Chronique d'un gâchis

Lundi 2 décembre 2002 par Joël Kotek

 

Il y a cinq ans, Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, a publié un ouvrage consacré aux secrets des négociations israélo-arabes entre 1917 et 1997. Tous ceux qui ont lu ce livre ont attendu un second tome en espérant qu'il porte sur la dernière phase des négociations mettant fin au conflit. Hélas, ce n'est pas le cas. Le Rêve brisé, qu'il vient de publier cet été, raconte plutôt l'histoire d'un incroyable gâchis. En s'appuyant sur une somme considérable de témoignages, Enderlin fait le tour de cet échec, comme on fait le tour du propriétaire : sans rien omettre. Moins par acquis de conscience que par honnêteté intellectuelle. Il avance avec précautions, n'oubliant pas de bien distinguer les séquences -l'arrivée au pouvoir de Netanyahou change les données des négociations-, ne négligeant pas le terrorisme palestinien, la poursuite de la colonisation et la détérioration de la vie quotidienne des Palestiniens.
Bien que ce livre retrace environ sept ans de négociations, il se penche longuement sur l'expérience menée par Ehoud Barak. Ce dernier entend mettre un terme au conflit en passant directement aux négociations du statut final. Il n'accomplira pas la mission qu'il s'est fixée. De nombreuses erreurs sont commises de part et d'autre, mais les siennes sont lourdes de conséquences. Il donne la priorité aux pourparlers avec la Syrie. Cette décision suscite la méfiance des Palestiniens qui craignent que Barak les laisse de côté. Ensuite, il procède au retrait de Tsahal du Liban. Ce redéploiement sans contrepartie n'est pas passé inaperçu chez les Palestiniens qui s'impatientent : ce qu'ils n'obtiennent pas par la négociation, ils peuvent l'obtenir par la violence comme le Hezbollah au Liban. Or, à cette époque, la population palestinienne donne des signes croissants de nervosité face à l'augmentation du nombre de colonies, aux bouclages, aux barrages et à la corruption de ses dirigeants. Les services de renseignement sont unanimes : le moindre incident grave peut conduire au soulèvement armé. Enfin, Barak ne cesse d'imposer des règles qu'il modifie sans cesse.
Enderlin accorde une attention particulière au sommet de Camp David (juillet 2000). Barak a-t-il fait une offre généreuse qu'Arafat a tout simplement rejetée? Pas vraiment... La réalité est plus nuancée. Mal préparés, les Palestiniens arrivent à Camp David à contrecoeur. Bien que les propositions de Barak soient inédites, il est vrai qu'Arafat les rejette sans contre-proposition. Les progrès enregistrés à Taba, où les deux parties sont proches d'un accord, établissent clairement que cette offre n'est pas si «généreuse». Enderlin démontre aussi que Camp David n'est pas un échec définitif mais bien une étape des négociations qui reprennent d'ailleurs 48 heures après la fin du sommet. L'intifada éclate ensuite et rien ne l'arrête, ni les paramètres de Clinton en décembre 2000, ni les discussions de Taba. Entre-temps, Clinton est sur le point de quitter la présidence, Barak perd les élections et les Palestiniens choisissent de se réfugier dans la révolte et le terrorisme.
Grâce à la démarche qu'Enderlin adopte, son livre ne se transforme jamais en réquisitoire contre un des deux protagonistes. En réalité, il informe le lecteur, même si cela déplaît à certains fanatiques qui se sont ridiculisés en lui attribuant un «prix de la désinformation».


 
 

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