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On peut toujours rêver, non ?
>> Mise en ligne le 3/03/2010
J’écris ces lignes par une fichue journée grise, humide et froide, comme il y en a eu trop cet hiver. Au moment où vous les lirez, le printemps devrait être de retour mais en attendant, si je me laissais aller, ce serait parti pour une réflexion morose sur le thème bien connu de « mais enfin, quand tout cela finira-t-il donc ». Mais pas question de contaminer le lecteur avec une humeur chagrine qui se révélerait par ailleurs contre-productive pour la publicité, laquelle affronte partout une crise sérieuse et attend des médias qu’ils préservent le climat optimiste propice aux achats.
Je me tiendrai donc à l’écart des sujets qui fâchent - comme la tonalité inquisitoriale de la RTBF dès qu’il s’agit d’Israël ou l’étonnante myopie de Contact J qui semble plus ouvert ces derniers mois mais qui, enquêtant sur les « rites, pratiques et transmission », principalement les formations suivies par les ados préparant leur bar/bat-mitzva, trouve le moyen d’ignorer le travail de pionnier entrepris depuis 25 ans par le CCLJ avec des centaines de jeunes.
Je vais donc me replier dans la sphère affective, moins conflictuelle et enchaîner sur une question d’ordre personnel : sans indiscrétion, avez-vous célébré la Saint-Valentin cette année ? Avez-vous, cher lecteur, offert à la dame qui vous soutient avec une souriante abnégation le beau bouquet de roses censé montrer que votre comportement n’est pas fait que d’épines ?
Sans me vanter et comme beaucoup de gens de ma génération, les épreuves ne m’ont pas été épargnées mais j’ai pu échapper à la Saint-Valentin, une pratique qui n’est apparue dans nos contrées qu’à la fin des années 70. Comme le Plan Marshall, l’original, pas celui du gouvernement wallon, les cœurs croisés de Valentine nous sont arrivés des USA. Ce que le Plan américain avait pu réaliser pour rétablir l’économie d’une Europe saignée à blanc par la guerre, la Saint-Valentin allait le tenter plus tard dans le but de favoriser l’harmonie et la solidité des couples fragilisés par la longue vague post-soixante-huitarde de libération sexuelle. Objectivement, ce but a-t-il été atteint ? On ne dirait pas : malgré la célébration en hausse de la Saint-Valentin, le nombre de séparations et de divorces a nettement augmenté, tout comme le prix des roses d’ailleurs.
Il est vrai que depuis la nuit des temps, la dépense ostentatoire a toujours été la preuve de l’étendue du sentiment amoureux. Pour l’édition 2010 de la Saint-Valentin, la palme de la dépense va sans conteste à la promotion dénommée Time to show your love to your love (c’est le moment de montrer votre amour à votre amour). Cette offre émanant des Emirats arabes unis propose sept journées de rêve dans les hôtels les plus luxueux qui soient, et comprennent la mise à disposition d’une somptueuse limousine Maybach (véhicule dont le prix d’achat est fourni sur devis) avec chauffeur de maître, des excursions à bord d’un jet privé, une soirée croisière avec dîner romantique sur votre yacht, etc. Le prix de ce bonheur discret ? Un million de dollars tout rond. C’est plus cher que Neckermann mais quand on aime… A défaut de quelques gros diamantaires anversois touchés par la crise, des milliardaires russes ont manifesté leur intérêt. Pour l’an prochain, si vous empochiez l’Euro-million, ce que je vous souhaite, sachez tout de même que la compagnie des nababs russes est souvent bruyante mais je présume que votre suite dans un sept étoiles sera parfaitement insonorisée. Na zdroviè !
Emmanuel Hollander |
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