Aurélie Filippetti dénonce l'antisionisme

Lundi 15 décembre 2003

 

Porte-parole des Verts parisiens, élue municipale dans le 5e arrondissement de Paris, Aurélie Filippetti a dénoncé les dérives antisionistes et antisémites qui gangrènent les mouvements de gauche et d'extrême gauche. Se déclarant ouvertement «sioniste et pro-palestinienne» pour signifier son attachement à une résolution pacifiste et équitable du conflit et marquer son aversion pour l'antisionisme, elle soutient une position nuancée et soucieuse de la légitimité de l'existence d'Israël qui lui a valu les foudres de la direction des Verts. Rencontre avec une jeune femme esseulée et courageuse, qui n'a pas peur du «parler vrai». Depuis quand avez-vous observé la résurgence de comportements antisémites et anti-israéliens dans les milieux de gauche?
Durant les manifestations hostiles à l'intervention américaine en Irak, des slogans antisémites fleurissaient au sein de certains groupes de manifestants. Je pensais que des militants de gauche ne pouvaient se trouver aux côtés de groupes qui brûlaient des drapeaux israéliens ou scandaient des propos antisémites. J'ai réagi en écrivant des textes. Avec Pénélope Komites (adjointe verte au Maire de Paris), nous avons essayé d'alimenter la réflexion en soulevant le problème. Puis, au moment de l'agression antisémite des jeunes de l'Hashomer Hatzaïr, j'ai proposé que les manifestants n'arborent plus seulement des drapeaux palestiniens mais qu'ils défilent avec les deux drapeaux côte à côte, et ce, afin de montrer que notre position visait à la coexistence pacifique des deux Etats. Ma proposition a suscité de nombreuses réactions négatives de la part de militants de gauche, prétextant que le drapeau israélien était tâché de sang à cause de la politique menée par Israël dans les territoires occupés.

Ces protestations sont-elles quantitativement significatives?
Des antisémites profonds, certes, les mouvements de gauche en comptent quelques-uns, mais la plupart du temps, ces réactions proviennent de militants qui refusent de poser la question de l'antisémitisme, qui font preuve de beaucoup d'inconséquence vis-à-vis des manifestations antisémites. Ils sont étrangement tolérants à l'égard de ces débordements et refusent de débattre de la question. L'interpellation que nous avons lancée en mars 2003(1) visait à alerter les milieux de gauche pour qu'ils réagissent. Leur attitude relève davantage d'un refus de s'interroger sur la résurgence de l'antisémitisme et sur la spécificité de l'idéologie dont elle relève. Prévaut aujourd'hui une manipulation qui consiste à dissimuler la lutte contre l'antisémitisme derrière celle de l'anti-racisme. Lorsque l'on dénonce à gauche la montée de l'antisémitisme, on se voit systématiquement répliquer par certains : Il ne faut pas oublier le racisme. Bien entendu qu'il ne faut oublier le racisme mais là n'est pas la question. Ce n'est pas interchangeable. Je pense d'ailleurs que cette réponse automatique vise à occulter la spécificité de l'antisémitisme. Les initiatives que d'autres et moi ont prises pour susciter une prise de conscience et dénoncer les dérives que nous avons constatées ont certes jeté un pavé dans la mare mais nous ne sommes pas parvenus à obtenir au sein des Verts le débat que l'on réclamait parce que personne n'avait envie de le voir émerger.

Pensez-vous que l'on puisse aujourd'hui être sensible au droit des Palestiniens à disposer d'un Etat sans verser pour autant dans la négation de la légitimité de l'existence d'Israël?
Dans l'expression «sioniste et pro-palestinienne» que j'ai utilisée dans ma tribune publiée dans Libération, c'est exactement cela que je voulais signifier. Il s'agit d'une expression choc qui permet de séparer les défenseurs des valeurs universelles qui soutiennent à ce titre le droit des peuples -de tous les peuples, y compris, bien entendu, du peuple israélien- de ceux qui les travestissent au profit d'un discours anti-israélien et antisémite. Je pense que cette formule, qui consiste à plaider à la fois en faveur du droit d'Israël à l'existence et à la sécurité, et du droit des Palestiniens à disposer d'un Etat de droit, lève l'ambiguïté et ferme la porte à toutes les interprétations restrictives de la légitimité de l'existence d'Israël. La formule défend le droit des Palestiniens parce qu'ils sont dans une situation très difficile mais rappelle de manière claire, militante et exempte d'équivoque que l'existence d'Israël est fondée sur une nécessité et une légitimité historiques. En d'autres termes, je combats avec force et détermination ceux qui, au nom de la résolution du contentieux territorial ouvert par les conséquences de la guerre de 1967, s'emploient subrepticement et de manière perverse à remettre en cause 1948. Cette formule me semble donc appropriée pour différencier ceux qui sont capables d'entendre un discours de raison de ceux qui sont tellement aveuglés par leur haine d'Israël que dès que l'on prononce le mot sioniste, ils sortent leur revolver.

(1) Libération, 29-30 mars 2003

Aurélie Filippetti vient de publier Les Derniers Jours de la classe ouvrière (Ed. Stock), roman remarquable et unanimement salué par la critique.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/