Défendre une cause avec des moyens scandaleux

Mercredi 20 juin 2007 par Joël Kotek

 

Les tribunes du Président d'honneur du Cercle Ben Gourion, Arié Renous, dans le mensuel Contact J ne figureront jamais dans les annales de l'humanisme, de la fraternité et de la tolérance. Dans sa tribune du mois de mai 2007, « Yom Haatsmaout ou "Ah, si les Arabes..." », il se lance dans une charge violente et à sens unique contre les Arabes unanimement responsables du malheur des Palestiniens. En bref, si les Arabes avaient fait tout ce qu'Arié Renous constate qu'ils n'ont jamais entamé un seul instant, les Palestiniens auraient depuis longtemps un Etat. Certains diront : oui et alors ? Et alors, une désagréable impression s'empare du lecteur lorsqu'il s'aperçoit qu'à l'absence totale de nuances s'ajoute l'enfermement de tous les Arabes dans une seule catégorie. Cette gêne se renforce par la lecture de certaines expressions douteuses comme : « Ah, si les Arabes étaient un peu moins près de leurs sous mais un peu plus près de leurs frères, un peu moins proches de leur pétrole et plus près de la misère des gens (...) ». Arié Renous peut dresser autant de réquisitoires qu'il le souhaite contre les Arabes, il faut malgré tout lui rappeler que la réalité est têtue : les Arabes n'occupent pas depuis 40 ans la Cisjordanie. L'occupation israélienne, qui étouffe les Palestiniens et gangrène la société israélienne, ne peut se justifier par le moindre « Ah, si les Arabes ceci ou les Arabes cela ». Tant qu'il y aura des soldats israéliens présents en Cisjordanie, les Palestiniens ne pourront pas construire un Etat sur leurs terres. Des terres que se sont appropriés des colons nationalistes messianiques dont l'intégrisme effraye tant d'Israéliens. On se demande dans quelle mesure cette tribune s'inscrit dans le projet de la nouvelle équipe de Contact J, qu'a défini sa rédactrice en chef, Sylvie Lausberg, dans son éditorial de janvier, comme suit : « Notre projet est de nous impliquer dans une transmission et un échange qui, à tous les niveaux, sont susceptibles de faire échec à une simplification abusive ». Avec les textes et les idées d'Arié Renous, l'avenir est prometteur. Si la tragédie du conflit israélo-palestinien suscite des réactions caricaturales regrettables chez certains Juifs de diaspora, elle peut malheureusement amener des associations de soutien à la cause palestinienne à commettre des actes inacceptables. Ainsi, en marge de la journée internationale de mobilisation pour la fin de l'occupation, « 6 heures pour la Palestine [40 ans d'occupation, ça suffit !] » organisée le 9 juin par l'association belgo-palestinienne, se tenait au Théâtre Molière, à Ixelles, une exposition d'artistes et de photographes intitulée « Six regards pour la Palestine ». C'est avec beaucoup d'amertume que l'on constate qu'un personnage indésirable apparaît dans la liste des artistes exposés : Ben Heine. Ce dessinateur belge a participé à l'exposition négationniste du concours international de la caricature organisée à Téhéran fin 2006. Un des dessins de Heine, consultable sur www.irancartoon.com, présente l'entrée d'Auschwitz-Birkenau sous la forme d'un monstre juif religieux dont les paillotes sont à la fois reliées aux rails des trains, à la croix gammée et à l'étoile de David. La participation de ce dessinateur à cette exposition dénonçant les 40 ans d'occupation israélienne ne fait pas avancer d'un millimètre la cause palestinienne; elle la salit et elle met à l'honneur un obscur dessinateur qui se moque de millions d'innocents exterminés par les nazis. Depuis longtemps, à l'instar d'Edward Saïd, des intellectuels arabes et palestiniens l'ont compris et n'ont cessé de proclamer que la négation de la Shoah et les acoquinements avec des antisémites desservent la lutte palestinienne.


 
 

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