L'antisionisme antisémite de Tariq Ramadan

Vendredi 21 novembre 2003 par Joël Kotek

 

Ainsi, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Bernard Kouchner, Alain Finkielkraut, Alexandre Adler et Pierre-André Taguieff se sont engagés dans la voie du communautarisme! Cette conclusion a été tirée par la coqueluche des jeunes musulmans européens, Tariq Ramadan. Cet islamologue, qui s'est fait connaître en défendant l'idée d'un islam européen compatible avec l'Etat de droit et la démocratie, accuse ces intellectuels, qu'il désigne soigneusement comme juifs, de développer des analyses de plus en plus orientées par un souci communautaire qui tend à relativiser la défense des principes universels d'égalité et de justice. En guise de conclusion, il affirme qu'il est légitime de se demander quels principes et quels intérêts ces intellectuels omniprésents sur la scène médiatique défendent au premier chef. On perçoit clairement que leur positionnement politique répond à des logiques communautaires, en tant que Juifs, ou nationalistes, en tant que défenseurs d'Israël. Seule la dimension de leur judéité et de leur sionisme réels ou supposés est retenue comme élément pertinent par Ramadan pour critiquer leurs prises de position en ce qui concerne l'antisémitisme, la guerre en Irak et la question pakistanaise.
On croit rêver. Tariq Ramadan réactive les vieux thèmes de l'antisémitisme pour critiquer une série d'intellectuels qu'il n'apprécie pas : la surreprésentation des Juifs dans le monde intellectuel, le complot juif et sioniste contre le monde arabo-musulman. Son obsession antisioniste l'amène même à inclure dans sa liste des non-Juifs comme Pierre-André Taguieff. Ramadan étale également ses propres incohérences. Tous les spécialistes de l'islam contemporain admettent que Ramadan milite habilement en faveur d'un modèle communautariste. La dimension communautaire de l'islam qu'il prône le conduit à revendiquer des règles spécifiques pour les musulmans d'Europe en ce qui concerne le culte, l'enseignement et le port du voile. Cette exigence se heurte de front à la laïcité, qu'il ne considère pas comme un modèle universel. Le champion du communautarisme qui entend islamiser la modernité plaque ses propres logiques sur des intellectuels dont les engagements se distinguent par leur dimension universaliste. Leur mobilisation en faveur des musulmans bosniaques, des Kosovars des Tchétchènes, des Kurdes, des Tutsis, des boat people vietnamiens..., témoigne du fait que leur faculté d'indignation ne s'exerce pas que pour les Juifs. De plus, lorsqu'il s'agit d'Israël, ils appuient les revendications du camp de la paix avec lequel ils entretiennent des relations privilégiées, ce qui les expose aux critiques des Juifs favorables au soutien inconditionnel du gouvernement israélien. Tout cela ne satisfait pas Tariq Ramadan, pour qui un bon Juif est forcément antisioniste.
Le délire antisémite de Ramadan importe peu dès lors qu'il est condamné unanimement. Or, ce n'est pas le cas. Les altermondialistes lui dressent le tapis rouge en l'invitant au forum social européen, un animateur télé obsédé par l'audimat lui offre une tribune et enfin, l'UPJB et sa revue Points Critiques, lui décernent un brevet de respectabilité en ces termes : Traiter Tariq Ramadan d'antisémite, il y a un pas que seule une crise aiguë de paranoïa peut aider à franchir. Peut-on espérer une autre réaction d'un mouvement juif qui a tendance à se définir contre Israël?


 
 

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