Portrait du mois

Isabella Lenarduzzi : La vie en rose 'business'

Mardi 4 Février 2014 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°792

La récente nomination de Dominique Leroy à la tête de Belgacom montre que les femmes peuvent occuper les plus hautes fonctions, sans renier leur identité. Une réalité qui devrait gagner du terrain, selon les vœux d’Isabella Lenarduzzi, la fondatrice de Jump. Rencontre avec une militante, femme leader et entrepreneure… toute vêtue de rose.

Une femme munie d’une malette qui saute par-dessus les obstacles… Le logo de Jump est sans détour et à l’image de sa fondatrice, Isabella Lenarduzzi. « J’ai toujours voulu changer le monde », confirme l’intéressée. « Depuis mes 12 ans, je milite contre ce qui me parait injuste, du racisme aux missiles. Je me sens responsable de tout et j’estime qu’avec la chance que j’ai, je suis redevable à la société ».
Avec un père d’origine italienne, paraplégique, à l’initiative des programmes Erasmus qui changeront le visage de l’Europe, Isabella Lenarduzzi réalise qu’on peut faire bouger les choses en dépit du handicap. « De par mon nom et comme femme, j’ai connu la discrimination », confie-t-elle. « Mais je ne me suis jamais sentie victime. J’ai toujours cru au contraire que j’avais toutes les possibilités ».
Alors qu’elle termine ses études d’économie politique à l’Université catholique de Louvain (UCL), les projets se multiplient. Avec deux amies, l’une turque, l’autre marocaine, elle crée en 1987 la première association pour les jeunes filles issues de l’immigration « La voix des femmes » à Saint-Josse, toujours en activité. « Seule la première génération d’immigrés avait la parole à l’époque et uniquement les hommes, en raison d’une culture soumise à deux millénaires de patriarcat, il fallait changer cela », se souvient-elle.
Eric Everard (« manager de l’année 2012 ») lui propose de lancer le premier magazine étudiant à l’UCL. Univers-Cité sera vite diffusé sur l’ensemble des campus francophones (le premier à distribuer des préservatifs à ses lecteurs !), Kampus côté néerlandophone. Suivront le Salon de l’étudiant et le Student Welcome Pack distribué à plus d’un million d’étudiants à travers l’Europe.
« Je me suis rendu compte que l’impact d’une entreprise sur la société était bien plus grand que celui d’une association et la légitimité du capital beaucoup plus claire », estime-t-elle.
Mais on ne parle pas encore à l’époque d’entreprenariat social et Isabella Lenarduzzi souffre de cette image de « militante qui aurait mal tourné en entrant dans les entreprises ». Minoritaire dans un monde d’hommes, elle se construit en les singeant pour se faire sa place.
La formation qu’elle suivra sur « Le Management au féminin », proposée par Monique Chalude, sera une révélation : « J’ai découvert qu’il existait une autre façon d’être manager, tout en restant ce que je suis », pointe-t-elle. « Je pensais jusque-là que la femme se devait d’être accueillante, douce, patiente, qu’elle pouvait être une bonne mère, mais pas une bonne leader. J’avais une piètre idée du genre féminin, j’ai dû beaucoup travailler sur moi pour me revaloriser ».

Les quotas ? Nécessaires !

Une prise de conscience qui n’empêchera pas Isabella Lenarduzzi, partie vivre en Italie, de se retrouver elle-même victime de la tradition du patriarcat. Plus forte encore par son expérience personnelle, son retour en Belgique marquera aussi son retour aux affaires. Elue « Femme de l’année » en 1992, elle lance en 2006 Jump, en se concentrant sur les femmes dans la vie professionnelle, nécessaire selon elle à leur réel épanouissement, « pour qu’elles soient connues, reconnues, et puissent exploiter leurs talents ». Comme marque de fabrique, elle choisit volontairement le rose sur le logo (dans les bureaux et jusqu’aux vêtements), entrainant la démission de certaines de ses « marraines » qui n’y voient pas une couleur business. L’égalité professionnelle reste son leitmotiv. « Je ne veux pas que la femme devienne un homme comme les autres », insiste celle qui sera encore désignée « Femme entrepreneure européenne » en 2010 et « Femme d’Exception » en 2011 par la ministre de l’Egalité des chances, Joëlle Milquet. « 60% des diplômés universitaires sont des femmes, mais elles désertent le marché au fur et à mesure, si bien que la tendance s’inverse en grimpant les échelons. On ne compte que 30% de femmes parmi les managers, 10% dans les comités de direction et 12% dans les conseils d’administration. Les quotas sont scandaleux, mais nécessaires », juge-t-elle. « On peut comparer le sexisme au racisme. L’égalité n’a jamais avancé sans loi ».
La Belgique semble suivre le chemin des pays scandinaves et de la France, en permettant aux femmes d’allier vie professionnelle et vie familiale. « Nous avons acquis une égalité des droits, il faut passer à l’égalité concrète », assure-t-elle. « Dominique Leroy n’a pas été nommée parce qu’elle était une femme, mais bien parce qu’elle était la meilleure. Leader autoritaire, emprunte d’un magnifique humanisme, mariée et mère, elle a toujours tout mené de front et montre que les femmes ne doivent pas forcément faire de choix. Il faut cesser d’être complice de son esclavage. Il faut oser la liberté ».

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