Israël

Yaïr Lapid : 'Il n'y a pas d'autre option que la solution à deux Etats'

Samedi 17 août 2013 par Nicolas Zomersztajn

Les positions sur le conflit israélo-palestinien de Yaïr lapid, chef de file du parti centriste Yesh Atid, n’ont jamais été clairement définies depuis qu’il a fait son entrée éclatante en politique. Dans divers entretiens qu’il a accordés à la presse internationale cet été, il se montre favorable à la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël… tout en apportant des nuances très centristes.

 

Mais que pense donc le ministre israélien des Finances en ce qui concerne la solution à apporter au conflit qui oppose Israël aux Palestiniens ? Au regard des négociations qui reprennent, cette question n’est pas accessoire dans la mesure où Yesh Atid est la deuxième force politique de la Knesset et de la coalition gouvernementale.

Dans un entretien que Yaïr Lapid a accordé au Washington Post en juin dernier, il déclare « qu’il n’y a pas d’autre option que la solution à deux Etats. Les israéliens doivent comprendre que les Palestiniens doivent avoir leur propre Etat ». En ajoutant qu’il a l’intention de faire le maximum dans cette direction, il a précisé qu’il ne le fait pas « par amour pour les Palestiniens, mais pour les intérêts d’Israël ».

On ne peut lui reprocher cette précision puisqu’il s’agit d’un processus politique et non pas d’une histoire d’amour où tout le monde s’embrasse. Seul le résultat compte.

Comment envisage-t-il alors la question épineuse des colonies de Cisjordanie et leur démantèlement ? « Comme nous entrons dans une solution de deux Etats, il faudra évacuer les implantations, il n’y a pas d’autre option », a répondu Yaïr Lapid. Israël devra libérer de nombreux territoires en Judée Samarie. Toutefois, il a précisé que les grands blocs de colonies comme Ariel, Maale Adumim et le Goush Etzion ne seront pas démantelées, ils seront annexés à Israël.

Dans un entretien accordé cette semaine au quotidien français Le Figaro, Lapid a expliqué avec plus de précisions ce qu’il entend par « libérer de nombreux territoires » : « Nous ne pouvons pas ignorer les précédentes négociations, et tout le monde sait de quoi je veux parler : les blocs de colonies resteront en Israël, Jérusalem restera israélienne, mais nous savons que la grande majorité des territoires sera rendue, donc que beaucoup de colonies seront évacuées. Je pense que ça me place de façon très claire sur l'échiquier politique ».

Yaïr Lapid est centriste et il le revendique haut et fort : « Comme sur beaucoup de sujets, je ne suis ni de droite, ni de gauche: je suis au centre ». Il représenterait donc ce marais censé détenir la clé de la solution.

Yaïr Lapid n’ignore pas cet élément déterminant : « La majorité des Israéliens sont modérés et comprennent très bien ce qui est nécessaire pour parvenir à la paix. Je suis un réaliste, un pragmatique, mais ça ne veut pas dire que je sois dépourvu de convictions. Je crois profondément au processus de paix, et aussi dans l'importance de la classe moyenne israélienne, qui comme partout dans le monde, connaît une crise globale en voyant son pouvoir d'achat se réduire. En tant que ministre des Finances et en tant que représentant du parti Yesh Atid, je ne pense pas qu'il soit judicieux de dépenser de l'argent dans des colonies qui seront évacuées. Mais aussi longtemps que des gens y vivent, le pays ne peut pas les ignorer ».

Bien qu’il ne tienne pas le discours de Shalom Archav et qu’il ne ponctue son propos d’aucune considération éthique sur la corruption morale et politique qu’entraînent l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie et Jérusalem-Est, Lapid annonce malgré tout clairement ce qu’il est prêt à faire. Ce qui n’est absolument pas le cas de Benjamin Netanyahou, le chef du gouvernement dans lequel Lapid siège.

Concernant Netanyahou, Yaïr Lapid vient de critiquer publiquement sa décision d’autoriser la construction de plus de 900 logements à Gilo (Jérusalem-Est) et de plus de 2.000 autres en Cisjordanie alors que les négociations entre Israéliens et Palestiniens reprennent après trois ans de suspension. « Je pense que c'est une décision qui intervient à un très mauvais moment, à la veille de la reprise des négociations avec les Palestiniens et alors que nous devons faire preuve de bonne volonté », déclare Yaïr Lapid aux journalistes du Figaro.

Une fermeté que les militants du camp de la paix apprécient. Mais le problème c’est que Yaïr Lapid est centriste. Cette condamnation ne l’empêche nullement de demeurer attaché à l’indivisibilité de Jérusalem. « Sur le fond, cette décision [d’autoriser la construction de nouveaux logements à Jérusalem-Est] ne change pas grand-chose. Comme une majorité d'Israéliens, je pense que le statut de Jérusalem n'est pas en question et que la ville ne doit pas être divisée ».

Pourtant Yaïr Lapid entend ne pas s’en tenir à une simple déclaration dans les média. « Mais quand bien même, il n'y a pas de raison pour annoncer juste à ce moment des mesures qui pourraient discréditer un processus déjà entouré de méfiance mutuelle et de mauvais souvenirs. Je suis donc allé contre mon habitude de jouer collectif, et j'ai décidé de m'opposer clairement et ouvertement à cette décision. Même si ces appels d'offres ne sont qu'une étape dans une procédure complexe, c'est d'une certaine façon encore pire. Je veux être sûr que mes partenaires dans la coalition comprennent que je ne laisse pas passer ça ».

Si Yaïr Lapid fait ce qu’il et dit ce qu’il pense, on pourrait considérer que le centre israélien a bien changé et qu’il ne se contente plus du traditionnel « ni, ni ». Les militants du camp de la paix ne se satisferont sûrement pas des déclarations de Lapid et c’est normal. Ils ne doivent pourtant pas négliger la portée des propos d’un homme politique qui a fait une percée électorale sans jamais se prononcer sur la question des territoires palestiniens pendant la dernière campagne. Et un ministre des Finances qui fait le lien direct entre dépenses publiques et colonisation, c’est un bon début.


 
 

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  • Par Lola - 20/08/2013 - 11:31

    Il ne faut pas désespérer de voir la paix venir. La solution de 2 états est la plus logique, je trouve Yaïr Lapid très réaliste, mais pourra t il faire valoir ses idées que beaucoup de gens partagent je le souhaite ardemment. Merci à toute l'équipe pour tout vos articles , j'apprécie beaucoup.

  • Par Daniel Donner - 21/08/2013 - 13:33

    "Comme sur beaucoup de sujets, je ne suis ni de droite, ni de gauche: je suis au centre "

    Ah bon? Quand Lapid dit que des parents doivent etre pecuniairement bases (mauvaise traduction de l'hebreu: qu'ils doivent voir a avoir les moyens) lorsqu'ils pensent vouloir un enfant, que dit-il, suite aux coupures des allocations familiales? Que seuls les riches peuvent avoir des enfants? Je pensais moi que l'etat devait permettre plus d'egalite des chances au depart pour les enfants. Un de ses seconds au ministere, un certain Levy, dit lui que si les gens allaient travailler ca compenserait leur perte d'allocations.
    Ah bon, ceux qui recoivent des allocations familiales ne travaillent pas?
    La realite? 65% des travailleurs israeliens vivent en dessous du seuil de la pauvrete, TOUT EN TRAVAILLANT. Voila Israel. Lapid et son ministere n'ont pas reduit les allocations que pour ceux qui gagnent suffisament. Non. Ils ont reduit les allocations pour tous les enfants nes apres juin 2003, sans differenciation. La realite? Lapid et ses decrets touchent les moins favorises, ceux qu'il ne rencontre jamais. Il pense sans doute que la classe moyenne ce sont les gens comme lui, c'est-a-dire le % le plus riche d'Israel. Avec ce genre de declaration, et de decret, pas sur qu'il reussira a repeter sa reussite si le gouvernement devait tomber parce que la droite ne le supporterait pas dans un processus de creation d'un etat palestinien. Alors, comptez sur lui pour forcer une paix!