Patrimoine

Bruxelles : Les caves de la Gestapo enfin classées

Jeudi 16 janvier 2014 par Géraldine Kamps

La détermination et le plaidoyer de la Fondation Auschwitz auront finalement eu raison des dernières réticences. Le 9 janvier 2014, le gouvernement bruxellois a décidé de classer les caves des immeubles n°453 et 347 de l’avenue Louise. Récit par Daniel Weissow, chargé de projets, d’un véritable parcours du combattant. Pour redonner droit de cité à une mémoire oubliée.

Inscription dans la cave n°16, 453 avenue Louise

Les caves de l'ancien siège de la Gestapo à Bruxelles sont classées. Plus personne ne pourra donc y toucher. Un résultat dont peut se féliciter la Fondation Auschwitz plus de 70 ans après les faits…

20 janvier 1943. Le baron Jean de Selys Longchamps mitraille le siège de la Gestapo, immeuble de dix étages situé au 453 de l’avenue Louise, à Bruxelles. Un geste audacieux qui lui vaudra cinquante ans plus tard une statue à son effigie, ainsi qu’une plaque commémorative. Le siège de la Gestapo déménagera ensuite au 347 pour échapper à de nouveaux tirs, tout en conservant les caves de l’ancien bâtiment…

Si beaucoup d’entre nous passent régulièrement devant le casque doré du baron de Selys, la plupart ignorent tout de ce qui s’est passé dans les immeubles en question. Depuis la Seconde Guerre mondiale, en effet, aucune reconnaissance, aucun mémorial au nom des victimes, rescapés des camps, Juifs raflés, résistants et partisans armés.

Participant en 2007 à un colloque à Metz sur le devenir des lieux de détention, de concentration et d’extermination, Daniel Weyssow, chargé de projets à la Fondation Auschwitz, réalise qu’il existe certes à Bruxelles des musées, des centres de documentation, mais aucun lieu qui soit à la fois de mémoire et d’histoire. « J’ai pensé aux rescapés à travers leurs témoignages, et je me suis penché sur la question de la reconnaissance et de la conservation de ces caves de la Gestapo, dont les traces avaient déjà pu être effacées par la succession des propriétaires, sans même le savoir… ».

Le désespoir des détenus

Le point de départ de ses recherches sera l’ouvrage d'Isabelle Ponteville et André Dartevelle Avenue Louise 347 (CEGES/Buch éd., 1996). Préparant son film A mon père résistant, l’historien et cinéaste s’est en effet intéressé au n°347 pour connaitre le parcours des victimes de la Gestapo. Son livre reprend ainsi les inscriptions qu’il a découvertes sur les murs de quatre des 20 caves de l’immeuble. « Plutôt mourir debout que vivre à genoux », « A ma chère femme... avant de mourir... à toi et à mes trois enfants... dernières pensées... », « Garde la tête haute préserve ta conscience », « On les aura les Boches »… des prénoms, le décompte des jours comme les messages retrouvés en quatre langues (français, néerlandais, allemand et hongrois) attestent du désespoir des détenus.

« Dartevelle n’a pas été autorisé à revoir les lieux ni à en visiter d’autres. Les autres bâtiments, dont le 453, n’ayant pas fait l’objet d’inspections, j’ai pris contact à l’époque avec le ministre en charge des Monuments et Sites, Emir Kir, pour effectuer d’autres relevés », explique Daniel Weyssow. « Les propriétaires visiblement au courant de l’histoire de leur immeuble ont dit ne rien y avoir constaté, tout en s’opposant à la visite de leurs caves. Ils craignaient par un classement éventuel en être dépossédés et voir leur bien dévalorisé ».

En approfondissant ses recherches, Daniel Weyssow découvre qu’en plus des services administratifs fournis aux familles qui venaient prendre des nouvelles de leurs proches, envoyer un colis à Malines… les tortures se déroulaient à tous les étages de l’immeuble. « Dans les caves, on maintenait les Juifs raflés en attendant de les envoyer à Malines, mais aussi des résistants de la Prison de Saint-Gilles à interroger et qui restaient plus ou moins longtemps en fonction de l’état dans lequel ils se retrouvaient après l’interrogatoire, avant d’être renvoyés à la prison. On évoque même la présence d’une morgue dans le bâtiment », souligne-t-il.

En octobre 2011 est organisée à la Bibliothèque royale une journée d’études qui réunit propriétaires, historiens, politiques et journalistes. « Un propriétaire nous a laissés visiter sa cave et la séquence sur le sujet au JT de la RTBF a mis le feu aux poudres », se souvient Daniel Weyssow.

La présidente du Parlement bruxellois Julie Degroote interpelle le Président de la Région Charles Picqué quelques mois plus tard. Plusieurs autres politiques s’y essayent. Des actes de la journée d’études sont même distribués aux propriétaires, sans aucune avancée. Leur refus d’ouvrir leurs caves est maintenu, et avec le temps, le risque de voir se recouvrir les inscriptions bien réel. Le devoir de mémoire se heurte au droit de propriété.

Le classement, la seule solution

Début janvier 2014, la présentation du livre de la Fondation Auschwitz Les caves de la Gestapo. Reconnaissance et conservation (éd. KIMÉ), sous la direction de Daniel Weyssow, visait à faire le point sur la situation, en relançant le processus. Elle ne pouvait pas mieux faire. Le propriétaire de 2011 a rouvert sa cave pour une nouvelle séquence au JT. Le lendemain du tournage, le président de la Région bruxelloise Rudi Vervoort faisait approuver le classement par le Parlement bruxellois des caves des n°453 et 347 de l’avenue Louise. « La seule solution peut-être pour rendre possible leur accès », confie Daniel Weyssow, très satisfait de cette décision. « Ce qui compte, ce n’est pas seulement la protection de ces caves, c’est aussi la mise en valeur de ces bâtiments comme lieux de mémoire. Passés sous silence jusqu’à aujourd’hui, ils constituaient le centre des opérations de la SiPo-SD, où s’est décidée la mise en œuvre des rafles, des arrestations et des déportations… Tout partait de là. Ce classement ouvre également la voie à d’autres questionnements et à de nouvelles réponses. Il s’agit de toute une galaxie à mettre à jour et à reconstituer pour comprendre réellement ce qui s’est passé ». Les experts des Monuments et Sites devraient prendre le relais d’ici peu.

De son côté, Daniel Weyssow poursuit ses recherches dans le quartier bruxellois des Marolles, où se concentraient la plupart des réfugiés juifs immigrés, avec un nouveau projet marolles-memories.net qui ambitionne de retrouver les lieux parlants de cette époque tant du point de vue des victimes que des bourreaux.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par MADOU GERARD - 27/07/2015 - 19:37

    Lors de travaux de démolition chez moi nous avons retrouver une plaque avec un numéro d'enregistrement plaque de forme ovale avec insigne nazi et reprenant le logo GEHEIME STAATSPOLIZEI a l'arrière de la pièce et sur la face avant aigle tenant dans ses serres une croix gammée est-il possible de retrouver le nom du propriétaire de cette plaque avec le numéro frapper au dos si une réponse positive m'arrive je vous mettrait par mail ce numéro a 5 chiffres

    Cordialement MADOU GERARD

    MA DEMANDE EST PUREMENT PRIVEE CAR CETTE TROUVAILLE SE TROUVE DANS MA COLLECTION D'INSIGNES MILITAIRE SE RAPPORTANT AU DEUXIEME CONFLIT MONDIAL