Portrait du mois

David Stoleru : 'The Beit Project' fait halte à Bruxelles

Mercredi 6 Février 2013 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°771

Après Paris, Barcelone et Rome, l’architecte David Stoleru et son équipe ont décidé de poser leurs valises à Bruxelles pour deux mois. Une nouvelle occasion de lier le passé de la communauté juive à l’histoire d’une ville et à l’actualité de notre société, grâce au dialogue et à la réflexion. Le cœur même de l’enseignement juif.

 

Neveu de l’ancien Secrétaire d’Etat français Lionel Stoleru, David Stoleru est né en France et a grandi en Israël où il a suivi l’école talmudique. Il reviendra à Paris pour se lancer dans des études en architecture et partira pour une année de stage à Barcelone, où il vit désormais. « C’est là que je me suis soudain rendu compte que j’habitais à 500 mètres à peine du quartier juif médiéval de la ville. Un symbole très fort pour moi, étant le lieu où avaient vécu tous les maîtres que j’avais étudiés en Israël », se rappelle-t-il. « En même temps, aucun signe dans l’espace public ne transparaissait de leur présence. J’ai donc décidé de consacrer mon projet de fin d’études à la réhabilitation du quartier juif et à la création d’un centre d’études ». Quelques années plus tard, en 2006, la mairie de Barcelone  envisage un développement touristique à Montjuic (« Mont des Juifs » en catalan), sur l’emplacement même de l’ancien cimetière juif. David Stoleru s’insurge et propose aux responsables communautaires de créerune commission commune rassemblant les différentes tendances du judaïsme. Il en devient le porte-parole du patrimoine juif de Barcelone auprès des autorités et parvient finalement à faire arrêter les travaux. En 2009, le cimetière médiéval est reconnu « site national protégé » (Bien Cultural de Interés Nacional)  par le gouvernement de Catalogne. Avec le temps, d’autres villages s’agrandissent, tombant eux aussi sur d’anciens cimetières que tout le monde cherche à se réapproprier, et les tensions se multiplient. « J’ai alors pensé à transformer ces lieux de patrimoine juif en outils d’éducation », poursuit l’architecte. « L’éducation n’est-elle pas au cœur de la culture juive ? ». Le concept du « Beit Project » vient de naître. Grâce à une bourse obtenue auprès de l’Institut Mandel à Jérusalem, David Stoleru voit une occasion de le concrétiser. Le principe : des élèves d’écoles juives et non juives se rassemblent sur un site historique de la ville. Equipés d’une malle de voyage, ils se fabriquent par groupes de deux un Beit midrash, lieu d’étude nomade, qui les abritera pendant deux jours pour travailler, discuter, échanger, mieux se connaitre. Installations éphémères, les Beit midrash suscitent également l’attention des passants, des habitants du quartier, les invitant eux aussi à se raconter et à témoigner. « L’idée est que le patrimoine n’appartient pas qu’aux touristes, mais aussi aux habitants de la ville. Le fait que les élèves, par deux, construisent ensemble leur petit abri les oblige à se parler, à s’entraider », explique David Stoleru, qui voit dans ces rencontres entre les différentes écoles« une façon de connaitre la perception de l’autre, d’avancer, et de trouver de nouvelles significations communes ».

Une philosophie adaptée à la ville

A Bruxelles, depuis le 14 janvier, c’est sur la Place royale, non loin du Mont des Arts, ancienne Montagne des Juifs, que quelque 120 élèves de l’Athénée Ganenou, Beth Aviv et de l’Ecole européenne âgés de 12 à 15 ans étudient la question, avec pour partenaire le Musée juif de Belgique.

« Un peu à la façon de la matriochka dont on dévoile chaque couche en la regardant de façon plus précise, notre objectif est de comprendre ce qui se cache derrière ces pierres, ces murs, en apprenant leur langage », poursuit-il. « Avec les élèves, on parvient à extrapoler cette histoire pour la relier au présent et parler de la société d’aujourd’hui. Comme on évoque Pessah pour se souvenir du prix de la liberté, moins de la sortie d’Egypte… ».

Après la découverte, l’étude et la compréhension des lieux, la dernière étape du travail consiste en une présentation publique du projet, accompagnée d’une projection vidéo finale. Celle-ci se déroulera le 26 février prochain à 18h30 au Brussels Info Place (BIP), Place royale à Bruxelles.

Elevé dans un milieu juif orthodoxe, mais de conviction libérale, David Stoleru estime que « les pratiques n’ont de sens que si elles nous font réfléchir ». Une philosophie de vie que cet architecte passionné a vouluappliquer à la ville. Parce que la vie des communautés juives fait partie intégrante de la culture locale, et que chaque trace peut nous révéler de véritables enseignements.

Plus d’infos : www.thebeitproject.org

Réservations pour la présentation du 26 février 2013 à 18h30 : [email protected] 

Le Beit Project est à la recherche de financements pour la mise en œuvre de ses nombreux projets.

Contactez [email protected]


 
 

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