Il y a 50 ans dans Regards

Un thé avec David Susskind

Mardi 3 Février 2015
Publié dans Regards n°813

C’est au Flora -son quartier général- que nous avons réussi à « coincer » David Susskind, pour l’interviewer en tant que président du CCSJ et éditeur responsable de Regards.

 
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    Regards a-t-il une plateforme idéologique, une ligne politique précise ?

    Je n’aime pas beaucoup ces termes « plateforme », « ligne », car ils évoquent tout de suite l’idée d’un parti politique. Or, le CCSJ, vous le savez, n’est pas un parti et est indépendant de toute organisation politique. Nos membres peuvent appartenir à la formation politique de leur choix et leur activité extérieure n’engage que leur personne. A plus forte raison, Regards, dont les articles signés n’engagent que leurs auteurs, ne peut prétendre à être l’organe, comme on dit, de qui que ce soit. C’est pourquoi nous avons renoncé à appeler notre journal, comme le voulait la tradition, Notre voix ou Notre parole et nous avons opté pour Regards. Bien entendu, étant donné que la Rédaction de Regards est composée de membres du CCSJ, il est normal que ses rédacteurs s’inspirent de la charte du CCSJ dont l’essentiel est exprimé par le paragraphe suivant : « Basé sur l’esprit de libre examen, de la tolérance à l’égard d’opinions contradictoires et du refus de tout dogme, plongeant ses racines dans les traditions humanistes et s’inspirant de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le programme de nos activités devrait contribuer à l’élaboration d’un judaïsme laïque, participer à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et le fascisme, renforcer notre solidarité avec Israël et avec toutes les communauté juives dans le monde qui mènent le combat pour assurer leur existence physique, morale et culturelle ».

    Pas mal comme plateforme… Pardon, vous n’aimez pas ce mot. Mettons, c’est tout un programme…

    Ne jouons pas avec les mots. Si j’ai fait la grimace tout à l’heure, ce n’est pas par une quelconque phobie de la politique, mais pour souligner l’indépendance d’esprit du journal, le fait qu’il n’y aura pas de censure, que chacun -même s’il n’est pas membre du CCSJ- pourra s’y exprimer librement. Nous voulons que Regards devienne une tribune de discussion favorisant le dialogue. Or, on ne dialogue pas avec soi-même, n’est-ce pas ?

    Sans doute, quelles sont préoccupation essentielles ?

    La lutte contre le racisme, toujours renaissant de ses cendres, et cela sous toutes ses formes, qu’il s’agisse des croix gammées apparues sur les magasins juifs de la rue Haute à Bruxelles, ou des dancings, cafés qu’on interdit ici aux Noirs, là aux Nord-Africains. Nous mettons aussi au premier plan la défense de l’Etat d’Israël. Je dis bien « Etat » et non pas « gouvernement »…

    Pourquoi ce distinguo ?

    Pour éviter la confusion qui règne dans certains milieux, de la gauche surtout, qui épousent en bloc les thèses arabes mettant en cause l’existence même de l’Etat d’Israël. Tout en étant en désaccord avec plusieurs aspects de la politique israélienne, je dénonce cette confusion comme une malhonnêteté intellectuelle, comme une supercherie qui ne trompe que ceux qui veulent bien l’être. Je ne veux pas me laisser enfermer dans ce dilemme « tout ou rien », ni par les ennemis, ni par certains amis trop chauvins d’Israël, qui me somment, les uns de tout condamner en bloc sous peine d’être classé comme agent sioniste, les autres, d’accepter tout en bloc, si je ne veux pas passer pour un ennemi d’Israël. En tant que Juif, c’est mon devoir de me dresser chaque fois quand on menace l’existence de l’Etat d’Israël. En tant qu’homme de gauche, c’est mon devoir d’élever la voix chaque fois que les droits de l’homme sont violés par les autorités israéliennes, que ce soit à l’égard de la minorité arabe ou de la liberté de conscience des citoyens non-croyants. La défense de l’Etat d’Israël consiste aussi dans la recherche continuelle des voies et des moyens pouvant hâter l’avènement d’une paix judéo-arabe, dans la consolidation de la paix dans tout le Moyen-Orient. Je demanderais donc à l’équipe de Regards de faire le maximum dans ce domaine, pour éclairer l’opinion, pour promouvoir tout débat entre Israéliens et Arabes, encourager le dialogue partout et toujours. Je voudrais ouvrir une parenthèse, car il y a danger…

    Lequel ?

    De nous enfermer dans un ghetto. Il ne faut pas se laisser hypnotiser par les problèmes juifs uniquement : l’antisémitisme et Israël. L’antisémitisme est une forme particulière de racisme, mais pas la seule. N’oublions pas non plus que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un et indivisible, comme la paix. Si nous exigeons le respect pour les droits d’Israël, il faut que nous soyons solidaires du peuple vietnamien, saigné à blanc parce qu’il refuse « the American way of life », des Noirs de Rhodésie… Il faut compter sur la solidarité internationale, mais surtout sur ses propres forces. Cette règle vaut aussi pour nous, Juifs. C’est pourquoi je veux conclure par ceci : nous devons œuvrer avec toute notre énergie pour renforcer la communauté juive, culturellement, socialement, pour assurer la continuité juive.

    Regards, Cahiers du Cercle culturel et sportif juif N°1, novembre 1965

    Lire aussi notre article "50 ans de Regards, 50 ans de combats"


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Fafchamps Jules - 24/02/2015 - 18:48

      En 2015, j'adhère totalement au message "projet" de Mr Susskind. J'ai eu la grande chance de découvrir l' Etat d' Israël en 1961 , de connaître les formes d'organisations sociales et paysannes dont le Mouvement Ouvrier Israëlien s'était doté pour construire une société démocratique.
      Les violences du Gouvernement Israëlien d'aujourd'hui sont intolérables. Mais j'éprouve un grand attachement pour les peuples qui habitent ce pays.
      Ma famille a hébergé (caché) des enfants juifs durant la guerre 40-45; j'ai peine à comprendre aujourd'hui les media qui relayent des questionnements sur l'opportunité pour une famille juive de rester en Belgique ou en France.
      Je crois que Monsieur Susskind n'aurait pas aimé cela non-plus.L