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Lorsque Tsahal lance son offensive au Liban en juin 1982, Samuel Maoz est mobilisé comme artilleur dans les blindés. De cette guerre, Maoz est revenu hanté par ce qu’il a fait, par ce qu’il a vu : « Le 6 juin 1982 à 6h15 du matin, j’ai tué pour la première fois de ma vie. Je ne l’ai pas fait par choix, ni sur ordre, mais par une réaction instinctive d’autodéfense, face à une menace de mort… Le 6 juin 1982, j’avais 20 ans. Quand je suis rentré, ma mère m’a serré dans ses bras en pleurant et en remerciant Dieu. Elle n’avait pas réalisé que je n’étais pas rentré sain et sauf. Qu’en fait je n’étais pas rentré du tout. Elle ne se doutait pas que son fils était mort au Liban et qu’elle embrassait une coquille vide ».
Par quel exorcisme, par quelle magie se sort-on d’un tel traumatisme ? En 1988, alors qu’il vient de terminer l’école de cinéma, Samuel Maoz essaye de porter à l’écran ce chapitre de sa vie qui ne le quitte pas. Le premier souvenir qui l’assaille en écrivant le scénario est une odeur de chair brûlée, si présente, si violente, qu’il recule aussitôt. « J’ai compris que ce n’était pas encore le moment », dira-t-il. Tout comme Ari Folman (Valse avec Bachir), Samuel Maoz fait partie de cette génération d’Israéliens qui a fait la guerre du Liban. La plus cruelle, la plus barbare menée par Israël. Leurs films ont ceci en commun qu’ils adoptent le point de vue des soldats israéliens et non celui du gouvernement.
Dans Lebanon, le cinéaste montre la guerre, sa guerre, telle que lui l’a vécue, à travers le viseur de son char, avec pour unique décor l’habitacle étouffant de son tank. De l’intérieur de ce tank, on peut presque « sentir » les images : l’odeur, la crasse, l’eau croupie, la sueur. Maoz exprime simplement l’effroi et la peur de ces quatre soldats prisonniers de leur boîte métallique. Ils ne s’en sortiront pas indemnes. Le spectateur, lui, ne verra que ce que Shmulik voit dans son viseur : un paysan déchiqueté, un âne éventré, une jeune femme hagarde dont on a massacré la famille et qui, hystérique, cherche sa petite fille avant d’être abattue à son tour, un homme dont la tête ensanglantée s’effondre sur une partie d’échecs.
Merdier total
Dans cet anti-film de guerre tourné en huis clos, seule compte l’avancée du blindé. Hertzel, Ygal, Azi et Shmulik ont pour mission de « nettoyer » ce qui reste d’un village libanais bombardé. « Allez vérifier qu’il n’en reste rien », sont les ordres qu’ils reçoivent d’un officier qui communique par talkie-walkie; on ne fait pas le tri entre les francs-tireurs et les quelques civils qui n’ont pas été tués. Enfermés dans ce char d’assaut, les soldats découvrent que cette mission annoncée comme rapide, se révèle un véritable cauchemar. Pas de grandiloquence, Maoz veut précisément nous transmettre les blessures internes de l’âme qui l’obsèdent encore. « La société israélienne est pleine de gens comme moi, on peut vivre, sourire, avoir une famille, un travail, mais à l’intérieur on saigne à jamais, personne ne peut arrêter ça. Avant le film je me sentais coupable, maintenant je me sens responsable », confie-t-il.
Film exemplaire sur l’absurdité de la guerre, de cette guerre en particulier : « Nous n’étions pas entraînés. La guerre du Liban était un merdier total. Cela n’avait rien à voir avec les guerres classiques du passé, avec deux armées face à face. Là, l’ennemi était en jeans, on n’arrivait pas à distinguer les civils des combattants. Tout ce dont je me souviens, c’est la folie dans les yeux de chacun, la folie ambiante ».
Peut-on espérer que cette guerre changera les mentalités en Israël et au Moyen-Orient ? Samuel Maoz semble y croire : « Depuis le Liban en 1982, en passant par les deux intifada et Gaza, les gens de ma génération ont changé dans leur rapport à l’armée. Nous recherchons une vie normale, la paix ».
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