaient
jugées sur base de leurs propres textes sacrés.
Qui étaient les Khazars?
Lorigine ethnique des Khazars est une question non encore résolue.
Pour beaucoup, il sagirait dune peuplade de barbares descendant
dAttila, aux origines turques et persanes, parlant turc et sadonnant
au chamanisme, déferlant sur lEurope par vagues successives.
Pour dautres, comme Constantin Zuckerman, grand spécialiste
des Khazars, ils seraient de filiation finno-ougrienne. Ils ne venaient
donc pas des steppes de lEst mais des forêts enneigées
du Nord de la Russie et se comportaient comme une meute sanguinaire
sadonnant aux pillages des petits royaumes qui avaient le malheur
de se trouver sur leur chemin. Venus du grand froid, ils seraient passés
par la Volga et auraient assimilé le peuple barsile. Si ces
recherches se révèlent exactes, cela signifierait quil
faudrait réécrire lhistoire des Khazars. Le malaise
est dautant plus grand que les autorités soviétiques
et maintenant russes égarent ou passent sous silence les découvertes
de ces archéologues relatives à ce peuple quasi inconnu
dont Moscou tient viscéralement à minimiser limportance.
Lhistorien russe Artamov lapprit à ses dépens.
Suite à ses recherches, il mit à jour lapport des
Khazars à la civilisation russe. Mal lui en pris, ses écrits
déclenchèrent la colère du Kremlin et Staline
lenvoya terminer ses jours au goulag. Quant aux cités
khazares découvertes, notamment la ville de Sarkel dans la vallée
du Don, Staline décida de les inonder et de transformer la zone
de fouilles en un vaste lac artificiel. On imagine sans peine que le
nationalisme russe saccommode mal dêtre si redevable
au judaïsme et à lempire khazar dans lédification
de la Russie et de ses institutions politico-militaires. Dautant
plus quà cette époque, les Russes avaient pris
les Khazars comme modèle, leur roi portait dailleurs le
titre de Kagan et non de Kniaz.
Lavènement dun empire
Les Khazars se sédentarisèrent au Nord du Caucase aux
abords de la Volga en 652 après avoir été repoussés
de Transcaucasie par les troupes arabes. A la différence de
leurs puissants voisins byzantins et arabes, les Khazars étaient
faiblement structurés, illettrés et dépourvus
de fondements pouvant être à la base dune nation
forte. Il nempêche, forts des contacts récurrents
quils entretenaient avec leurs voisins byzantins, arabes et en
particulier avec les communautés juives opprimées de
la région caucasienne quils accueillirent, il en résulta
un éveil progressif à la spiritualité et au monothéisme
prôné par les trois religions. Lhistoire veut que
le premier à se convertir fût le chef du gouvernement,
lempereur Joseph finira par se convertir au judaïsme, entraînant
dans son sillage la classe dirigeante de cet empire naissant et sétendra
graduellement au reste de la population au IXe siècle. Si de
nombreuses correspondances attestent de la conversion des Khazars au
judaïsme, certains de ces documents stipulent quil sagirait
plus dun retour à la foi que de conversion stricto sensu,
les Khazars étant considérés par leurs contemporains
comme des descendants de Japhet, un des fils de Noë. Quoi quil
en soit, même si les préférences judaïsantes
de lélite sont attestées par de nombreuses archives,
on ne peut sempêcher de penser quil existe une part
dopportunisme politique dans ce choix. En effet, selon les historiens,
la conversion massive des Khazars au judaïsme date de 861, date
plus que significative vu quelle marque les prolégomènes
dun prosélytisme intense dans le Caucase et en Russie
suivis de conversions massives. De plus, Cyril entreprit de convertir
dès 860 les Khazars à la religion orthodoxe et ses tentatives
se soldèrent par un échec. Il nest dailleurs
pas impossible que cette vague de conversions touchant la Russie sest
faite en réponse à la conversion des Khazars.
En outre, cette période de lhistoire a vu lavènement
de Charlemagne, apôtre du christianisme comme empereur de lOccident,
les victoires de lempire byzantin sétendent jusquà lempire
russe et le califat de Bagdad exporte son prosélytisme islamique
partout où cela lui est possible. Il y a fort à parier
que si les rois khazars avaient embrassé le christianisme, ils
seraient devenus, quils le veuillent ou non, les vassaux de Byzance,
idem en ce qui concerne la foi musulmane, où ils seraient plus
que probablement tombés spirituellement et politiquement sous
la coupe du califat.
En choisissant une autre religion, ils devenaient par la même
légal des autres empires, rendant caduques toutes formes
de subordination à un pouvoir politique ou spirituel exogène.
Une tactique qui se révéla payante puisquune délégation
de Khazars fut conviée à assister au sacre de lempereur
Charlemagne qui voyait dun très bon il lapogée
dun empire, spirituellement différent, qui pourrait contenir
les velléités annexionnistes des Byzantins et les tentations
belliqueuses des Arabes. Un calcul qui sest avéré payant
puisque cest grâce à la puissance militaire de lempire
khazar que lEurope de lEst na pas été envahie
par les Arabes.
Apogée khazare
A lheure actuelle, il ne reste quasiment plus de vestiges khazars.
La volonté des Russes de convertir à la religion orthodoxe
les Khazars et les lieux inexpugnables dans lesquels ces derniers avaient
trouvé refuge expliquent en partie la furie destructrice des
Russes à légard des villes et du patrimoine khazars.
Par ailleurs, à cette époque, les Russes nétaient
encore que des meutes de barbares sadonnant aux pillages et aux
exactions en tout genre. Suite aux massacres, plusieurs vagues de diaspora
khazare survinrent, les Carpates, le Caucase et surtout le Nord en
direction de lUkraine, la Pologne, la Lituanie et les zones limitrophes
de la Russie consistèrent de nouveaux ports dattache.
Après la chute de leur empire, les Khazars adoptèrent
lécriture cyrillique au détriment de lhébreu
et adoptèrent les langues slaves comme langues usuelles. Lexode
massif des survivants khazars rencontra sur les routes de lexil
dautres groupes démigrants juifs, principalement
de France et dAllemagne qui tentaient de fuir lavancée
des Croisés vers Jérusalem et Constantinople. Ainsi la
jonction de ces deux mouvements migratoires distincts aurait donné naissance
au peuple ashkénaze, qui deviendra dès le XVIe siècle,
la partie majoritaire au sein du monde juif. Le poids démographique
et intellectuel de la communauté juive allemande sur cette mosaïque
hétérogène dethnies propagera une langue
commune à tous, le yiddish.
Ainsi, les Juifs ashkénazes descendent en majorité des
Juifs dEurope centrale et seulement dans une moindre mesure des
Khazars.
Il nen reste pas moins que le mythe persiste selon lequel les
Ashkénazes seraient les descendants uniques des Khazars. Or,
plusieurs arguments contredisent cette affirmation. Premièrement,
les invasions russes suivies des attaques tatares qui ont anéanti
lempire khazar et les petits royaumes annexes portèrent
un coup fatal aux courbes démographiques de la région.
Deuxièmement, à partir du XIVe et du XVe siècles,
de nombreux souverains des régions limitrophes de la Russie
exigèrent la conversion de leur communauté juive. Si
nombre dentre elles ont obtempéré, les autres ont
préféré la fuite et seraient vraisemblablement
venues gonfler les rangs des populations juives allemandes. Il nempêche,
on ne saurait nier lapport de la culture khazare aux peuples
ashkénazes. Ainsi, selon Arthur Koestler (voir encadré),
le shtetl serait dascendance khazare tout comme la toque
traditionnelle ashkénaze en fourrure et en zibeline, le shtremel.
Des centaines dannées après son effondrement, nombre
dénigmes et de fantasmes continuent à alimenter
lépopée des Khazars. Néanmoins, un empire
florissant qui vécut du VIIe au XIIIe siècle ne peut
disparaître totalement sans laisser de traces. A lheure
actuelle, outre son apport à la culture ashkénaze, et
quelques mots passés dans la langue française comme «hussard» ou «cosaque»,
la majorité des traces de cet empire restent liées à lhistoire
et à la culture russe et hongroise. Dernier vestige significatif
de lexistence de la civilisation khazare, la mer Caspienne est
toujours surnommée la mer des Khazars, malgré les siècles
passés, par les peuples turcophones et arabes du Caucase.
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