CULTURE : LITTÉRATURE
 
 
   
   
   
   
Site conçu par HOSHIMA
Agence Web

Les Cahiers de l’Herne
de Maurice Kriegel (Sous la direction de)

, 328 p.

Les Cahiers de l’Herne ont consacré un numéro entier au philosophe et historien israélien d’origine allemande, Gershom Scholem. Ce spécialiste de la Kabbale a su donner à la pensée juive ses lettres de noblesse. Contemporain de Martin Buber, Walter Benjamin et Hannah Arendt avec lesquels il a entretenu de longues correspondances, Gershom Scholem a montré comment d’anciens textes de la pensée juive peuvent nous aider à envisager les questionnements les plus contemporains sur l’identité juive. Ce numéro exceptionnel contient des textes inédits de Scholem, des entretiens qu’il a accordés et des essais que des grandes figures intellectuelles lui ont consacrés.


Neuf valises
de Béla Zsolt

Seuil , 415 p.

Roman traduit du hongrois par Chantal Philippe

Tragique destin que celui de ce journaliste de Budapest, qui connut le sort de tous les Juifs hongrois, hormis qu’il put échapper au pire, à la déportation à Auschwitz. S’il en réchappa, c’est grâce au très controversé Rezso Kasztner, notable de la communauté qui marchanda le sort de quelque 1.600 Juifs contre une rançon de 1.000 dollars par tête. Il fut assassiné plus tard à Tel-Aviv, accusé d’avoir collaboré avec les nazis. Neuf valises, c’est le témoignage rigoureux, impitoyable de Zsolt quant à ce qu’il vécut avec sa femme de 1939 jusqu’à la Libération qui les trouva en Suisse. Un train spécial, dit « le train de Kasztner », les y conduisit depuis le camp de Bergen-Belsen. Ce texte, donné ici comme un roman, ce qu’il n’est pas, parut à Budapest en feuilleton dans un hebdomadaire que Zsolt créa à son retour. En 1939, Zsolt et sa femme séjournent à Paris. A la déclaration de guerre, ils songent bien à prendre le train pour Madrid ou un autre lieu plus sûr. Mais voilà, Madame a ses manies : elle ne peut voyager sans tous ses effets personnels, soit neuf valises ! La seule destination possible, c’est de retourner chez eux, à Budapest, capitale d’un Etat fasciste. En 1942, Zsolt est expédié dans une unité de travaux forcés réservée aux Juifs, sur le front de l’Est, auprès de l’armée hongroise. Il a alors 47 ans. On retrouve le couple plus tard en province, à Nagyvarad, où, en 1944, ils sont transférés dans le ghetto, d’où partiront les convois pour Auschwitz. C’est depuis ce lieu et son hôpital que le récit se déroule. Un récit minutieux, donc, de tout ce qui se passe dans le ghetto, l’attitude des gendarmes hongrois, des Juifs eux-mêmes, sans beaucoup de complaisance. Une chose est pourtant passée sous silence : la façon dont les Zsolt eurent la vie sauve. Honte secrète ? On ne peut dire. Zsolt revient en Hongrie après la guerre où il reprend ses activités littéraires. Mais il tombe bientôt malade et décède en 1949, à 54 ans. Sa femme se suicide deux ans plus tard. Leurs familles respectives avaient péri dans la Shoah.

Henri Raczymow

La maison Rajani
de Alon Hilu

Seuil , 403 p.

roman traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche

Curieux roman que cette œuvre d’un jeune écrivain israélien à l’imagination débridée. Nous sommes en 1895, à Jaffa, et dans ce qui n’était pas encore Tel-Aviv, région de vergers et de jardins exploités par de riches effendis arabes, dont ce domaine Rajani à Jaffa précisément. Un jeune couple débarque venant de Russie, membres du mouvement des « Amants de Sion », les Luminsky. Il est agronome, elle est dentiste. Il est chargé de prospecter Eretz Israel et d’y repérer de bonnes terres à acheter pour les colons juifs. Esther Luminsky est réticente à se rapprocher de son époux, aussi celui-ci convoite la sensuelle Madame Rajani dont le mari négociant est toujours par monts et par vaux… Dans ce roman foisonnant alternent à la première personne les récits de Luminsky et les vaticinations enfiévrées du jeune Salah, le fils Rajani, en proie à on ne sait quel djinn qui lui altère l’esprit. Outre l’extrême sensualité de ce roman, souvent assez cru, on y lit les prémices du conflit israélo-palestinien. Un rêve récurrent de Salah lui annonce une guerre déclenchée par les Juifs pour déloger les Arabes de leurs terres, de leurs domaines, de leurs vergers. Ce roman atypique tranche de ce à quoi la riche production romanesque israélienne nous a habitués. C’est oriental en diable, parfois carrément torride, et les démons ne sont jamais loin.

Henri Raczymow

Villes en guerre : 1940-1944, Bruxelles sous l’Occupation
de Chantal Kesteloot

éditions Luc Pire

Si en France, la Seconde Guerre mondiale reste bien ancrée dans les mémoires, inspirant romans, films, BD..., en Belgique « la Guerre 40-45 » parle surtout aux historiens et aux derniers anciens combattants. Une nouvelle publication du CEGES, résolument tout public, nous livre le récit photographique de la vie à Bruxelles dans ces années de guerre.

En couverture de l’ouvrage, comme dans les articles de presse annonçant sa publication, les photos couleur d’Otto Kropf nous séduisent d’emblée et contrastent avec les images noir et blanc que nous associons en général à cette période de l’histoire nationale. Photographe d’une unité de propagande de l’armée allemande, Kropf travaille en Belgique de mai 1940 à 1943, réalisant des milliers de photos noir et blanc mais aussi ces dias couleur accrocheuses, nous montrant les instants de bonheur d’une jeunesse bruxelloise insouciante, livrée aux plaisirs du patinage et de la bicyclette au Bois de la Cambre.
Certes, les photos de Kropf, acquises en vente publique en 1986 par le collectionneur Otto Spronk, sont connues : une partie d’entre elles, dont de nombreuses dias couleur, avaient été reproduites il y a vingt ans dans un ouvrage de Jacques De Launay (La drôle d’occupation, Les Allemands en Belgique 1940-1943, Didier Hatier, 1990). De Launay s’était contenté de
légender ces « premières » photographies professionnelles en couleur de la Belgique occupée, les accompagnant de photos noir et blanc de Kropf pour nous raconter la guerre en images, mais sans procéder à une véritable analyse de ces prises de vue d’un photographe de la propagande allemande. On sait la vogue actuelle des visions colorisées de la Seconde Guerre mondiale et on se souvient aussi de la polémique entourant l’exposition Les Parisiens sous l’Occupation (2008) sur le travail d’André Zucca, photographe du magazine allemand Signal. On comprend donc pourquoi le CEGES, à l’heure de son 40e anniversaire, lance une série de publications mettant en valeur son patrimoine photographique tout en nous proposant « un nouveau regard sur la Seconde Guerre mondiale ».

Une volonté de vivre
Le premier ouvrage de la série, consacré à Bruxelles, a l’intérêt de rassembler une sélection d’images de différents fonds photographiques, nous offrant une vision globale de l’Occupation et de la vie quotidienne de notre capitale « sous la botte allemande » en 40-44 : le « tourisme occupant », la collaboration, le rationnement, le marché noir, la vie culturelle, les bombardements... jusqu’à la Libération. Ainsi, les photos des archives de la Police judiciaire de Bruxelles permettent de documenter la montée de la résistance armée de 1941 à 1943 : témoignages visuels d’actions visant les collaborateurs (Rex, VNV...). D’émouvantes photos de famille documentant la volonté de vivre des Juifs de Bruxelles, malgré les ordonnances antisémites. Telle cette photo de « mariés à l’étoile » sur les marches de l’Hôtel de Ville, à l’été 1942. Le marié survivra aux camps, mais son épouse, Myriam Roszkowska, dont le photographe immortalise le sourire radieux, périt à Auschwitz le 23 septembre 1943.
Un ouvrage indispensable, pour revisiter, par l’image, la vie de Bruxelles sous l’Occupation. Même si la taille réduite de certaines reproductions tend à ramener des photos, en partie inédites, au statut de simples illustrations, au lieu de mettre en valeur leurs qualités formelles, incitant le lecteur à bien les scruter et à voir Bruxelles occupée avec un nouveau regard.
Signalons aussi le catalogue de l’exposition récente La Faculté de Médecine de l’Université libre de Bruxelles sous l’Occupation, au Musée de la Médecine (18/11/2009-19/2/2010), retraçant l’histoire de l’engagement des médecins et étudiants de l’ULB dans la Seconde Guerre mondiale (Chloé Pirson et Lionel Rivière, La Faculté de Médecine de l’Université libre
de Bruxelles sous l’Occupation
, Collection « Musée de la Médecine » n°2, 2009). Exposition temporaire accompagnée de la publication d’une monographie, très richement illustrée, de documents divers, dont de nombreuses photographies. On y trouve notamment un portrait de Georges Livchitz, l’initiateur de l’attaque du 20e convoi, exécuté par les Allemands en février 1944.

Roland Baumann

L’étoile du matin
de André Schwartz-Bart

Seuil

Avant de s’éteindre, André Schwartz-Bart a achevé un roman étincelant. L’ombre et la lumière, l’amour et la mort colorent ce chant à la vie. C’est avec émotion et poésie que sa femme, Simone, confie l’héritage d’un homme sans âge.

André Schwartz-Bart avait « la tête dans les étoiles et les pieds dans la poussière d’origine ». En quoi ses racines l’ont-elles façonné ? Simone Schwartz-Bart : Issu d’une famille religieuse, mon mari a été bercé par l’enseignement du Talmud. Il venait d’un monde où l’on n’existe pas que pour soi, mais pour une tradition collective. Les Juifs sont de vieilles âmes, charpentées par la tradition biblique. D’ici et d’ailleurs, ils sont si riches de leur histoire, qu’ils restent eux-mêmes. L’appartenance à une tribu planétaire vous fait rester du côté de l’humanité, même dans les pires circonstances. André se percevait comme un écrivain juif. Il s’intéressait aux endoloris de l’Histoire. Comme ils se construisent difficilement, il sautait à pieds joints dans leurs meurtrissures pour les alléger.

L’écriture était-elle pour lui une libération ? S. Sch. : L’écriture était un lieu magique, où il entreprenait la résurrection de tout ce qu’il avait reçu et perdu, d’un monde et de gens partis en fumée. Sa volonté était de rester en contact avec les siens par l’intermédiaire des mots. Malgré la dureté de l’Histoire, il ressentait quelque chose de vivant et de consolant. Il n’y a pas de langue pour décrire la planète de cendres qu’est Auschwitz. Cela le faisait terriblement souffrir. En Océanie, il existe la tribu des « Inconsolables ». La vie leur a assené un coup mortel. Cette brûlure, visible et invisible, les empêche de vivre, mais non d’apprécier le bonheur des autres. Tant qu’on ne veut pas qu’il passe, le passé ne peut être effacé ! Un homme normal connaît son histoire et peut la raconter.

Pourquoi avoir hésité à publier L’étoile du matin ? S. Sch. : Je savais qu’il y avait un trésor dans ses malles, mais je craignais de le trahir. Si j’ai pu mener ce projet à bien, c’est parce que j’ai compris qu’il ne voulait pas rompre mais transmettre ce silence. Cet ultime roman clôt un cycle. Le dernier des Justes (Goncourt 1959) nous poussait à avoir d’autres yeux, un autre cœur. La polémique autour des victimes juives l’a blessé, elle lui semblait incompréhensible. Pour lui, les véritables héros n’étaient pas ceux qui ont pris les armes, mais ceux qui ont préservé leur humanité. Il ne voulait pas ériger une tombe, mais raviver leur monde. Le Prix de Jérusalem l’a consolé, c’est comme s’il l’avait reçu de ses parents.

Ce roman-testament est-il un hymne à la mémoire ? S. Sch. : Oui, mais c’est aussi un hymne à la vie. André ne désirait pas faire du passé un lieu inhabité. Pour se projeter dans l’avenir, on ne peut pas se déposséder du passé. Mon mari éprouvait le besoin d’en être le gardien. Tout comme son héros, Haïm Lebke, il portait le deuil de ses parents, de ses frères, de son monde et de lui-même. Quand je l’ai connu, il était un vieil homme de 30 ans, usé par la douleur. Il n’était ni du côté des morts ni du côté des vivants. Ce fardeau se traduit par ce roman, traversé par une mélodie. Sa lecture rappelle que l’homme a toujours une espèce de grandeur. André n’a pas voulu s’installer dans le désespoir. Cette « étoile du matin » est une percée de lumière. Elle incarne ce lien qui doit exister pour permettre aux hommes de continuer à vivre et à s’inscrire dans la chaîne.

Hannah E.
 
Page d'accueil
Imprimer   Retour
CCLJ - Centre Communautaire Laïc Juif de Belgique
Les amis belges de Shalom Archav
EN LIBRAIRIE

Cela ne sera pas un rêve
De Line Meller-Saïd
Ed. Jean Paul Bayol

Etre juif après Gaza
De Esther Benbassa
Ed. CNRS

Livres de vie. De la Bible à Albert Cohen
De Josy Eisenberg
Ed. Albin Michel

Penser le judaïsme
De Jean-Christophe Attias
Ed. CNRS

 
 
© CCLJ 2005 Contactez le webmaster Dernière mise à jour le 3/3/2010