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Peut-être anecdotique pour certains, c’est une simple fente vitrée au dernier étage de cet immeuble art déco « paquebot » situé dans le quartier de l’ULB qui aura attiré dès le premier regard Marcelle Rabinowicz. Un regard averti, celui d’une architecte. « De la rue, nous avons vu cette fente, plâtrée à l’époque. Très vite, nous avons été convaincus qu’elle cachait quelque chose d’intéressant » se rappelle-t-elle. Le pari se révélera gagnant. Le couple fera l’acquisition de tout l’immeuble, se réservant pour lui les trois derniers étages, le troisième, un appartement classique aujourd’hui réservé aux enfants, les quatrième et cinquième réunis dès l’origine en un étonnant duplex. « Nous avons découvert qu’il s’agissait d’un des rares bâtiments modernistes à Bruxelles, réalisé en 1938 par l’architecte belge Paul-Amaury Michel, comme la “Maison de verre” rue Jules Lejeune (n°69) ou l’immeuble “Clarté” de l’avenue Molière (n°292) ».
Les premiers travaux consisteront à rouvrir la fente condamnée, baignant les lieux de lumière et offrant une jolie vue sur les toits. Le rose saumon des murs sera repeint en blanc, et le tapis plain gris se verra remplacer sur les 140 mètres carrés de surface par un superbe parquet en bois debout. « On a remodelé tout l’espace » explique Marcelle Rabinowicz, « en installant notamment notre cuisine en haut, à la place de l’ancien bureau ». Une cuisine à la fois living, aux murs blancs comme le reste de l’habitation, et au mobilier design coloré, donnant directement sur un balcon de quelque 30 mètres carrés, plein sud. Avec une vue unique et particulièrement dégagée, au cœur de l’îlot constitué par les façades arrières des rues avoisinantes. Aux murs, des photos de palais d’Inde offertes par un ami côtoient des souvenirs de vacances, un dessin de l’architecte Oscar Niemeyer rapporté du Brésil et d’autres coups de cœur.
La salle de bain dans un cube
En empruntant le magnifique escalier moulé, avec ses marches arrondies d’origine aux tons chocolat, nous rejoignons le premier niveau du duplex. Le salon d’abord, ouvert sur une hauteur de cinq mètres, accueille un ensemble de fauteuils et canapé bleu gris, une peau de vache en guise de tapis et une bibliothèque qui orne toute la largeur du mur latéral. « Orientée au nord, la pièce reste fraîche par tous les temps » apprécie Marcelle Rabinowicz, avant de nous guider plus avant dans l’appartement. Le secret d’une absence presque totale de buffets et d’armoires réside dans cet ingénieux cube rouge vif construit au milieu du couloir, abritant en son centre une salle de bain assortie, ouverte de part en part, avec à ses quatre coins les meubles de rangement recherchés. « J’aime beaucoup les meubles, mais je préfère les regarder que les avoir chez moi » sourit la maîtresse des lieux. Décoré de planches BD de Tintin, du temps de son travail pour la Fondation Hergé, le couloir nous conduit vers l’unique chambre, inondée de soleil et donnant vue sur l’îlot, comme le balcon qui la surplombe. Sur les portes intérieures de l’appartement ont été reproduits avec goût les hublots de l’ascenseur qui traverse l’immeuble et nous permet de descendre au troisième étage. A moins que nous ne choisissions le bel escalier en granito, d’époque lui aussi, et converti en escalier intérieur. « Nous aurions souhaité retrouver plus de documentation sur cette maison » regrette Marcelle Rabinowicz, qui confie vouloir un jour refaire les châssis des fenêtres à l’original. « Mais en revenant des camps de travail où il avait été interné pendant la Seconde Guerre mondiale, Paul-Amaury Michel a tout brûlé… ». Après la Libération, l’architecte réalisera plusieurs immeubles et villas en Région bruxelloise, mais dans un autre style, sans plus de transparence, comme si la tragédie de l’histoire l’avait coupé de la lumière. Parmi ses trop rares œuvres modernistes, il laisse heureusement derrière lui ce magnifique immeuble, dont l’intérieur a été rénové avec finesse et intelligence par des propriétaires bien inspirés.
De la Fondation Hergé au CIVA
Architecte de formation, professeur à l’Institut Victor Horta et responsable des expositions du CIVA, Marcelle Rabinowicz était donc plus qu’à l’œuvre pour la dernière en date consacrée à Tel-Aviv, après beaucoup de bruit. « J’étais ravie que cette expo ait finalement lieu comme prévu. Je pense qu’elle a très bien mis la ville en valeur, même auprès de ceux qui la connaissaient déjà ou pensaient la connaître, en leur donnant certainement l’envie de s’y attarder plus longuement lors de leur prochain voyage » confie-t-elle. Celle qui a passé six ans à la Fondation Hergé, chargée des expositions itinérantes, pratique son métier sous une autre facette que celle des architectes plus traditionnels, en essayant plutôt de faire découvrir l’architecture des autres. « Ce que je préfère ? Le style épuré des années 30, l’architecture japonaise qui s’y apparente ou des architectes contemporains italiens comme Renzo Piano » souligne-t-elle. Et lorsqu’elle trouve le temps, jonglant entre ses activités professionnelles et culturelles, Marcelle Rabinowicz n’hésite pas à faire une halte au CCLJ. D’ici là, on devrait la retrouver à coup sûr au nouveau Musée Tintin ouvert à Louvain-la-Neuve le 2 juin.
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