Hommage

Régine Krochmal s'est envolée

Vendredi 18 mai 2012 par Géraldine Kamps

Elle aurait eu 92 ans le 28 juillet 2012, et beaucoup de ceux qui l’ont connue garderont d’elle un souvenir merveilleux. Une femme adorable, vive et généreuse, qui aura sans conteste puisé sa force dans une vie sans répit. A nous aujourd’hui de rendre hommage à celle qui n'a jamais cessé de se consacrer aux autres. Régine Krochmal nous a quittés ce 11 mai 2012.

Née en 1920 à la Haye, de parent juifs immigrés germano-autrichiens, Régine Krochmal grandit dans les écoles bruxelloises avant d’apprendre le métier de sage-femmeà l’Hôpital d’Ixelles. Mais les lois allemandes anti-juives commençant à produire leurs effets, Régine Krochmal se voit contrainte d’interrompre ses études. Elle rallie alors le Front de Libération autrichien, un groupe de résistants qui ont fui leur pays avec lesquels elle restera toute la guerre. Alors que les hommes se chargent d’imprimer et de distribuer tracts et journaux clandestins, Régine est de celles qui tenteront d’inciter les soldats à la désertion. Le 20 janvier 1943, elle se fait malheureusement arrêter sur dénonciation. Elle prend soin toutefois d’immédiatement se déclarer juive, permettant à l’imprimerie de la place Brugmann de ne pas être démasquée.

Détenue au siège de la Gestapo, 453 avenue Louise à Bruxelles, elle est une première fois envoyée à la Caserne Dossin, à Malines, direction Auschwitz…

L’autre rescapée du 20e convoi

Il y a Simon Gronowski, l’enfant du 20e Convoi. Mais il y a aussi, et on l’aura trop peu dit, Régine Krochmal. Cette femme à l’humanisme et à l’action exemplaires, qui aura voué le plus clair de sa vie aux autres. Sauf peut-être, ce 19 avril 1943, où son courage lui permet de garder la vie sauve. En 2006, elle racontait à Regards ce destin qui n’a, comme pour tous les rescapés, tenu qu’à un fil : « J’étais à Malines quand un jour, un docteur est venu vers moi, en me tendant discrètement un couteau : « Scie les barreaux du wagon et saute du train, sinon ils te brûleront ! », m’a-t-il confié. J’ai suivi son conseil, et j’ai sauté, malgré les ordres des Allemands qui nous menaçaient de fusiller tout le wagon si quelqu’un tentait de fuir ». Ce n’est qu’après la guerre que j’ai appris l’histoire du 20e Convoi, stoppé par trois résistants, Youra Livchitz, Jean Franklemon et Robert Maistriau. Je m’étais effectivement étonnée, après avoir sauté, de voir le train s’arrêter. J’ai plus tard compris que je m’étais évadée juste avant qu’ils n’interviennent ! ».

Après être rentrée à Bruxelles, Régine Krochmal reprend ses activités de résistante, mais se voit une nouvelle fois dénoncée et arrêtée en août 1944. Détenue à Saint-Gilles, puis à Malines, interrogée et torturée, elle échappe à la décapitation qui n’a plus cours en Belgique, et apprend la Libération de la bouche d’une infirmière auprès de laquelle elle s’est fait passer pour malade.

Après la guerre, Régine est longuement hospitalisée. Elle fonde une famille, avant de partir aux Etats-Unis suivre une formation de psychothérapeute, choisissant de se consacrer désormais à l’aide aux personnes souffrant de dépressions, de blocages et de phobies. Elle poursuivra cette activité jusqu’à la fin de sa vie, n’hésitant pas, lors des cérémonies de la Mémoire, à témoigner de sa force et de son optimisme auprès des jeunes générations.

C’est une femme hors-du-commun qui nous a quittés ce 11 mai 2012, une femme qui, en toute modestie, aura su transformer l’indicible haine qu’elle aura subie pendant la guerre en une extraordinaire gentillesse.

On retiendra ses quelques mots retranscrits dans une de ses dernières compositions L’Androgyne ? C’est la joie ! (mai 2012) : « Tant qu'à moi-même et à nous tous, des ailes ne nous auront pas poussé à la place des omoplates, nous pouvons être certains de ne pas encore avoir suffisamment appris à aimer. En secret, je vous dis que moi-même, je n'ai toujours pas d'ailes ». Ce 11 mai pourtant, Régine s’est envolée.

La cérémonie d’adieu a lieu le 21 mai 2012 à 11h30 à l’Atelier Marcel Hastir, rue du Commerce 51, 1000 Bruxelles.

L’action de Régine Krochmal est décrite avec celle des trois héros de l’arrestation du 20e Convoi dans le livre de Marion Schreiber Rebelles silencieux (Ed. Racines). 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Pereire - 23/05/2012 - 9:51

    Votre article aurait fait plaisir à Mme Krochmal s'il avait paru avant son décès.

    En matière d'éloges, les journalistes arrivent souvent comme les carabiniers d' Offenbach : trop tard !

  • Par geraldine - 23/05/2012 - 10:09

    <p>Je me suis dit la m&ecirc;me chose en assistant &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie de ce 21 mai 2012, organis&eacute;e &agrave; l&#39;Atelier Marcel Hastir: les personnes disparues devraient pouvoir assister aux magnifiques hommages qui leur sont rendus.&nbsp;Je&nbsp;connaissais bien R&eacute;gine, elle savait exactement ce que je pensais d&#39;elle, et que nous &eacute;tions nombreux d&#39;ailleurs &agrave; penser. M&ecirc;me si on peut regretter en effet que son parcours exceptionnel n&#39;ait pas &eacute;t&eacute; plus m&eacute;diatis&eacute;.</p>
    <p><em>Regards</em> est de ceux qui, en 2006 d&eacute;j&agrave; (voir notre n&deg;614),&nbsp;lui consacrait une page&nbsp;titr&eacute;e &quot;R&eacute;gine Krochmal&nbsp;:&nbsp;Une force &agrave; toutes &eacute;preuves&quot;, qui vous aura peut-&ecirc;tre &eacute;chapp&eacute;.</p>
    <p>En vous remerciant en tout cas de l&#39;int&eacute;r&ecirc;t que vous nous portez</p>
    <p>Bien &agrave; vous</p>
    <p>G&eacute;raldine Kamps</p>
    <p>r&eacute;dactrice en chef adjointe</p>
    <p>&nbsp;</p>

  • Par geraldine - 27/02/2015 - 13:27

    <p>Je me suis dit la m&ecirc;me chose en assistant &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie de ce 21 mai 2012, organis&eacute;e &agrave; l&#39;Atelier Marcel Hastir: les personnes disparues devraient pouvoir assister aux magnifiques hommages qui leur sont rendus.&nbsp;Je&nbsp;connaissais bien R&eacute;gine, elle savait exactement ce que je pensais d&#39;elle, et que nous &eacute;tions nombreux d&#39;ailleurs &agrave; penser. M&ecirc;me si on peut regretter en effet que son parcours exceptionnel n&#39;ait pas &eacute;t&eacute; plus m&eacute;diatis&eacute;.</p>
    <p><em>Regards</em> est de ceux qui, en 2006 d&eacute;j&agrave; (voir notre n&deg;614),&nbsp;lui consacrait une page&nbsp;titr&eacute;e &quot;R&eacute;gine Krochmal&nbsp;:&nbsp;Une force &agrave; toutes &eacute;preuves&quot;, qui vous aura peut-&ecirc;tre &eacute;chapp&eacute;.</p>
    <p>En vous remerciant en tout cas de l&#39;int&eacute;r&ecirc;t que vous nous portez</p>
    <p>Bien &agrave; vous</p>
    <p>G&eacute;raldine Kamps</p>
    <p>r&eacute;dactrice en chef adjointe</p>
    <p>&nbsp;</p>