
Page extraite dune Haggada, 1901.

Musiciens juifs de Bagdad, première
moitié du XXe siècle.

Rabbins de Bagdad, 1910.
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A la création de lEtat dIsraël,
en 1948, le sionisme devient un crime capital pour la loi
irakienne. La dégradation du climat sintensifie.
En effet, depuis la création dIsraël en
1948, le sionisme a été déclaré «crime
contre lEtat». A lépoque, les journaux
iraquiens titraient : Le destin des Juifs sera la tombe
ou la mer, et lIrak sest toujours porté volontaire
pour combattre lEtat hébreu.
1950, lIrak rejette ses Juifs : ils sont autorisés à émigrer,
si toutefois ils renoncent à leur citoyenneté. Leurs
biens vont être gelés et spoliés. De nouvelles
restrictions économiques sont imposées à ceux
qui restent dans le pays. Entre 1949 et 1951, le gouvernement israélien
lance les opérations «Ezra et Néhémie»,
qui permettent de «rapatrier» 104.000 Juifs.
1952, le ton change : lémigration est interdite. Deux
membres de la communauté juive, accusés davoir
fomenté un attentat contre une institution américaine
(cela ne manque pas de cynisme), sont pendus en public. Pourtant, le
pire reste à venir.
Durant les années 60, les autorités mènent une
politique de discrimination systématique. Les ventes immobilières
sont interdites, les Juifs doivent posséder une carte didentité jaune
distinctive. Après la guerre des Six-Jours, les mesures se succèdent
: les Juifs perdent le droit à la propriété, leurs
comptes bancaires sont gelés, leurs commerces doivent fermer,
ils sont exclus de toutes les fonctions publiques. Les lignes téléphoniques
sont coupées. Ils doivent se regrouper dans les villes, où ils
sont assignés à résidence. Cette politique antisémite
atteint son paroxysme en 1968, quand le gouvernement «démasque» un «groupe
despions». Quarante hommes, dont onze Juifs, sont condamnés à mort
et pendus dans la ville de Bagdad. Dautres meurent sous la torture.
Une foule estimée à 500.000 personnes défile dans
les rues, devant les corps pendus, en scandant Mort à Israël!
Mort aux traîtres! On ne peut plus, décemment, parler
de «vie juive» en Irak. Au début des années
70, sous la pression internationale, le gouvernement permet à nouveau
aux Juifs de quitter le pays. Cette fois, lexode est massif.
Antisionisme radical de Saddam
Quand Saddam Hussein a accédé au pouvoir en 1979, il
restait moins de 400 Juifs en Irak. Une partie dentre eux va
quitter illégalement le pays par les montagnes du Kurdistan,
en abandonnant la quasi-totalité de ses biens. La communauté juive
vit donc sous surveillance constante : toute suspicion de sympathie
pour le pays ennemi est suivie darrestations, de représailles,
de disparitions.
Toutefois, il semble que lattitude de Saddam Hussein envers les
Juifs iraquiens ait été moins excessive quon pourrait
le croire. Daprès des témoignages recueillis par
le journaliste Philippe Broussard pour le journal Le Monde (édition
du 8 mai 2003), laccession de Saddam au pouvoir a inauguré une
accalmie pour les Juifs; le dirigeant aurait même supprimé la
plupart des lois discriminatoires antijuives. Quel danger, même à titre
purement idéologique, pouvait encore représenter une
présence juive aussi dérisoire en Irak? Ce qui nempêcha
cependant pas le dictateur dexiger des Juifs quils effacent
tout lien, même symbolique, avec Israël et, a fortiori,
quils naient pas le moindre contact avec Israël.
Saddam Hussein a encore accentué son action anti-israélienne
en choisissant de récompenser les familles des terroristes palestiniens «kamikazes» :
elles recevaient 25.000 dollars lorsque lun des leurs «se
sacrifiait dans la forme suprême du martyre». Et durant
la première Guerre du Golfe, entre 1990 et 1991, trente-neuf
scuds irakiens ont frappé Israël. Aussi, malgré lassouplissement
des lois discriminatoires, la poignée de Juifs restant aujourdhui
sur le sol irakien peut se réjouir de la chute du tyran.
Aujourdhui, seules la mémoire et lhistoire de la
diaspora juive en terre dIrak subsistent. Les Juifs irakiens,
désormais citoyens israéliens, américains, canadiens,
indiens ou européens, ont créé des instituts,
des centres communautaires, des programmes de recherche historique
et de préservation de leur culture. Leurs démarches témoignent
de la richesse de lhistoire juive sur cette terre mais aussi,
bien souvent, de leur nostalgie.
Richesses du passé
La présence juive sur le territoire aujourd'hui irakien est
en effet des plus anciennes, puisqu'elle remonte à Abraham,
le premier patriarche, dont le récit biblique dit qu'il a quitté Ur
pour Canaan, vers 1800 avant J.-C. Pourtant, l'arrivée massive
des Juifs sur le territoire irakien procède, non d'une décision,
mais de deux catastrophes. Un premier contingent arrive dans la région
après 722 av. J.-C., à la suite de la défaite
du royaume d'Israël (Nord) face aux Assyriens. En 597 av. J.-C.,
le roi Nabuchodonozor, qui a asservi la Judée (Sud), assiège
Jérusalem en réaction à la révolte du roi
juif Joachin. Il dépouille le Temple et déporte à Babylone
le roi, sa cour, ainsi que des milliers d'hommes . Onze ans plus tard,
Sédécias, le roi placé par Nabuchodonozor sur
le trône de Judée, se révolte à son tour.
Un deuxième siège de Jérusalem commence, et durera
dix-huit mois. Son terme, on le sait, est marqué par la destruction
du Premier Temple et de la ville entière en 587 av. J.-C. La
population est dispersée; une partie est envoyée en captivité à Babylone.
Avec le temps, toutefois, cette population de captifs acquiert la liberté et
le statut d'une communauté au sein de la population autochtone.
Une diaspora est née, et il lui est permis de prospérer.
Lorsque Cyrus le Grand, le roi perse, conquiert Babylone (539 av. J.-C.),
il autorise le retour en Judée des Juifs exilés et la
reconstruction du Temple. Mais seuls 40.000 d'entre eux quittent le
territoire, alors que 80.000 décident de continuer à y
vivre . Alors déjà, l'attachement de la communauté juive
pour cette terre est intense. Sa fidélité à l'Empire
perse, dont la politique consiste à respecter les divinités
de chaque peuple et à laisser ceux-ci légiférer
selon leurs propres systèmes juridiques, sera attestée
plusieurs fois au cours d'une période de cohabitation qui atteint
presque mille ans .
Assez rapidement après la conquête perse, la vie juive
se développe; c'est en Babylonie qu'Ezra "le scribe" pose
les bases de ce qui deviendra le mouvement pharisien et, plus tard,
le judaïsme rabbinique. C'est de là que vient le sage Hillel
qui, le premier, établira l'autorité de la michna,
la loi orale. C'est là encore que naîtront les académies
renommées de Nehardea, Sura et Pumbedita. Aujourd'hui, le Talmud
Babli, ou Talmud de Babylone, mis en forme dans ces académies,
régit toujours toutes les dimensions de la vie juive orthodoxe.
Durant cette période, la communauté juive de Babylonie
(centre de l'Irak actuel) est dirigée par un Exilarque, dont
le titre est héréditaire, elle possède ses tribunaux
et collecte elle-même ses impôts, dont la moitié revient à l'Empire
. Jusqu'au XIIIe siècle, la diaspora babylonienne va conserver
et développer sa structure communautaire et sa relative indépendance.
La fin de l'Empire perse menace cet état de grâce. Pour
contrer les Mazdakites qui mettent leur liberté religieuse en
péril, les Juifs soutiennent la conquête de l'Irak par
les musulmans. Sous la domination des califes de Bagdad, ils paient
une taxe individuelle, qui leur assure la liberté religieuse
et communautaire. Mais l'heure n'est déjà plus tout à fait à la
paix : en 1291, par exemple, la population musulmane s'en prend aux
Juifs, un véritable pogrom a lieu, suivi de nombreuses conversions
forcées. La situation s'améliore après la reconquête
ottomane de 1638; sous ce régime, en effet, le chef de la communauté juive
devient en même temps l'intendant, le trésorier du pays
tout entier. Après avoir été religieux, l'épanouissement
devient économique. Un renouveau de la vie juive en Irak semble
s'opérer, jusque dans les premières années de
l'Irak moderne, qui place un Juif à la tête du ministère
des Finances. Entre 1920 et 1930, écrit Naïm Dangoor, 50
% du commerce et des finances sont le propre de la communauté juive.
En 1950, ce chiffre est tombé à 10 %. On connaît
la suite. Assistera-t-on au départ des quelques dizaines de
Juifs restants, tentés par une nouvelle vie, en Israël
ou ailleurs? Ou la fin de Saddam engendrera-t-elle un renouveau de
la vie juive sur un sol où, jadis, elle avait su fleurir?
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