CCLJ : ACTIVITÉS
 
 
   
   
   
   
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VENDREDI 12 MARS à 20h30

Maurice Olender : Race sans histoire

Professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris, archéologue et historien, Maurice Olender a consacré de nombreuses études à ce terme meurtrier qu’est la « race ». Il abordera cette problématique le 12 mars au CCLJ aux côtés d’Elie Barnavi.

Comment expliquez-vous que la notion de « race », dénoncée et infirmée depuis longtemps, soit toujours en cours aujourd’hui ? Maurice Olender : Certains trouvent tatillon de mettre le mot « race » entre guillemets pour souligner qu’on est face à une construction imaginaire et non à un fait vérifiable. Ceux qui croient ces guillemets superflus sont, me semble-t-il, naïfs. Ils pensent que les mots n’ont pas de pouvoir efficace en politique. Or, pour ce qui touche au racisme, on passe vite de l’injure, la blessure verbale, à la blessure corporelle… et quelquefois à la mort. Faut-il rappeler que le terme anglais injury signifie « blessure ». Les théories de la « race », invention savante du 19e siècle, résultent de l’ensemble des disciplines scientifiques et universitaires. Cette notion a traversé le 20e siècle. En 1952, Claude Lévi-Strauss se sent obligé d’affirmer qu’« il n’existe pas d’aptitudes raciales innées ». En 1981, le Prix Nobel François Jacob doit encore redire que « le concept de race a perdu toute valeur opératoire ». Elie Barnavi, qui a étudié les guerres de religions, pourrait nous éclairer sur l’impact des délires imaginaires dans l’histoire politique des violences.

Pourquoi après l’élection d’Obama, l’idée de « race » se diffuse-t-elle à nouveau ? M.O. : Aux Etats-Unis, en Europe depuis peu, on a voulu repenser la « race » comme classe sociale. Mais sous le social, la marque essentialiste d’une biologie imaginaire revient au galop. Une hypothèse : dans une société où tous veulent se « croire » sauvés par la science, tant ses résultats ont effectivement amélioré la vie quotidienne d’une partie de l’Humanité (qui en a les moyens), on a de la peine à reconnaître que des massacres ont pu avoir lieu au nom d’une conception scientifique. On oublie un peu vite que les frontières entre science et mythe, entre raison et irraison, sont poreuses. Avec la Shoah, on a tué en se fondant sur « une théorie de l’aryen » qui n’a d’autre raison qu’une « race » imaginaire. Peut-être faut-il redire combien l’imaginaire fait partie de la dure réalité. Et désormais en tenir compte.

Dans quelle mesure le racisme supprime-t-il l’histoire ? M.O. : Chaque société a inventé « ses autres ». Toute communauté a plus ou moins ses inclus et ses exclus - et c’est l’honneur de la démocratie de se battre contre de tels états de fait. Néanmoins, un « étranger », où qu’il soit, peut espérer changer de vie. Les membres de telle ou telle religion peuvent se convertir en passant d’une communauté à l’autre. L’histoire raconte ces changements. Quand on « racise » une population, on lui interdit toute mobilité. On ne peut pas changer de « race ». L’histoire, vision humaine du changement et du temps linéaire, est évacuée.

Propos recueillis par Nicolas Zomersztajn

Maurice Olender, Race sans histoire, coll. « Points-Essais », éd. Seuil

Vendredi 12 mars à 20h30
Conférence de
Maurice OLENDER et Elie BARNAVI

Race sans histoire
Espace Yitzhak Rabin
Infos et réservations : 02/543.02.70



JEUDI 18 MARS à 20h30

Didier Epelbaum et le capitaine Vieux

Ancien médiateur à FR2, historien, Didier Epelbaum a consacré plusieurs ouvrages à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et au sort des Juifs. Il viendra le 18 mars prochain au CCLJ nous parler de son dernier livre : Obéir, les déshonneurs du capitaine Vieux, Drancy, 1941-1944, paru aux Editions Stock.


Pour quelle raison vous êtes-vous intéressé au capitaine Vieux ? Didier Epelbaum : Il était le chef du détachement de gendarmerie de Drancy pendant la période la plus intense de la déportation. Ce sont les quelques mois qui ont commencé par la rafle du Vel’ d’hiv’ et 40 convois de déportation, soit environ 40.000 personnes. Ensuite, les témoignages sur les gendarmes étaient les plus accablants, le capitaine Vieux était le plus brutal. Enfin, il est l’officier qui s’est vu le plus gravement sanctionner après la guerre : il a été condamné par contumace à sept ans de travaux forcés et est le seul à avoir pris la fuite vers l’Argentine… Le capitaine Vieux a fait l’objet de deux procès, en 1947 devant la Cour de Justice, tribunal civil créé pour l’épuration, et en 57 devant un tribunal militaire. Il offrait donc le dossier le plus riche. Mais je m’intéresse aussi à l’ensemble des gendarmes de Drancy, qui était une ancienne caserne avant que le camp soit créé.

Vous avez confronté les témoignages aux archives. Votre ouvrage apporte-t-il un nouvel éclairage à cet épisode de l’Histoire ? D. E. : Mon approche a été de comprendre comment des gendarmes, ce corps d’élite à l’éthique professionnelle élevée, formé pour protéger la population, qui portait l’uniforme français, comment ces « soldats de la loi » se sont transformés en gardiens de camps de concentration nazi. Ce processus de nazification visait aussi les internés avec ce statut qui leur invente un « crime d’être », puisque le seul fait d’être juifs les transforme en criminels. A Drancy, on crée un règlement impossible à respecter, qu’ils sont obligés d’enfreindre quoi qu’ils fassent. Cette mécanique n’avait pas été décrite en détails dans les informations que j’ai retrouvées.

Peut-on expliquer pour quelle raison certains ont obéi et d’autres pas ? D. E. : C’est la question la plus complexe dans cette affaire. Tous ces gendarmes sortent du même moule, ils sont de la même génération, ils sont issus de milieux sociaux modestes et sont des enfants de l’Ecole de la République. Ce qui les distingue en revanche, ce sont leurs traits de caractère. D’une part, leur attitude à l’égard des Allemands et des SS. Certains les saluaient avec déférence, les admiraient, tout en les craignant, parce qu’il faut savoir qu’eux aussi étaient menacés d’arrestation et de déportation s’ils n’obéissaient pas. Mais d’autres refusaient de leur serrer la main, prenaient une certaine distance, ou écoutaient Radio Londres ! Quelques-uns ont même rejoint les rangs de la Résistance. D’autre part, il y a leur attitude à l’égard des internés, les Juifs, qu’ils considèrent comme des criminels ou comme des victimes de l’occupation nazie. Plus que le facteur idéologique, j’ai découvert que ce qui compte, c’est la « conscience humaniste », l’instinct qu’a l’être humain de voir ou non un homme dans celui qui lui fait face. Cette empathie instinctive aura conduit par exemple Camille Mathieu, ce gendarme en poste à Drancy, à sauver trois familles juives, soit 11 personnes. Ce sera le seul gendarme à recevoir la médaille des Justes. Malgré les menaces, beaucoup de gendarmes ont eu des petits gestes de bienveillance ou de soutien, mais ces gestes n’ont de traces que dans la mémoire des témoins. A Drançy, 97% des témoins ont disparu.

Propos recueillis par Perla Brener

Jeudi 18 mars à 20h30
Conférence de Didier Epelbaum
« Obéir »

Espace Yitzhak Rabin
Infos : 02/543.02.70



VENDREDI 19 MARS 

«Pour en finir une bonne fois…»

Du 19 au 27 mars, au CCLJ, la troupe du Théâtre du Possible a choisi de vous faire du Woody Allen, mais pas n’importe lequel. Treize comédiens, un montage de textes tout particulier et une mise en scène peu banale signée Christophe Haesevoets. Il nous en dit plus en nous assurant déjà une franche rigolade.

Pour en finir une bonne fois pour toutes avec Dieu, Shakespeare, la culture et moi, un titre long pour résumer deux ouvrages du célèbre auteur à l’humour incomparable. « Un titre qui pourrait lui-même se résumer à “Pour en finir…” et qui rassemble des textes de la période la plus drôle de Woody Allen », affirme Christophe Haesevoets, signant ici sa troisième mise en scène d’une pièce du Théâtre du Possible, après Rêver peut-être de Jean-Claude Grumberg et L’augmentation de Georges Perec.
Mais revenons-en à Woody sur lequel se base toute cette comédie. Ou plutôt cette subtile combinaison de pièces courtes en un acte, de sketches, de pensées philosophiques absurdes, de monologues, d’échanges épistolaires, avec en fil rouge un narrateur (Jean-Marie Rigaux) qui traverse cet univers drôle et fou à la fois. De la callgirl intello aux rabbis, en passant par Abraham, Dracula, le Pape et l’incarnation de Woody Allen, un trio de sosies, au total pas moins de 52 personnages, interprétés par 13 comédiens, dans un décor… vert ! « Nous n’avons peur de rien, Woody est avec nous » sourit Christophe Hasevoets qui s’explique : « Le vert permettait de symboliser un terrain de sport, espace dans lequel on tente de se débattre, restreint par des lignes blanches qui font qu’on se trouve “in” ou “out” ». Le choix des textes rappelle lui l’analyse par l’auteur du monde abracadabrant dans lequel on vit, en nous faisant passer du fin sourire à la franche rigolade. « Parce que c’est drôle, absurde, cruel, parce que c’est nous, et parce que Woody Allen est toujours cruel, à commencer avec lui-même » souligne le metteur en scène. « En cela, la comédie est un drame où on rit ».

Pièces maîtresses
Les spectateurs qui ont aimé les autres pièces de Christophe Haesevoets retrouveront ici son univers déjanté, même si l’auteur est très différent et la mise en scène soumise à la dynamique du texte. « C’est un spectacle très physique, avec des modules qui tournent et sculptent l’espace pour permettre aux acteurs de jouer plusieurs pièces avec un décor unique ». Des libertés par rapport à Woody Allen ? Le metteur en scène s’en est permises, s’autorisant par exemple à féminiser des personnages au départ masculins. Avec un texte très accessible, et « tellement bien écrit que même sans comprendre toutes les références,
on meurt de rire !
» affirme Christophe, conquis.
On retrouvera aussi les pièces maîtresses de cette troupe amateur : Couca Israël, directrice du Théâtre du Possible, en mondaine farfelue, Jo Venet en Pape et quelques rabbis peu orthodoxes, Frédéric Demart en Dieu et en Nat Ackerman face à la Mort, Olivier Poppe en boulanger qui rencontre Dracula, ou encore Aurélie Praet, bel espoir qui montera pour la première fois sur scène en public.
On parlera beaucoup de Dieu, de culture, d’Ingmar Bergman et de Shakespeare… de quoi nus régaler de cet humour juif qui nous est cher et fait de Woody Allen un maître du genre.

Géraldine Kamps

«Pour en finir une bonne fois pour toutes avec Dieu, Shakespeare, la culture et moi»

Les 19, 20, 23, 24, 25, 26, 27 mars 2010 à 20h30, le dimanche 21 mars à 15h30.

Bar et restauration sur place avant et après le spectacle
Espace Yitzhak Rabin
Infos et réservations : 02/543.02.70



LUNDI 19 AVRIL à 19h30

Remise du titre de Mensch de l'année 2009

Léon Finkielsztejn, Ignace Lapiower, Abraham Nejszaten, Bernard Fenerberg et Paul Halter, les cinq anciens Partisans armés juifs auxquels le CCLJ et Regards décerneront le 19 avril le titre de « Mensch de l’année 2009 » ont compté parmi les résistants belges les plus actifs et les plus déterminés contre les nazis. Modestes lorsqu’on évoque leur action héroïque, ils témoignent d’un même attachement aux valeurs humanistes et veillent à entretenir le souvenir de leurs camarades disparus.
(lire l'article dans son intégralité)

Espace Yitzhak Rabin
Infos et réservation indispensable : 02/543.02.70



 
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