Judaïsme

Divorce juif : l'éternel scandale

Vendredi 11 mai 2012 par Ouri Wesoly

On critique, à juste titre, les positions sexistes du Coran (tel qu’interprété par les hommes en tout cas). Mais le judaïsme n’est pas en reste. C’est ce que rappelle une tribune de l’écrivaine Eliette Abécassis* à propos du révoltant divorce religieux juif.

 

Le divorce est un sujet qui tient d’évidence à cœur E. Abécassis puisqu’elle a publié deux (forts bons) livres** sur le sujet. Et il y a réellement de quoi s’indigner. Car si le divorce est autorisé par la religion, c’est tout entier en faveur de l’homme.

Les deux membres d’un couple peuvent le demander, mais le mari est le seul à posséder le droit de l’accorder. Pour cela, il doit rédiger et signer, de son plein gré un document nommé « guet ».

Si cela se passe bien, le mari « libère » donc l’épouse qui se retrouve alors « permise à tout homme », formulation élégante, s’il en fut. Si, pour quelque raison, il refuse le « guet », la femme reste « agouna », (litt. « ancrée »), enchaînée, à lui.

Ce qui veut dire que si elle entend refaire sa vie avec un homme, elle est considérée comme une femme adultère, ce qui est rarement pris comme un compliment. Pire encore, si elle a des enfants dans cette situation, ils sont considérés comme « illégitimes ».

Un synonyme poli de « bâtard ». Lequel est exclu de la communauté tout comme ses propres enfants sur une dizaine de générations… On voit le pouvoir exorbitant dont dispose le mari. Lequel, use et abuse de la situation. Et souvent, avec la caution du tribunal rabbinique.

Celui-ci semble estimer que la demande de divorce est une sorte de caprice et que la femme doit donc payer pour se le payer. En argent, en biens ou  en renonçant à des avantages octroyés par le divorce civil, le versement de pensions pour les enfants, par exemple.

On rétorquera que cela marche dans les deux sens et qu’une femme peut tout aussi bien empoisonner la vie de son mari en refusant le « guet ». Sauf que la religion ne le traite pas du tout de la même manière.

S’il a des relations avec une autre femme que son épouse, il n’est pas considéré comme adultère, lui. Et s’il fait des enfants durant cette relation -même si elle est passagère-, ils seront considérés comme de bons petits Juifs.

Mieux (ou pire), il peut, dans certaines conditions, se remarier ! Les cas sont certes rares, mais il est religieusement possible d’être bigame. Après tout, les temps bibliques ne sont pas à ce point lointains qu’on ne puisse plus imiter Abraham, Jacob ou Moïse…

Cruel paradoxe que de voir ces règles honteuses s’appliquer à des femmes qui ont la foi chevillée au corps et qu’on punit pour cela. Alors que celles qui ne pratiquent pas n’ont bien sûr que faire des décisions rabbiniques.

« Lui infliger des coups jusqu’à ce qu’il dise : “Je veux »

Heureusement, tous les rabbins ne sont pas, que du contraire, tous bornés. Un tribunal rabbinique peut fort bien exercer de vives pressions sur un mari récalcitrant. Le grand Maimonide en proposait même une excellente dès le 12e siècle :

« Toute personne que la loi peut obliger à divorcer et qui refuse, peut être contrainte par un tribunal rabbinique qui a le pouvoir, en tout lieu et en tout temps, de lui infliger des coups jusqu’à ce qu’il dise : « Je le veux » ; et le guet qu’il écrira ensuite sera en bonne et due forme ».

Cette sanction est, hélas, tombée en désuétude, mais, certains rabbins (surtout dans les pays anglo-saxons) n’hésitent pas à mettre la honte à leurs coreligionnaires trop rétifs en les excluant de tout honneur communautaire.

Pour eux, interdiction de détenir un poste de responsabilité, d’assurer les offices, de lire la Torah ou de célébrer naissance, bar-mitzva ou mariage. En plus, leurs noms peuvent être cités devant les fidèles à la fin de l’office, voire être publiés dans le journal communautaire.

Encore faut-il avoir la volonté et le courage d’agir de la sorte. Ce qui n’est pas toujours fréquent par chez nous. Et tant pis, s’ils font souffrir ou finissent par chasser des centaines, voire des milliers de femmes pieuses et leurs enfants du judaïsme.

Sans parler de l’image cruelle, misogyne et rétrograde qu’ils donnent de la religion qu’ils sont supposés représenter et défendre.

*http://www.huffingtonpost.fr/eliette-abecassis/guett-divorce-juif-femmes_b_1505462.html

**Eliette Abécassis : “Une affaire conjugale” (Albin Michel, 2010) et  “Te voici permise à tout homme”, Albin Michel, 2011).

PRIÈRE POUR LES AGOUNOT ET LES FEMMES AUXQUELLES ON REFUSE LE DIVORCE            

Qu’il te soit agréable dans ta bonté de libérer les femmes d’Israël prisonnières de leurs maris et liées par les chaînes de leurs actes de mariage alors que la sainteté et l’amour ont déserté leurs foyers.             

Ote le joug amer qui plane sur elles et adoucis les cœurs endurcis de leurs geôliers.                  

Délie les entraves de la malfaisance et permets à tes filles de redevenir des filles libres dans la maison d’Israël, pouvant élever leurs enfants dans l’amour et la fraternité, la paix et l’amitié.         

Fais que nos juges et nos conseillers redeviennent tels qu’aux origines, et place dans leur cœur la sagesse et le courage, l’esprit du conseil avisé et la sagacité afin de sauver l’opprimé des mains de son persécuteur et la femme de sa prison.                    

Béni sois-Tu, qui délivre les détenus.


 
 

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