France

Consistoire de Paris : le scandale du racket au divorce

Mercredi 7 mai 2014 par O.W.

Pour bien trop de rabbins, la femme qui réclame le divorce agit par « caprice » et il lui revient donc de payer pour cette fantaisie.

 

C’est l’histoire d’une jeune femme qui a décidé de divorcer. Au civil, pas de soucis. Mais cette Juive pratiquante réclame aussi un divorce religieux. Suivent cinq années de procédures avant qu’elle ne soit convoquée ce 18 mars par le Beth Din  (tribunal rabbinique) de Paris.

Le président de cette Cour, le Grand Rabbin Michel Gugenheim lui explique alors les conditions pour obtenir son « guett »  (accord de divorce) : elle devra verser 90.000 € dont 30.000 iront à son ex-mari et le reste à une association de bienfaisance… dirigée par un des autres rabbins présents.

Il réclame aussi qu’elle revienne sur les accusations qu’elle a portée contre son ancien époux devant le tribunal civil. Et brandit la menace de revenir sur le divorce religieux si elle ne marche droit par la suite. Tel est, conclut M. Gugenheim, « le prix de sa liberté »

Extorsion de fonds, incitation à faux témoignage, chantage au divorce….  Hé bé, il est beau, le tribunal rabbinique… A condition que l’histoire soit vraie et qu’il ne s’agisse pas de calomnies propagées par l’épouse mécontente. Mais

Or, L’association « Avenir du judaïsme » affirme* détenir la preuve de la véracité de ces faits. Selon elle, « conscients du caractère illégal des pratiques du Beth Din » plusieurs membres de la famille de la jeune femme ont discrètement filmé la discussion.

Résultat : un document accablant de 2h30 dont l’association affirme détenir une copie et dont l’exactitude est confirmée par l’absence de démenti ou d’exigence de droit de réponse par les rabbins mis en cause…  

C’est donc bien un scandale mais ce n’est pas une surprise : les difficultés, les drames parfois, que vivent les « agunot »** du fait d’un mari récalcitrant existent partout où se trouvent des Juifs pratiquants.  

C’est que le judaïsme, comme les deux monothéismes qui s’en sont inspirés, est une religion conçue par les hommes pour les hommes. Ainsi du divorce : certes, il se passe par consentement mutuel.

Mais les conséquences sont bien différentes  selon le sexe : si la femme refuse le divorce, le mari peut reprendre une relation avec une autre femme sans être considéré comme adultère. S’il a des enfants, ils ne seront pas considérés comme illégitimes.

Et -dans de rares cas tout de même- il peut être autorisé à se remarier, c’est-à-dire devenir bigame.  La femme dont le mari refuse le divorce n’a pas tous ces avantages. Si elle fréquente un homme, ce sera un adultère.

A partir de 3 ans, le chant des filles est une obscénité

Quant aux éventuels enfants de cette relation seront des « mamzerim » des bâtards… Certes, les tribunaux rabbiniques sont supposés exercer des pressions sur le mari pour éviter cette situation.

Ce peut être par la douceur et le dialogue. Au XIIe siècle, cela pouvait aussi passer par la méthode forte que préconisait alors Maïmonide : « lui infliger des coups jusqu’à ce qu’il dise « Je le veux ».  Preuve que le problème ne date d’hier.  

En Israël, de nos jours, les tribunaux rabbiniques peuvent suspendre les cartes de crédit de l’époux trop têtu, lui interdire de quitter le pays, voire l’envoyer en prison. Et, en France, la politique officielle du Consistoire est claire :

Si l’époux ne répond pas à deux de ses convocations et à une sommation par huissier, il encourage la femme à porter plainte au civil. Souci : en Israël comme ailleurs, ces sanctions ne sont réclamées que dans 1 ou 2% des cas seulement.

C’est que bien trop des rabbins qui composent ces tribunaux sont peu ou prou misogynes. Ils tendent à considérer que la femme qui réclame le divorce agit par « caprice » et qu’il lui revient donc de payer pour cette fantaisie.

Le rabbin Guggenheim est bien parti dans ce domaine, semble-t-il: il refuse de célébrer les 1ères  communions pour filles (« bat mitsvah ») et estime qu’à partir de 3 ans, elles ne doivent plus chanter parce que leur voix est  une «erva » (nudité), c’est-à-dire « obscénité »…  

Par ailleurs, d’une façon générale, le fonctionnement du tribunal de Paris est dénué de toute transparence. On ne dispose pas, par exemple, de chiffres officiels sur le nombre d’agunot en France (« une poignée » selon lui, entre 20 et 30% d’après des sources plus sérieuses).  

Il n’existe pas non plus, comme en Israël, de procédure claire, avec accès au dossier ou de cour d’Appel si on est mécontent du jugement. A Paris, les litiges sont réglés entre soi, dans la pénombre.  

Par exemple, s’il convoque un des conjoints, le Tribunal ne se sent pas toujours tenu d’en aviser  l’autre époux, qui est  en général –oh surprise- l’épouse. De là à s’imaginer des ententes pour favoriser le mari et les rabbins eux-mêmes aux dépens de celle-ci, il n’y a qu’un pas.

Qui vient d’être franchi dans cette affaire, scandaleuse à tous points de vue, religieux comme humain. S’il ne veut pas que la justice des hommes s’en mêle, le prochain Grand Rabbin de France, qui doit être élu ce 22 juin, serait donc bien avisé de nettoyer ces écuries d’Augias.

En tous cas, le successeur de Gilles Bernheim à ce poste prestigieux ne sera pas le Grand Rabbin Michel Gugenheim. Après cette affaire, il a renoncé à être candidat. Reste à savoir –une fois les faits bien avérés- s’il est digne de rester Grand Rabbin de Paris…  

*http://www.avenirdujudaisme.fr/

**« Aguna », plur: agunot : litt : les femmes « ancrées », enchaînées à leur mari. Celles à qui l’époux refuse le « guett »

A lire sur le sujet :

Divorce juif : l’éternel scandale  (http://www.cclj.be/article/1/3151)

Et aussi l’excellent livre d’Eliette Abecassis : « Et te voici permise à tout homme » (Ed. Albin Michel. 2011) qui traite du drame des agunot


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par DW - 8/05/2014 - 16:23

    Excusez-moi du peu. Mais sans être exactement pareil, à Bruxelles, ce n'est pas mieux. Nous sommes plusieurs à en avoir entendu des vertes et des pas mûres. Si nous avions conservé nos larmes dans des bouteilles, nous en aurions eu des hectolitres.

  • Par Votre nom - 12/05/2014 - 23:25

    Bonsoir, je suis absolument scandalisée par cet article aussi odieux qu'inculte!
    Les Rabbins ne peuvent dans un pays laïc comme la France où il y a une séparation du culte et de l'Etat agir au plan légal. S'ils venaient à frapper les récalcitrants ils seraient poursuivis pour violence....S'ils déposaient une plainte civile ils se verraient opposer une fin de non recevoir car la Loi Civile ne tranche pas les affaires religieuses...Après avoir tenté de raisonner les maris récalcitrants qui ne leur répondent pas toujours et les menacent souvent de harcèlement, Il ne leur reste plus qu'à suggérer leurs épouses agounot de saisir la Justice civile pour obtenir des dommages et intérêts sur le fondement de l'art 1382 du Code Civil qui dit que l'on doit réparation du dommage que l'on occasionne constitué en l'espèce par le fait de ne pouvoir se remarier religieusement. Le Tribunal rabbinique délivre alors une attestation à la agouna indiquant que le mari ne s'est pas présenté à deux reprises après sommation. Que voulez-vous qu'il fasse d'autre???? Alors oui cette procédure civile fonctionne très bien car le mari cède la plupart du temps en veille d'audience pour éviter la condamnation à des dommages et intérêts. Mais si payer ne leur fait rien car ils en ont les moyens, et si être condamnés ne leur fait rien parce qu'ils sont insolvables, alors quels sont les moyens de nos rabbanim de France qui ne disposent pas des moyens légaux de la Justice israélienne cités dans cet article.
    J'ai le sentiment profond que ce que l'article appelle un scandale n'est autre qu'un putch de personnes peu scrupuleuses moins soucieuses du sort des agounot que de leur propre mise en valeur, voire de soutenir un courant rabbinique bien décidé à sauter le pouvoir en place.

  • Par Ambiance - 14/05/2014 - 23:42

    Je ne suis pas d'accord avec le commentaire précédent . Cet article est très bien, il parle du problème grave de ces femmes enchaînées qui sont obligées de payer pour retrouver leur liberté . Il ne faut pas couvrir les rabbins parcequils ont une barbe et un chapeau. Il faut savoir reconnaître les bon rabbins et reconnaître ceux qui agissent mal. De fermer les yeux ou de couvrir leurs actes c'est être complice d'un système qui est, dans le cas de cette affaire, immoral

    Il ne faut pas trouver normal qu'une femme puisse payer pour sa liberté . Il ne faut pas trouver normal qu'une femme paye 90000 euros à son mari , devant des rabbins qui justifie ce chantage par le "prix de la liberté " . Sommes nous devenu aveugle pour ne plus discerner le bien du mal. Comment pouvez vous justifier l'injustifiable ?

    Je vous propose de lire Le prophète Isaie , chapitre 5, verset 20 a 23. Cette prophétie est vraiment d'actualité



  • Par Ambiance - 15/05/2014 - 12:14

    Pour ceux et celles qui cherchent la référence du prophète Isaie , chapitre 5, verset 20,23t


    20 Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres, qui changent l'amer en doux et le doux en amer!

    21 Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux et intelligents suivant leur opinion,


    22 qui innocentent le méchant pour un cadeau et refusent aux justes la justice qui leur est due!