Portrait du mois

Marjan Verplancke : pour une éducation à la mémoire de qualité

Mardi 4 septembre 2012 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°761

Quelques jours avant le 56e pèlerinage de Malines qui rassemblera comme chaque année plusieurs centaines de jeunes pour une marche allant de Boortmeerbeek à la Caserne Dossin, Marjan Verplancke nous détaille le programme pédagogique du nouveau Musée de la déportation qui ouvrira début décembre.

 

Depuis toute jeune, Marjan Verplancke se souvient avoir eu cet intérêt pour la Shoah et la déportation. « Ma mère était professeur d’allemand dans la région anversoise », se souvient-elle. « Elle s’est très vite retrouvée confrontée à des élèves qui l’interrogeaient sur les responsabilités des Allemands pendant la guerre. Un jeune a même un jour fait le salut hitlérien dans sa classe ! Dans le cadre de son cours, elle a alors décidé de développer un projet sur la Shoah et le national-socialisme en Allemagne. Elle en profite pour aborder le racisme, l’antisémitisme et les préjugés actuels et pour organiser une visite à Breendonk, au Musée de Malines… ».

En fin de licence en langues romanes à l’Université catholique de Louvain (KUL), Marjan Verplancke choisit pour sujet de mémoire les romans concentrationnaires de Jorge Semprun, déporté à Buchenwald. Elle y étudie le transfert de son univers concentrationnaire dans sa littérature. Une année d’études culturelles plus tard, alors qu’elle termine son stage au Musée Juif de la Déportation et de la Résistance dans l’ancienne Caserne Dossin, à Malines, le directeur, Ward Adriaens, lui propose de rester.

Marjan Verplancke devient la responsable du service éducatif en 2006, avec deux tâches principales : réunir tous les deux mois un comité pédagogique pour développer des projets en concertation avec les représentants des différents réseaux scolaires, et coordonner, à la demande du ministère de l’Enseignement flamand, tout ce qui concerne l’éducation à la mémoire pour rendre plus transparent l’ensemble des offres qui existent dans ce domaine. Un Comité spécial pour l’Education à la Mémoire est né. Il rassemble sept partenaires (Kazerne Dossin, Breendonk, l’Institut des Vétérans, In Flanders Fields Museum…), en plus des représentants des réseaux scolaires et du ministère de l’Enseignement flamand.

« Nous avons estimé nécessaire de développer une réflexion pour augmenter la qualité de l’éducation à la mémoire », souligne Marjan Verplancke, « Notre texte “La pierre de touche” donne ainsi aux enseignants quelques conseils pour inviter un témoin, visiter un lieu de mémoire et explique, par exemple, quels sont les risques de faire rejouer aux élèves un événement historique… ». Une activité à éviter selon la responsable pédagogique de Kazerne Dossin qui estime qu’il est non seulement impossible de revivre un événement historique, mais qu’en plus, cela peut choquer la personne qui se prête au jeu. « Un jeune qui aurait vécu un passé difficile, en devant fuir son pays, par exemple, revivra ça très mal. On note souvent des rires et des réactions inadéquates qui démontrent la gêne qu’ils éprouvent ».

Shoah et droits de l’homme

Dans l’attente de l’ouverture du nouveau musée « Kazerne Dossin, Mémorial, Musée et Centre de Documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme » prévue en décembre, l’équipe éducative se préoccupe de la formation de ses guides et de la préparation de son offre pédagogique. L’ambition du nouveau musée est d’accueillir quelque 100.000 visiteurs, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Une formation des guides très complète a donc été organisée, incluant cours théoriques et pratiques, avec un accent mis sur l’interaction, ainsi qu’une visite d’Auschwitz.

Le gouvernement flamand, qui a financé les travaux, a exigé d’élargir la thématique de l’ancien musée, à savoir la Shoah, à celle des Droits de l’Homme. Il aura donc fallu user de subtilités pour y répondre sans heurter la communauté juive, principale concernée. « Nous avons choisi de nous concentrer sur deux thèmes, les discriminations et la violence de masse », précise Marjan Verplancke. « L’objectif n’est donc pas de comparer, mais de mettre en parallèle différents événements de l’histoire, pour relier ce qui s’est passé pendant la guerre à des faits plus actuels dans lesquels les jeunes peuvent mieux se reconnaitre, de façon à rendre plus accessible cette éducation à la mémoire ». Elle poursuit : « Des mécanismes qui jouent, par exemple, dans le harcèlement à l’école, au travail, pourraient, en remplissant beaucoup de conditions, fonctionner comme le premier germe d’une violence de masse et d’un génocide. Ce sont les mécanismes sous-jacents (comme l’exclusion ou le phénomène du bouc émissaire) qui peuvent être comparés. Le but n’est certainement pas de minimiser la Shoah ni de la banaliser ».

Propagande, bourreaux et témoins, Résistance, Roms et Sintis… différents thèmes de visites ainsi que des ateliers seront proposés aux écoles, lesquelles seront désormais vivement conviées à organiser des cours préparatoires avant leur venue au musée. « La visite se clôturera par un exercice de réflexion », note encore Marjan Verplancke. « Nous sommes convaincus qu’un processus d’apprentissage peut avoir un impact beaucoup plus large qu’une visite isolée ».

Infos : sept. 2012 : inauguration du Mémorial, à la place de l’ancien musée - 26 nov. 2012 : ouverture officielle du nouveau bâtiment qui abritera le musée - Début déc. : ouverture du nouveau musée au grand public. Kazerne Dossin : Mémorial, Musée et Centre de Documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme : www.kazernedossin.eu- www.herinneringseducatie.be


 
 

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