Les curateurs du ghetto. L'Association des Juifs en Belgique sous l'occupation nazie

Mercredi 27 octobre 2004

 

A l'heure où l'actualité ravive des plaies mal cicatrisées, Jean-Philippe Schreiber (Professeur à l'ULB et historien du judaïsme belge) et Rudi Van Doorslaer (Chef de travaux au CEGES et spécialiste de l'occupation) révèlent un aspect méconnu de la vie juive en Belgique sous le nazisme, en étudiant l'Association des Juifs en Belgique (AJB). Cette institution obligatoire créée par l'occupant nazi le 2 décembre 1941 pour rassembler tous les Juifs vivant en Belgique n'avait jamais été étudiée en tant que telle. A l'occasion de la sortie du livre Les curateurs du ghetto : l'Association des Juifs de Belgique sous l'occupation nazie (Labor), que les deux historiens viendront présenter au Cclj le 29 octobre, Jean-Philippe Schreiber développe le propos de l'ouvrage. L'accès aux archives de l'AJB a été possible grâce aux efforts fournis par la Commission Buysse pour tirer de l'ombre les mécanismes de la politique antisémite des Allemands en Belgique. Les curateurs du ghetto est une véritable monographie, le fruit d'un travail collectif mené pendant deux ans par une équipe d'historiens et de chercheurs spécialistes de la Seconde Guerre mondiale et de l'histoire des Juifs en Belgique. Soixante ans après les faits, nous avons voulu traiter ces archives «brûlantes» avec une froide rigueur historique, travaillant seulement sur base des documents d'époque et sans nous laisser «piéger» par la mémoire de l'après-guerre. Jusqu'en 1945, personne ne réalisait pleinement la vérité du génocide. La très grande majorité de la population juive n'avait pas conscience de ce qui se passait après le départ des trains de déportés depuis la caserne Dossin. La réalité historique de la guerre, perçue pendant et juste après les événements, était celle d'une persécution atroce, non de l'extermination.
Retrouvées au début des années 60 dans le grenier du Consistoire israélite et conservées dès 1961 au Centre national des hautes études juives, les archives de l'AJB y demeurèrent largement inexploitées. Maxime Steinberg, l'historien de la déportation, n'avait pas pu y avoir accès. Un livre de Betty Garfinkels suscita une vive réaction des milieux de la résistance juive qui accusèrent l'auteur de vouloir dédouaner des «traîtres», et ce scandale entraîna la mise sous boisseau des archives. Ravivant la polémique, le récit de Marcel Liebman, «Né juif», fixa l'image négative des dirigeants de l'AJB, les notables juifs «collabos».
Etudier les archives de l'AJB, c'est acquérir une vision plus nuancée de la vie juive de 1941 à 1944, réaliser que le tissu social juif n'est pas entièrement détruit par la guerre, que tout le monde n'entre pas dans la clandestinité. Même ceux qui veulent le faire n'en ont pas pour autant les moyens matériels. Il faut survivre alors que les biens juifs ont été spoliés et, dans ce contexte, les services sociaux fournis par l'AJB sont essentiels, sans compter la gestion des maisons de vieillards et des homes pour enfants ou l'enseignement organisé par l'Association une fois que les jeunes Juifs sont expulsés des écoles publiques. Dans notre analyse historique du fonctionnement de l'AJB, nous décryptons bien entendu le rôle de l'Association dans la distribution des cartes de convocation au travail à l'Est en 1942, montrant que des processus différents sont à l'oeuvre selon les villes, avec le cas exemplaire de Liège où toutes les étapes menant à la déportation sont très bien documentées. Le journal de Salomon Van den Berg, président du comité de l'AJB de Bruxelles, a constitué un outil essentiel de notre recherche, nous aidant à mieux comprendre la perception des événements par un acteur de premier plan.
Les curateurs du ghetto révèle le côté ordinaire de la vie quotidienne sous l'occupation pour beaucoup de Juifs : employés de l'AJB, ressortissants de pays neutres, conjoints juifs de mariages mixtes, travailleurs obligatoires, etc. Ils sont des milliers à vivre en toute légalité même si ce caractère ordinaire peut être à tout moment remis en question par les nazis. Au delà de la dimension juive de notre étude, nous voulons apporter une vision novatrice sur la politique occupante en général, montrer les différences entre l'Administration militaire et la Sipo-SD. Nous faisons une recherche historique qui peut servir de base à un débat de société et qui pourra alimenter de nouvelles réflexions sur la période de l'occupation et l'extermination ds Juifs en Belgique.

Conférence de Jean-Philippe Schreiber et Rudi Van Doorslaer
Vendredi 29 octobre à 21 h à l'Espace Yitzhak Rabin. Infos : 02/543.02.70


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Vanhuyghem Serge - 10/02/2013 - 19:37

    Bonjour à tous,
    Suis au pseudo carnaval d'Alost, je suis très mal et sans voix,
    Moi qui n'a pas vécu se qui vous avez subi, cet ENFER et le mot est faible
    Je n'imagine pas les personnes qui en sont revenu voir ses images
    Je les pleins, moi qui à regarder des 10 éne de documentaires sur la choa
    J'ai pus comprendre (UN PEU) cette horreur
    Alors je pense à eux à ses gens ses survivants j'ai honte d'être Belge honte
    J'aurais une pensée pour les enfants, femmes, hommes qui sont mort non qui ont étaient assassiner
    Milles excuses

    Ps je croix que l'on allume une bougie en souvenir d'une personne disparue je n'en suis pas sur mais aujourd'hui je vais en allumer plusieurs
    Bien à vous

  • Par JEA - 12/02/2013 - 10:41

    Les hasards et les nécessités d'un travail de recherche pour sortir de l'oubli le Judenlager des Mazures (en zone militaire interdite, Ardennes françaises, avec uniquement des déportés d'Anvers) ont conduit à la lecture d'échanges de courriers entre l'AJB et l'Association Générale des Juifs de France. Ceci à propos de refus par ces derniers, d'intervenir à la demande des premiers, en faveur de juifs anversois mis au travail forcé dans ce camp.
    Le vocabulaire et le ton de ses échanges de lettres officielles laissent perplexes. De l'agressivité, du style "ronds de cuir". Pas une allusion aux occupants et à leurs mesures antisémites. Mais un refus total de solidarité.
    Bref, deux "bureaux" avec des "fonctionnaires" qui semblent imbus de leurs titres et nullement se rendre compte que les bourreaux les attendent...