Analyse

Poutine, Hitler, même combat ? Non, mais….

Mercredi 19 mars 2014 par Ouri Wesoly

Peut-on placer sur un même plan ces deux hommes que tout semble séparer ? Comme personnalités, absolument pas. Par contre, question stratégie, la réponse n’est pas aussi tranchée...

Une comparaison malavisée ?

 

Depuis des décennies, tout dirigeant qui déplait, qu’il soit de gauche ou de droite, est vite catalogué  « nouvel Hitler » et son régime décrit comme n’ayant rien à envier au nazisme. Ainsi de Karel Schwarzenberg, ancien ministre tchèque des Affaires Etrangères.

Début mars, il affirmait qu’en Ukraine : «Poutine agit selon le même principe qu'Adolf Hitler ». On ne s’attardera pas ici sur les raisons de cette tendance malsaine à relativiser l’atroce période hitlérienne.  Mais cette comparaison Poutine- Hitler a-t-elle un sens ?

Au niveau de la personnalité : non, aucun. Même s’il pouvait se montrer habile manœuvrier et avoir des intuitions géniales, Hitler était plus que probablement atteint de  «psychose paranoïaque ». 

Cette « maladie de la haine », comme on la nomme aussi s’accompagne d’une mégalomanie sans borne, de tendances mystiques et de délires de persécution. Le Führer nazi éprouvait aussi une haine maladive contre les Juifs, responsables à ses yeux de tous les maux de la terre.

Autre spécificité hitlérienne : c’était sans doute le seul homme politique de son époque qui,  après les boucheries de 14-18, considérait une guerre générale non seulement comme un moyen mais encore comme un but.

C’était à ses yeux, le seul moyen d’obtenir « l’espace vital » indispensable aux « Aryens » mais occupé par des peuple « inférieurs ». Et comme il se considérait comme le plus apte à le gagner, il voulait que ce conflit  ait lieu de son temps.

Rien de tout cela chez V. Poutine, Bien que comme nombre de Russes, il n’aime pas les « Noirs », les Caucasiens, il n’est ni raciste ni antisémite.  Alors qu’il est au pouvoir, sous un titre ou un autre, depuis 1999, il n’a jamais semblé irrationnel ou en proie à un délire.

Son régime, quoique de plus en plus autoritaire, est encore démocratique. Pourquoi cet article, dès lors ? Parce qu’il est difficile de ne pas être frappé par le nombre de similitudes entre les stratégies des deux hommes.

Lesquels ont, toutes choses égales par ailleurs, un objectif commun : rendre à leurs Etats la puissance et l’influence qu’ils ont perdues. Ce qui, en soi, n’a rien de déshonorant, tout dépendant de la manière…

Or, comme Hitler à ses débuts, Poutine  a su profiter des occasions et lancer des « initiatives surprises » qui lui ont valu nombre de succès. On songe aux territoires récupérés sur la Géorgie en 2008 ou aux accords douaniers avec d’ex-Etats soviétiques.

Ou encore, dans le domaine diplomatique, sur les dossiers des armes chimiques syriennes ou du nucléaire iranien. Et bien entendu, il y a le récent « retour » de la Crimée à la Russie qui, par nombre de points fait penser à a la remilitarisation de la Rhénanie en mars 1936.

«Nous ne souhaitons pas une partition de l'Ukraine »

Pour rappel, il s’agissait d’une région le long du Rhin dans laquelle  les accord de Versailles de 1919 avaient strictement interdit toute présence militaire allemande. Hitler y envoya tout de même ses soldats. Et qu’arriva-t-il ?

Les grandes puissances de l’époque, la France et la Grande Bretagne se contentèrent de protestations verbales. « Après tout,  comme l’expliqua un diplomate anglais, les Allemands ne font que rentrer chez eux »

On pourrait aisément tenir les mêmes propos pour la Crimée dont 70% de la population est russe. Autre point de comparaison, l’annexion de l’Autriche en mars 1938. Après avoir occupé le pays, Hitler y organisa un référendum : 99% des Autrichiens approuvèrent son action.

En Crimée, le référendum du 16 mars a donné  96,77%  de « oui ».  Et comment ne pas voir de similitude entre les déclarations, ce 18 mars, de V. Poutine  devant les deux chambres du Parlement russe et les « discours de paix » d’Hitler ?

Car, après chacun de ses coups de force diplomatiques, le chef nazi adressait au monde un long discours afin de justifier son action passée et assurer, qu’à présent, l’Allemagne, qui n’avait plus aucune revendication, n’avait aucun vœu plus cher que la paix universelle.

Prononcés avec une vibrante éloquence, empreints de modération et de raison, ces allocutions ont longtemps convaincu politiciens et opinions publiques qui ne demandaient au demeurant qu’à être persuadées.

V. Poutine a tenu un discours similaire. Il a d’abord justifié l'action de son pays: « Les habitants de Crimée en ont appelé à la Russie pour protéger leurs droits et leurs vies (...).Nous ne pouvions pas rester sourds à cet appel, nous les aurions trahis »

Puis il s’est voulu rassurant : « Les relations avec l'Ukraine et le peuple frère ukrainien ont toujours été, restent et seront toujours de la plus haute importance pour nous ». Raisonnables propos.  Autant que ceux d’Hitler au Président français Edouard Daladier en septembre 1938.  

C’était lors de la conférence de Munich par laquelle le chef nazi avait obtenu le rattachement de la région tchèque des Sudètes à majorité allemande. Comme l’homme politique français s’inquiétait  d’une possible annexion du reste de la Tchécoslovaquie, Hitler lui répondit :

« Non, je ne veux pas de Tchèques, monsieur Daladier, je ne veux que mes frères allemands. Quand vous me donneriez les Tchèques, je n'en voudrais pas ». Six mois plus tard, en mars 1939, l’Allemagne nazie envahit et annexa la Tchécoslovaquie.  

De son côté, le président russe  a aussi affirmé : «Nous avons toujours respecté l’intégrité de l’Ukraine.  Ne croyez pas ceux qui hurlent que d'autres régions vont suivre la Crimée  Nous ne souhaitons pas une partition de l'Ukraine, nous n'en avons pas besoin. »

Il suffit donc d’attendre et d’observer ce qui se va se passer dans les régions russophones de l’Ukraine. On saura alors si mettre Vladimir  Poutine et Adolf Hitler sur un même plan est ou non une absurdité. 


 
 

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  • Par RAPACE - 19/03/2014 - 16:48

    Quand un réferendum se passe dans la CEE ou en Suisse c'est de la démocratie Quand çà se passe en Crimée (dont vous soulignez que 70% de la population est russe) c'est de la dictature.
    A Bruxelles on dirait " ne bekke serieus hein menneke"

  • Par S. Rosendor - 3/04/2014 - 14:11

    je trouve votre comparaison bien mal venue, vous oubliez la différence politique et économique de l'époque et maintenant, ainsi que le désir d'hitler de prendre une revanche suite à la guerre 14/18. Je vous rappel également le souhait de la France et de l'Angleterre de voir l'urss anéantie. Leur message était clairement "allez à l'est et laissez nous tranquille! Bien mauvais calcul!