Communauté juive de France

Haïm Korsia : un nouveau Grand rabbin progressiste et amoureux de la République

Vendredi 27 juin 2014 par Laurent-David Samama

Une élection depuis longtemps attendue. Récapitulons. Afin d’occuper les fonctions de Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France démissionnaire à la suite d’une affaire de plagiats et de mensonges en cascades, le Consistoire central français avait opté pour une solution transitoire en nommant le tandem Michel Guggenheim - Olivier Kaufmann.

 

Un duo largement inaudible face au désarroi grandissant des Juifs de France. Pour répondre aux attentes des fidèles et redonner une direction au culte israélite hexagonal, il y avait donc urgence à organiser de nouvelles élections en bonne et due forme. Le 22 juin 2014, après de longs mois d’attente, la communauté juive de France s’est enfin dotée d’un nouveau Grand Rabbin : Haim Korsia.

Vainqueur au second tour avec 131 voix (contre 97 pour son challenger Olivier Kauffmann), l’ancien rabbin de Reims possède un profil intéressant, à la croisée des mondes laïques et religieux. Sa double formation rabbinique et universitaire, son expérience dans l’Armée en tant qu’aumônier militaire et son goût pour le dialogue interculturel en faisaient logiquement le rabbin le mieux placé pour réorienter le judaïsme français. Voilà désormais Haim Korsia élu pour un mandat de sept ans. Sept années pour marquer de son empreinte un judaïsme français en quête de régénération…

Un engagement communautaire précoce. Haïm Korsia est né le 27 septembre 1963 à Lyon, d’un père oranais et d’une mère née à Tlemcen. A l’âge de 15 ans, il entre au Séminaire israélite de France, puis passe son baccalauréat par correspondance tout en poursuivant son cursus rabbinique. Précoce, à l’âge de 20 ans, le jeune homme assure les fonctions de rabbin de la ville du Mans lors des fêtes juives. Une fonction qu’il ajoute à celle de lecteur de la Torah à la synagogue de la rue Montevideo à Paris. Le jeune rabbin sera bientôt amené à occuper de grandes responsabilités religieuses. Son parcours surprend. Il est empreint du double impératif du faire et du faire-savoir comme lorsque Haim Korsia entreprend d’adresser un questionnaire à tous les présidents des communautés juives de France afin de recueillir leur vision du rabbin idéal. Une étude qui fait l’objet d’un mémoire et d’une reprise en couverture du magazine Tribune Juive.

En 1987, premier grande charge : Haim Korsia est nommé rabbin de Reims. En Champagne-Ardenne, les chantiers seront nombreux. Pour le jeune rabbin, il s’agit alors ni plus ni moins que de relancer la vie juive locale. Korsia réintroduit ainsi les prières quotidiennes et construit un Mikvé. Soucieux des symboles, il obtient également le classement de la synagogue de la ville à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Dès cette époque, Haïm Korsia participe très activement au dialogue interreligieux par de nombreuses conférences et par un engagement fort avec les autres cultes sur les questions sociales et humaines. Le goût de la main tendue vers l’autre se fait déjà sentir. Il se prolongera bien plus tard, sur les plateaux télé, avec une participation remarquée à l’émission « Les enfants d’Abraham » sur la chaîne Direct 8. Pendant six ans, en compagnie du Père Alain de la Morandais et de l’anthropologue musulman Malek Chebel, il y expliquera les valeurs du judaïsme et promouvra le vivre-ensemble.

L’arrivée aux plus hautes fonctions du judaïsme français. Passionné par l’univers militaire, Haim Korsia est nommé en 2000 à la direction de l’aumônerie générale de l’Armée de l’air. Sur les bases et auprès des soldats, il diffuse une parole juive dans un milieu où, comme le souligne sa biographie officielle, « le risque, l’espérance, la mort, la responsabilité, l’engagement, la camaraderie et la peur sont des valeurs poussées à leur paroxysme ». Avec le temps, le rabbin monte en grade et devient aumônier général israélite des armées.

Ce qui frappe chez lui, ce sont ses discours mêlant histoire de France et enseignement biblique, les parallèles audacieux qu’il arrive à tracer entre sortie d’Egypte et Première Guerre mondiale. Le dynamisme dont fait preuve le jeune rabbin le fait très logiquement remarquer par ses pairs. Devenu proche collaborateur du Grand Rabbin Sitruk (1993-1995, puis 1997- 2004), Haïm Korsia défend un judaïsme ouvert sur le monde, progressiste. En 2008, Haïm Korsia est élevé à la dignité de Grand Rabbin. Après Sitruk, Haim Korsia travaillera aux cotés du grand rabbin Gilles Bernheim.

L’engagement dans la Cité. Titulaire d’un doctorat en Histoire contemporaine, diplômé d’un MBA, Chevalier de la Légion d’honneur, officier de l’Ordre National du Mérite et chevalier des Palmes Académiques… Haim Korsia est unanimement reconnu et bardé de diplômes. Mais surtout, le rabbin a toujours exprimé le souci d’être audible par tous, Juifs comme non-Juifs. Le sens de la pensée de Haïm Korsia est ainsi de faire coïncider les valeurs du judaïsme et les objectifs de la République française.

Le 25 juin 2014, au lendemain de son élection, Haim Korsia est invité sur Europe 1. Au micro de Jean-Pierre Elkabbach, le nouveau Grand Rabbin de France énonce alors ce que beaucoup de Juifs tourmentés voulaient entendre : « Oui, il y a bien un avenir pour les Juifs en France ! » Entre résurgence de l’antisémitisme, augmentation des chiffres de l’alya et division des Juifs de France, son mandat promet de ne pas être de tout repos. Pour le nouveau chef religieux, les défis ne manqueront pas !


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Meyer-Heine brigitte - 1/07/2014 - 22:03

    Votre site est magnifique.
    C'est en lisant vos articles que je trouve les informations qui manquent tant en France : A la fois respectueuses du judaisme et le concernant, républicain laïque et progressiste mais aussi critique positivement à l'égard d'Israel.
    Il ne fait plus bon du tout pour beaucoup de juifs anonymes, vivre en France...
    A quand l'Aliya vers la Belgique et pas pour des raisons fiscales ?
    Je plaisante ... pas tant que cela !

  • Par Atlan Hilda - 23/07/2014 - 12:08

    L'élection d'un grand rabbin progressiste et ouvert sur le monde est toujours une bonne nouvelle pour la survie du judaïsme. En vrai juif il est démocrate et attaché aux valeurs républicaines. Un espoir pour tous les juifs.